Saint Louis Bluesweek 2013

Chroniques de concert

Pour son édition 2013, la Saint Louis Bluesweek reste un festival entièrement gratuit qui dure trois jours lors du weed-end du memorial day. Pour cette quatrième édition, le festival s’est déroulé sur le même site qu’en 2012, dans un grand jardin public en plein centre de Saint Louis. Durant les deux premières éditions, le festival se distinguait par une suite de plateaux thématiques inédits. Certes, la formule n’est pas complètement abandonnée (deux plateaux inédits cette année : « Triumvirate of jazz guitar », « St Louis blues and soul revue » ainsi qu’un hommage à Fontella Bass), mais force est de constater que la plupart des concerts proposés sont plus classiques même si certaines formations profitent de la grande scène pour ajouter par exemple une section de cuivres.

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Le festival a certes perdu un peu de son originalité mais reste d’excellente qualité, que ce soit par la belle affiche proposée (mêlant vedettes internationales et artistes locaux), par l’organisation irréprochable, par le site très agréable, par la totale gratuité, par l’ambiance décontractée et par un excellent son (ce qui n’est pas toujours évident dans des grands festivals en plein air). Cette année encore, les températures étaient caniculaires et le temps était orageux, malheureusement, l’espace devant la scène n’est pas ombragé et durant la journée, il est préférable de s’éloigner un peu de la scène pour se poser à l’ombre des grands arbres. Les américains sont très organisés côté logistique amenant sièges de camping, glacière et tous les accessoires utiles… Le festival a attiré une foule colorée et familiale estimée par les organisateurs à 65000 personnes pour l’ensemble des 3 jours. Sur le site, on trouvait de nombreux stands, à commencer par celui de chevrolet, le sponsor principal du festival qui exposait tous ses modèles dont une volt et une camaro cabriolet. Il y avait aussi de nombreux stands pour se rafraîchir et se restaurer avec en particulier un grand concours de barbecue, ce qui permet de manger pendant toute la durée du festival du briskets ou des rib-tips de compétition. Et certains des compétiteurs avaient des noms rigolos comme par exemple « Le pire cauchemar des cochons » !

La première soirée – celle du vendredi – qui ne comprenait que trois concerts fut mitigée. Autant, j’ai beaucoup aimé la prestation de Kim Massie, la diva locale, autant j’ai été déçu par Southern Hospitality ainsi que par Trombone shorty.

Kim Massie reste une attraction majeure sur Saint Louis, une chanteuse à la voix d’or, à la fois puissante et d’une souplesse extraordinaire, capable de tout chanter (soul, blues, rock, gospel, R&B…) et de sublimer les morceaux qu’elle interprète. Ses influences majeures restent Etta James et Aretha Franklin. Elle est de surcroit très bavarde, créant une véritable proximité avec son public qui l’adore. Il suffisait de voir lorsqu’elle a chanté le titre « Last two dollars » les gens qui se précipitaient pour lui amener deux dollars pour se rendre compte de sa côte d’amour. Au final, elle a récupéré un beau paquet de billets pour une somme qui devait être plus proche des 200 dollars que des deux dollars de la chanson. Elle a remporté un gros succès mérité.

Southern Hospitality est une sorte de « all star band » créé récemment et qui vient de sortir son premier CD. Le groupe contient trois vedettes, trois leaders avec JP Soars (vainqueur de l’IBC en 2009), Victor Wrainwright (lauréat du Blues Music Award 2013 du meilleur pianiste) et Damon Fowler. Ils interprètent un répertoire original (essentiellement les morceaux du CD, je suppose) mais pas vraiment blues ni vraiment excitant. Bref, la déception est au rendez-vous. Malgré le talent des trois solistes, le concert n’a jamais vraiment décollé. Pourtant, JP Soars a bien tenté de faire le show en sortant la guitare boite à cigares. Victor Wrainwright a attendu le boogie-woogie final pour enfin se mettre en évidence.

