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Bjorn Berge – Fretwork – Dixiefrog
Bjorn Berge a bossé dans sa jeunesse sur une plate-forme pétrolière. Le genre d’endroit où après le coup de dur, il ne reste pour se détendre que la salle de muscu, les films de cul, la gnôle, le salon de tatouage et le Blues si on aime ça avant de s’écrouler sur sa couchette.
J’ai connu un mec plongeur-soudeur qui a fait quelques saisons là dessus. Il a su arrêter avant que l’azote lui crible la moelle épinière et les articulations pour devenir pêcheur de corail à Miami jusqu’à ce que les mecs du coin lui fassent comprendre en réduisant en miettes sa pêche de la journée à coups de marteau que la prochaine fois ça pourrait être ses doigts si il se repointait dans le coin.
L’homme était un dur avec plus d’encre que de graisse sur les muscles, un regard dont le bleu n’avait rien à envier à celui du coeur de la flamme d’une torchère… Le silence en plus.
Pour se refaire, il sut se faire les bons ami, taper et enfoncer les bonnes portes jusqu’à devenir un nom sur les docks. Ensuite il récupéra des vedettes soient disant en bout de course que les gardes côtes devaient balancer à la casse.

En fait, il avait fait miroiter au maire sortant que refaire le parc à neuf était électoralement plus que porteur. Tout le monde s’y retrouvait, les flics avaient de nouveaux jouets, le maire conservait son bac à fables et cézigue après avoir équipé ses petites bombes de glacières, cabines lupanars et matos dernier cri de lancer pour la pêche aux gros touchait le jackpot en balladant ses pôtes et des grossiums au large des côtes Cubaines. Sans compter tous les autres petits services que la vitesse de ces torpilles et l’équipement radar, du matériel militaire, permettaient. A savoir comparer entre autre le coefficient de flottabilité d’un kilo d’herbe, d’une caisse d’armes ou d’une paire de palmes en ciment.

Pas un tendre… et vérifié quand après lui avoir refait son pansement, il faut dire qu’il avait fallut qu’il se pète la guibole en glissant sur une plaque de glace en descendant du RER à la gare de Longjumeau ou il débarquait de sa Floride pour l’enterrement d’un pôte, il avait eut ce ricanement diabolique comme si les portes de l’enfer grinçaient quand je lui avais demandé des news de ceux qui l’avaient menacé sur le quai.

Ca n’empêche que malgré ça, tout ce qu’il avait vécu depuis qu’un jour l’hélico était venu pour la dernière fois le chercher sur le tarmac à 55 mètres de haut, dans le vent hurlant et le fracas des vagues hautes comme des immeubles de plusieurs étages, lui paraissait de la gnognote à coté du Blues que la solitude, la sauvagerie des flots et ce que les mecs balançaient dans les shifts pour tenir le coup.
Bjorn Berge a le calibre de ces mecs et « Fretwork » qui vient de sortir chez Dixiefrog en est chargé jusqu’à la gueule. Douze titres… douzes balles… douzes Blues dans la peau… du coeur et de l’âme ! Un vrai peloton d’exécution et pour chaque titre le coup de grâce.
Et c’est pas faute de pas avoir vu le coup venir.

Remember Cognac sur la scène de l’Eden à l’heure de la sieste. Bien sur au premier abord la carrure, la virtuosité, l’adaptation de « Aces Of Spades » de Motorhead entre Skip James et Robert Johnson surprend par son évidence… ça secoue, mais il y avait aussi ces étranges nappes atmosphériques et ces mélodies boréales. Là on sentait ce qui allait suivre.

D’entrée « Crazy Time » frappe fort mais donne encore du moins au début dans le prévisible. Voix à la Everlast, nappes de violon à la Kashmir sauf que le tapis volant a des obus sous les franges jusqu’à ce que l’archet d’OYVIND STAVELAND épluche une partie solo en longs copeaux mélancoliques à la moitié du morceau mais c’est vrai que dés le refrain le pont annonçait la couleur. Grand titre!

