Qui est donc Tomcat Courtney ?

Portrait

Tomcat Courtney – Downsville blues – Blue witch records 2008
Tomcat Courtney, voilà un nom qui ne dit sans doute rien à beaucoup d’entre vous, même à certains spécialistes. On a pourtant à faire à un véritable artiste majeur, de toute évidence l’un des secrets les mieux gardés de l’histoire de blues. Le véritable mystère est de savoir comment un tel artiste a pu rester aussi méconnu aussi longtemps ?
Une des raisons est sans doute que ce bluesman installé depuis plus de 35 ans à San Diego a très peu voyagé, se contentant de chanter et jouer sur San Diego où il se produit régulièrement, suffisamment pour vivre.

Là bas, c’est un musicien emblématique que l’on qualifie de « San Diego blues legend ». C’est vrai que la vie à San Diego est plutôt agréable, ne donnant pas forcément envie d’aller voir ailleurs. L’autre raison est qu’il n’avait jusqu’ici que très peu enregistré, quelques titres pour la compilation « San Diego blues jam » (testament) en 1974 puis plusieurs auto-productions, généralement enregistrées « live » de bonne qualité malgré un manque de moyens évident. Ce n’est évidemment pas la peine de les chercher chez votre disquaire favori ni même sur internet, vous ne les trouverez pas, le seul moyen de se les procurer étant d’aller le voir à San Diego où il les vendait à la fin de ses concerts. C’est ce que j’ai fait mais j’écris cela à l’imparfait car c’était avant la sortie de ce nouveau CD et je suppose que maintenant c’est le nouveau qu’il propose.

Qui est donc Tomcat Courtney ?

Il et né en janvier 1929 au Texas et a grandi dans une petite ville à 8 miles au sud est de Waco, Downsville (ville qui donne son nom à ce CD). Son père était pianiste de ragtime et tenait un juke joint. En 1951, il a épousé une nièce du bluesman Smokey Hogg, jouant également dans son groupe. Il a ensuite pas mal bougé, à Albuquerque NM (c’est à cette époque qu’on lui a donné ce surnom de Tomcat), à Denver CO, à Flagstaff AZ, à Los Angeles CA avant de se fixer à San Diego en 1971. En 1980, il intègre dans son groupe un gamin de 13 ans, un certain Chris James qui est aujourd’hui à l’origine de ce CD, presque 30 ans plus tard ! En 1999, il fut programmé à la blues estafette à Utrecht et c’est là que je l’ai découvert. Sa prestation fut superbe mais malheureusement sans lendemain. 9 ans après, il n’est toujours pas revenu en Europe. Aujourd’hui, Tomcat Courtney est âgé de 79 ans, et même s’il est encore en bonne forme pour un homme de cet âge là, le temps presse pour le découvrir pour le faire venir en Europe. J’ai eu la chance lors d’un voyage à San Diego en octobre 2007 d’aller le voir à 3 reprises dans trois configurations différentes, en groupe, en solo et en duo. A chaque fois, ce fut magnifique et j’en garde un souvenir émerveillé. Quitte à me répéter, Tomcat Courtney est tout sauf un second couteau, c’est véritablement un bluesman majeur, un des derniers survivants de sa génération. C’est à la fois un songwriter prolifique, un chanteur exceptionnel et un excellent guitariste. Son style rappelle inévitablement un autre musicien emblématique du Texas blues, Lightning Hopkins.

Venons en maintenant au CD lui même, le véritable premier cd de Tomcat Courtney (même si cela paraît incroyable) qui comporte 12 titres dont 9 compositions de Tomcat. Une partie du matériel n’a rien de nouveau, ce sont souvent des titres que Tomcat chante depuis très longtemps. On retrouve ainsi les titres « Wolf that howls » et « Shake it up baby » qui figuraient déjà sur le cd auto-produit « Little John » enregistrée en 1991 et 1992, « Four wheel drive » qui était sur « 12 o’clock midnight » autre cd auto-produit de 1996. « Meet me at the bottom » comme « Shake it up baby » (encore) figuraient aussi sur l’excellente démo « One man show » enregistrée comme son nom l’indique en solo. Mais, comme la diffusion de ces cd « faits à la maison » fut pour le moins confidentielle, on peut difficilement parler de doublons. D’autant que ces nouvelles versions sont vraiment incomparables, bénéficiant cette fois d’un enregistrement et d’une production impeccables, et Tomcat Courtney y est accompagné par des musiciens dignes de son talent, à savoir Chris James (guitare) Patrick Rynn (basse), Bob Corritore (harmonica), Brian Fahey ou Willie « big eyes » Smith à la batterie suivant les morceaux. Bref, mis à part Willie « big eyes » Smith, il s’agit ni plus ni moins que du Rhythm Room All Star, le house band du célèbre club de Phoenix (dont le propriétaire n’est autre que Bob Corritore), le groupe qui accompagne souvent Big Pete Pearson.

Parmi les véritables nouveautés que j’ai découvertes avec ce cd, il y a le titre « Cook my breakfast », qui nous fait entrer dans le quotidien de Tomcat à l’heure du petit déjeuner, c’est une petite tranche de vie, un texte simple, anecdotique et rafraîchissant, loin des habituels clichés. Idem pour les titres « I’m so glad » et « Crying won’t help you », j’aime beaucoup la slide guitare sur ce dernier morceau . On trouve aussi un titre plus grave, lié à l’actualité « Disaster blues » dans lequel Tomcat décrit les ravages suite au passage de l’ouragan Katrina en Louisiane en 2005. Un récit descriptif et prenant qui dans son traitement me rappelle le « 11th september blues » de Louisiana Red. La voix chaude et claire de Tomcat Courtney domine ces 12 titres avec une aisance remarquable, son timbre et ses intonations sont immédiatement reconnaissables. Cette voix gorgée de feeling semble couler toute seule, elle est caressante comme le velour. Côté musical, n’attendez pas ici de grandes démonstrations pyrotechniques, c’est du véritable blues rustique, terrien, c’est une musique au service des chansons, une musique qui va à l’essentiel, les solos sont brefs et efficaces. Néanmoins, tous les musiciens sont remarquables au service de Tomcat Courtney.

Ce CD est incontournable, c’est une formidable réussite, il restera quoi qu’il arrive, l’un des meilleurs cd blues de l’année 2008, un CD comme on n’en fait plus, un CD rare que tout amateur de blues se doit de posséder. Et puis, si je devais faire un vœu, j’espère que les programmateurs des festivals de blues auront la bonne idée de nous l’amener en France mais, s’il vous plait, faites vite, il a déjà 79 ans…

Coup de chapeau au jeune label de Phoenix AZ « Blue Witch records » dont le catalogue ne compte que 5 CD, tous aussi excellents les uns que les autres. Bravo à Dale Baich, le patron du label et à Bob Corritore le producteur du CD. Rappelons que le label est né en 2001 pour enregistrer une autre pépite trop méconnue, « Arizona king of the blues » Big Pete Pearson.

Pour acheter le CD, le simple est sans doute d’aller le commander sur le site de Blue Witch records. Il est disponible au prix de 15 dollars, http://www.bluewitchrecords.com/index.cfm

Vous pouvez aller écouter quelques titres du CD sur le blog MySpace de Tomcat Courtney: http://www.myspace.com/tomcatcourtney

Jocelyn Richez

 

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