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La soirée s’est terminée avec Trombone shorty qui a attiré une foule considérable (évaluée à environ 10000 personnes). Sa musique est résolument funky et moderne, laissant visiblement une grande part à l’improvisation, mais elle est à mon sens hors sujet dans le cadre d’un festival de blues. Bref, nouvelle grosse déception, je suis parti au bout de 30 minutes pour aller dans un club écouter une musique qui correspond mieux à mes goûts.

La deuxième journée de la Bluesweek 2013 commence doucement à l’heure de l’apéro avec le plateau Triumvirate of jazz guitar comprenant les guitaristes locaux Eric Slaughter, Tom Byrne et Dave Black, pour un jazz quelque peu soporifique.

Les choses sérieuses débutent ensuite avec un prometteur concert nommé « Saint Louis blues and soul revue ». Il s’agit en fait de deux super chanteurs (Big George Brock Jr, Marty Abdullah) et de deux super chanteuses (Erma Whiteside et Renee Smith) qui doivent chanter à tour de rôle accompagnés par le Soulard blues band, référence blues locale depuis plus de 20 ans. La prestation de Big George Brock Jr fut superbe. Le fiston (chanteur / harmoniciste comme son illustre père) installé depuis peu à Saint Louis (il vivait auparavant du côté de Dallas, TX) possède une belle voix souple et bien maîtrisée. On remarque dans son jeu d’harmonica une influence évidente du paternel, il sonne assez rustique, son jeu certes sans fioritures est plus fluide et plus moderne, moins brut de décoffrage que celui de son papa. Son répertoire est certes un peu «classique » très orienté Chicago blues mais très agréable à écouter, d’autant que le Soulard blues band excelle dans ce type de morceaux. C’est la chanteuse Erma Witheside (que je découvrais) qui se présente ensuite. Elle n’a malheureusement eu le temps de ne chanter que deux titres avant que le concert ne soit interrompu par un violent orage qui obligea les organisateurs à tout arrêter, nous laissant beaucoup de regrets, tant sa prestation fut aussi excellente que courte. Heureusement, l’orage est passé assez rapidement au-dessus du site du festival, mais l’interruption fut suffisamment longue pour entraîner l’annulation des prestations de Renee Smith et Marty Abdullah, respect des horaires oblige ! Quel dommage ! Renee Smith et Marty Abdullah ont deux des plus belles voix de Saint Louis…

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Le festival a repris avec Lil’ Ed and the blues imperials. Lil’ Ed est au sommet de sa forme, plus bondissant que jamais, il se donne à fond, danse avec son guitariste rythmique, son jeu de guitare en slide est épatant, ses textes sont drôles, sa musique est dynamique, énergisante, son jeu de scène est théâtral, son visage est expressif, son regard malicieux et il en rajoute au plus grand plaisir du public. Même quand ses textes sont tristes et déprimants, qu’il raconte qu’il n’a plus un sou et que sa femme l’a quitté, il reste jovial, arborant un grand sourire et un œil pétillant, le tout sur une musique entraînante. Sa formation bien rodée et complétement au service du leader, bref, le concert fut excellent.

L’artiste suivant est Jeremiah Johnson, un jeune musicien de Saint Louis qui a passé quelques années à Houston, TX. Jeremiah Johnson est réputé pour être un songwriter talentueux et prolifique doublé d’un excellent guitariste. Il ne joue sur scène que ses propres compositions avec beaucoup de générosité. Lui aussi se donne toujours à fond sur scène. Son jeu de guitare est flamboyant, à la fois précis et tranchant pimenté par une section de cuivres puissante. Son style est assez éclectique mêlant à son Texas blues intense des influences pop, rock, R&B ou country. C’est un musicien vraiment intéressant, les programmateurs des festivals européens devraient penser à lui.