« Those Streets » est terrifiant de beauté. La voix plus posée est sublime. La guitare et le violon chassent du coté de Richard Thompson et de ce que recherchait John Martynn. Une autre idée du Blues avec cette partie jazz à la Ian Garbarek ou Terdje Rypdj. Superbe!
Pour « Fretwork »… alors bonjour les gratteux! Ca va saigner des pognes mais aussi du coeur. Cet compo instrumentale est diabolique. Un pont jeté vers le dernier Kelly Jo Phelps en un peu moins autiste, John Mc Laughin, Paco De Lucia, Al Di Méola, Bert Jashnt et John Renbourn. Rien que ça !
« Drifting Blues » est une reprise où on sent la peau qui s’écorche sur l’acier. Voix profonde, le genre de truc que Tony Joe White essaye de réenregistrer quitte à en crever. A chialer! Solo à la Ry Cooder puis bien à lui. J’adore!
« Zebra » de John Butler le voit se frotter à l’électrique tout en finesse. Ce mec est une future star!
« Skijumper » est le genre de morceau allongé sur la couchette avec le violon mélancolique et la guitare qui te font monter les larmes aux yeux tandis que le soleil descend. Celui qui ne pleure pas devant ça est mort puisque ce sont les yeux que les vers attaquent en premier.
« Killing Floor »… j’imagine une jam entre lui et le Wolf. Un Blues de première ligne, front contre front et la semelle plantée au sol avec la ferme intention de ne rien lâcher. On s’en fout plein la gueule et le coeur et après on cautérise au Bourbon. Les cordes des grattes pour suturer les plaies à vif!

« Endless » ou quelque chose des Buckley’s, de Tim Hardin, de Eddie Vedder… quelque chose que Sean Penn pour « Into The Wild » aurait adoré !
« Mountain Boogie »… justement le genre de titre qu’on a envie d’entendre quand on bivouaque en haute montagne, qu’on regarde la vallée avec nostalgie mais aussi quand on sait qu’on sera dans les derniers à voir le soleil se coucher. Une certaine plénitude!
« Travelling Songs » Ce mec est énorme et je ne parle pas de la carcasse. Chris Witlhey aurait adoré ce morceau tout en délicatesse et émotion. Des paluches à arracher des plaques d’acier à mains nues mais aussi des sanglots à n’importe quel types. Quel titre !
« You’re So Fine » Superbe ballade presque à la Nick Drake avec cette voix de fumée d’usine et la guitare égrainant ses notes comme des gouttes de pluies sur la vitre d’un pub à la manière de « Cello Song », « Hazey Jane » ou « Way To Blue ».
« Paris » enfin est un instrumental à la croisée du jazz, du folk mais aussi du classique. Dans n’importe quel port, sur n’importe quelle lande ou du haut de n’importe quelle falaise on y tutoie le ciel, les étoiles pour les premiers, les nuages pour les secondes et pour les troisièmes.. Les pluies du grand large. Suffit de tendre la main… lui a bien des éclairs aux creux des siennes qui les traversent.

En conclusion cet album pour moi est une splendeur qui me fait penser au « Word Of Mouth » de Jaco Pastorius. L’homme a fait volé en éclats pas mal de codes et n’en a gardé que l’essence. Il l’a fait en profondeur et une fois au coeur… le sien… l’a laissé jaillir.
Au Sunset du 15 au 18 Novembre, il livrera justement trois sets incandescents dont il a le secret. Comme d’hab’ ça tanguera ferme et il y aura de la gite au niveau des puristes qui auront le mal de mer car qui d’autres peut être programmé à Cognac que dans un festival de Hard en Italie que dans un club de jazz et arracher le morceau ?

Ha oui au fait… Fretwork ça se traduit par découpage !
On ne se refait pas.

http://www.bjorn-berge.com/

Paco

 

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1 Commentaire
  1. Jipes 9 années Il y a

    Oui d’accord avec toi les prestations de Bjorn ne laissent pas de glace ;o) Par contre sur CD ca ne passe pas toujours la barre pour ce qui concerne mon goût personnel ! Son « illustrated Men m’avait laissé sur la touche. Peut etre que le nouvel opus sera plus convaicant !

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