C’est Marquise Knox qui monte ensuite sur scène. Comme lors de tous ses derniers concerts que j’ai pu voir à Saint Louis depuis plus d’un an, il est accompagné par Matt Lawder à la guitare rythmique ce qui lui permet de se concentrer sur les solos mais aussi de lâcher par moments sa guitare pour jouer de l’harmonica ou juste chanter et même descendre dans le public au final. Il fait preuve d’une grande aisance sur scène, n’hésitant pas à raconter quelques anecdotes entre les morceaux. Sa voix grave est parfaitement maîtrisée, son jeu de guitare inspiré reste vif, fluide et groovy. Et Marquise Knox nous a proposé un set plein de (bonnes) surprises. Il a invité Renee Smith (dont le set avait été annulé à cause de l’orage) à le rejoindre sur scène pour un duo explosif. Il s’est ensuite permis une reprise du classique très funky « Sue » de Bobby Rush qui le sort un peu de son habituel répertoire blues très traditionnel avant de descendre prendre un bain de foule. Une sorte de chenille s’est alors improvisée derrière lui dans une ambiance on ne peut plus festive et sous un soleil radieux.

C’est alors au tour de Rod Piazza and the Mighty Flyers de monter sur scène pour un set de Chicago blues à la sauce west coast. Rod Piazza toujours très « classe » est apparu dans son superbe costume bleu électrique aux côtés d’une Honey Piazza radieuse, souriante et décontractée toujours prête à faire le show. Que ce soit au diatonique ou au chromatique, Rod Piazza reste impressionnant de maîtrise, son jeu est plus que jamais flamboyant, un subtil mélange de technique et de feeling agrémenté d’un son très travaillé. Sur un long et magnifique blues lent, c’est le guitariste Henri Carvajal qui prend le micro se révélant être un chanteur expressif et habité. Il semble prêt pour se lancer dans une carrière solo. Si son nom reste beaucoup célèbre que ceux de ses prédécesseurs chez les mighty flyers (Junior Watson, Alex Schultz, Rick Holmstrom), l’ex guitariste de James Harman a montré qu’il n’était pas là par hasard, il m’a durant ce concert beaucoup impressionné par son jeu tout en finesse dans la lignée d’un Charly Baty.

Et c’est Mavis Staples qui avait l’honneur de clôturer cette belle journée. Mais la déception fut au rendez-vous, car c’est une Mavis Staples diminuée et fatiguée qui s’est présentée, gênée de surcroît par des douleurs aux pieds. Quelqu’un est venu lui retirer ses chaussures pour les remplacer par des pantoufles puis elle a même quitté la scène un bon quart d’heure ce qui ne semblait pas prévu, laissant le groupe meubler. De plus, j’ai trouvé les choristes assez limités vocalement alors que les musiciens pourtant très réputés (Rick Holmstrom, Jeff Turmes, Steven Hodges) ne semblent pas les plus adaptés pour jouer ce répertoire. Le public venu très nombreux ne semblait pas gêné par tout cela, les fans connaissaient les chansons par cœur et les chantaient avec elle.

La troisième et dernière journée de la Bluesweek 2013 démarre tranquillement avec Leroy Pearson (en solo), chanteur / guitariste local au style traditionnel et intimiste qui fut un ami proche de Fred Mac Dowell dont il a récupéré une guitare. Le soleil est au rendez-vous, le public commence à arriver sur le site où l’ambiance est toujours conviviale, la journée s’annonce excellente.

Après Leroy Pearson en solo, c’est une grosse formation de pas moins de sept musiciens qui monte sur scène : Big Mike Aguirre and the Blues city all stars. Big Mike Aguirre est un jeune artiste d’origine basque intéressant, bon chanteur, bon guitariste, il ne manque ni de culture blues, ni de bon goût. Il est accompagné par un groupe de haut niveau comprenant notamment Preston Hubbard (ex Fabulous Thunderbirds) à la basse. Il nous a présenté quelques nouvelles compositions ainsi que des hommages à Bobby blue Bland et à Nick Curran.

C’est une autre valeur sure de la scène blues locale qui prend la suite, le Rough Grooves et ses deux leaders, Rich Mc Donough (guitare) et Eric Mac Spadden (harmonica et chant). Ils jouent comme ils en ont l’habitude un répertoire de standards dans un style Chicago blues traditionnel faisant la part belle aux deux solistes.

La prestation très attendue du pianiste Silvercloud qui devait suivre fut malheureusement annulée à cause d’un problème de santé (une blessure au bras). Il fut remplacé par les Bel Airs (le groupe des frères Dick and Dave Pruitt) pour un set où ils ont fait preuve de beaucoup d’éclectisme.

On retrouva ensuite Marsha Evans pour un concert annoncé comme un hommage à Fontella Bass décédée en décembre 2012 qu’elle a bien connu et dont elle a chanté le tube « rescue me ». Elle a aussi rendu hommage à une autre grande chanteuse, Aretha Franklin. Marsha Evans reste plus que jamais un concentré d’énergie, sur scène elle ne tient pas en place, bouge dans tous les sens, sollicite souvent le public, se donnant vraiment à fond. Elle a eu de plus la bonne idée d’inviter Roland Johnson à la rejoindre sur scène. Roland Johnson est un chanteur à la voix exceptionnelle, il n’est jamais aussi bon que quand il s’attaque au répertoire d’Otis Redding. Il n’a chanté que deux titres, mais son interprétation de « try a little tenderness » valait à elle seule le déplacement. C’était magique. Dans son superbe costume blanc, on peut dire qu’il a la classe, quelle prestance !

Au final, Roland Johnson est revenu pour un titre en duo avec Marsha Evans, superbe !

La suite, c’est Scottie Miller, un pianiste / chanteur de Minneapolis dont le style qui fait immanquablement penser à Docteur John. Mais, je n’ai vu qu’une petite partie de son concert ayant préféré aller voir à ce moment le concert du jeune prodige Aaron Griffin sur une petite scène annexe. A l’image de son CD (qui est une réussite), ce concert fut excellent et a attiré une foule inhabituelle sur la petite scène. Son jeu de guitare inspiré par Albert King et Albert Collins est particulièrement brillant et son chant est très honnête pour son âge.

C’est clairement la révélation de l’année sur Saint Louis !

Il reste maintenant les deux gros concerts de la soirée, à commencer par celui de Mud Morganfield. Je me demandais ce que ce concert allait donner, sachant qu’il était accompagné d’un groupe improvisé pour l’occasion avec certes des pointures locales – Bob Lohr (piano), Eric Mc Spadden (harmonica), Rich Mc Donough (guitare) plus les Bel Airs (les frères Dick and Dave Pruitt + Michael Cherry) – mais sans aucune répétition. Pour tout dire, les musiciens n’ont fait connaissance de Mud qu’au moment d’entrer sur scène ! Heureusement, ils sont tous fans de Muddy Waters et pour ce concert aux allures de jam, la magie opéra totalement. Mud Morganfield a essentiellement interprété les morceaux de son excellent CD « Son of the seventh son ». Il a un charisme naturel, une décontraction étonnante ainsi qu’une voix grave et puissante et un visage très expressif. Et puis, comme cela arrive de temps en temps à Saint Louis, deux danseuses très chilin’ circuit se sont invitées sur scène, faisant monter d’un cran l’ambiance qui était déjà assez chaude.

La soirée s’est terminée en beauté avec Big George Brock, le roi du blues à Saint Louis (aujourd’hui quasiment aveugle) qui ne fait jamais dans la sobriété. Vêtu d’un magnifique costume blanc, d’une cape blanche, portant sa ceinture de boxeur et guidé par sa compagne Clarine Wagner, son arrivée sur scène fut comme toujours très spectaculaire, à l’image du majestueux trône jaune sur lequel il s’est installé. Sa musique reste un blues très classique dominé par son jeu d’harmonica rustique et personnel, par sa voix de baryton et bien poussé par son groupe, les « new houserockers ». Pour ce concert de clôture, deux invités ont rejoint Big George sur scène, d’abord sa compagne Clarine Wagner – ce qui est habituel, elle est une bonne chanteuse à la voix puissante – puis un de ses fils Big George Brock Jr pour un duo plus rare. Et surprise, ils ont été rejoints par une danseuse sexy et surtout à la jupe vraiment mini. Encore une fois, la sécurité a laissé faire. Tant mieux pour le spectacle !

La Saint Louis bluesweek est vraiment un excellent festival et je ne peux que vous inciter à assister à la prochaine édition qui se déroulera du 23 au 25 mai 2014, d’autant que cela devrait coïncider avec l’ouverture du National blues museum.

Jocelyn Richez

 

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