Petit retour sur Cognac Blues Passion 2009…

Chroniques de concert

Petit retour sur Cognac Blues Passion 2009. La fin des polémiques ?…
Si un festival de blues dans notre hexagone porte bien son nom c’est celui de Cognac qui déchaîne les passions autour de la musique bleue. Si cette année, l’encre et la salive se sont un peu calmées par rapport à la tempête de 2008, certains esprits chagrins avaient annoncé qu’ils ne viendraient pas, compte tenu qu’à leurs yeux (et à leurs oreilles) la programmation était trop soul. D’autres, encore; se demandaient ce que certain(e)s venaient faire dans la programmation. Mais disons-le tout net, c’était des répliques de portée moindre que le tsunami qui avait secoué le landerneau bleu l’an passé.

N’en demeure pas moins que chacun devrait s’interroger sur comment concilier une programmation éclectique dans l’esprit et une nécessaire ouverture auprès d’un public nouveau (jeune et moins jeune) pour qui blues rime avec… placez ici toutes les formules moultes fois entendues ! Rajoutez vos à priori bluesques (delta, new orleans, chicago, texas, roots, acoustique, électrique, british, soul, rythm & blues je n’en mets que dix pour ne pas m’étendre), composez un plateau international, rajoutez un zeste d’origine pour l’hybridation, ne pas oublier que vous devez disposer de 5 lieux pour les concerts du festival, d’une douzaine de bars qui investissent pour votre plaisir, autant de sonos, de techniciens itinérants, pensez que vous faites cela sur 6 jours, que vous visez au delà de votre propre déplacement à assurer le succès de l’édition en cours pour tous publics, que vous devez disposer de plus de 200 bénévoles et comparez avec ce qui se fait ailleurs (il ne s’agit pas ici de dénigrer, en aucune façon, ce que réalisent plusieurs dizaines d’associations locales qui investissent avec les moyens dont elles disposent pour promouvoir ce que chacun considère comme la perpétuation de la musique du diable).


Mélissa Laveaux

Cognac reste encore et encore comme le nec plus ultra, La Mecque de cette musique bleue que nous adorons et dont nous sommes prêts à décrier tel ou tel comme étant plus ou moins ligné historiquement ou géographiquement avec la tradition. Si sur l’ensemble des prestations nous pouvons avoir des sentiments divergents, il reste que d’année en année, toutes les rayas régionales du blues viennent faire leur pèlerinage annuel à Cognac !

(Vous remarquerez que je n’aborde pas les questions de gros sous, de sponsors, de subventions des collectivités locales, de marché pour les programmations de l’année à venir et autres vilenies qui ne sont que des propos de comptoirs de cuistres qui mesurent la qualité aux cachets, au nombre d’entrées et à l’obtention d’une accréditation !)

Cependant, si l’année dernière une place importante avait été attribuée aux femmes en bleu, cette année la portion était plus congrue et parfois la programmation sur certaine scène rendait (vu le contexte) la prestation de la personne difficile. Ainsi de Mélissa Laveaux à l’Eden : son folk blues intimiste serait peut-être mieux passé au château. De même pour Elisabeth Kontomanou qui a vu défiler le public se rendant au Paradise pour la soirée BB King ! Mais à moins de doubler journalièrement les sets dans ces belles caves, il n’y avait, peut-être pas d’autres solutions.


Bernard Sellam des Awek, BB King

Hors Concours
Efforçons-nous de tracer ici quelques moments forts de cette édition. A tout seigneur, tout honneur, il convient de rendre hommage à une figure emblématique, une légende qui reprenant le titre du film de James Bond “never say never again” remettait, lors de quelques dates, dont Cognac, son titre de Roi du blues en jeu et qui pour notre plus grand plaisir distille un bleu azuréen. BB King himself, sur la scène du Blues Paradise, la formule parait simple et assuré du succès : le public ne s’y est pas trompé venu en masse dans l’arène, tout autant que les photographes qui étaient au moins le double que pour tout autre prestation ! Fait citoyen d’honneur de Cognac par monsieur le maire, BB King malgré ses 83 ans a prouvé que son titre n’était pas volé. Epaulé par une section de cuivre, une rythmique carrée (que dire de la frappe toujours aussi lourde de Tony Coleman ! ) BB King a ensoleillé cette fin de soirée. Surpris d’être compris par le public, c’est avec grand plaisir qu’il a constaté que les refrains étaient repris en cœur par un public acquis. Et comme un pied de nez à ceux qui étaient venus voir ce que la presse qualifiait de dernière tournée européenne, BB King a tenu ces propos : “Ne me dites pas adieu, je reviendrai !” N’attendez pas 13 ans Mister King !
Cette soirée fut d’autant plus prolifique que précédant le Roi en personne, nous avons eu en première partie, AWEK, prix Cognac Blues Passion 2008. Pas trop impressionnés durant leur set par cette promotion, les toulousains faisaient plusieurs fois référence à celui qui allait leur succéder sur scène et par la bouche de Bernard Sellam finissaient leur concert explosif en disant que maintenant c’était l’heure de laisser la place et pour eux l’occasion de croiser la légende dans l’escalier, backstage! Quelle ne fut pas leur surprise (et la notre) de voir BB King à la fin de son concert les saluer et les appeler sur scène. Sacré souvenir pour eux. Mieux qu’une ligne sur un CV pour ces musiciens restés simples (il fallait voir Bernard, après le concert de BB King, durant les dédicaces prêt à échanger leur dernier album contre un billet du jour !)



Severn Soul Revue


Cedric Burnside

Bravo à Severn Records
Un autre grand sommet de cettte édition fut le challenge entre les labels Delta Groove Music d’un côté (à travers la présence de Cedric Burnside & Lightnin’ Malcolm, The Soul of John Black et the Jackie Payne Steve Edmonson Band) et Severn Records (présent avec Darrell Nulisch, Tad Robinson, Lou Pride et Alex Schultz).
Les premiers n’ont pas démérité loin s’en faut. Saluons la prestance sur scène du duo Cedric Burnside & Lightnin’Malcolm qui ont prouvé que la mémoire de R.L. Burnside et de Junior Kimbrough n’était pas la seule raison de l’attribution du Blues Music Award 2009 comme meilleurs jeunes artistes à ce duo qui perpétue si bien le son de leurs aînés.
De même, pour la prestation fournie par Jackie Payne & Steve Edmonson Band sur la scène du Blues Paradise. Accompagné par la formation du dernier album, Jackie Payne a mis en valeur de sa belle voix, une soul ouest coast d’excellente facture qui a quelque peu éclipsé le spectacle inabouti de Raphael Saadiq, passant après !
Mais incontestablement, ceux qui ont tiré leur épingle du jeu ce sont les artistes de Severn Records. Que ce soit Darrell Nulisch ou Lou Pride au château, Alex Schultz à l’Eden en terminant par la Severn Soul Revue de dimanche au blues Paradise qui clôturait cette seizième édition (nous n’avons pas vu Tad Robinson au Blues des Anges) l’ensemble des prestations étaient épatantes, tout en finesse, sans jeu démonstratif de la part des musiciens. Il faut les citer car ceux-ci savaient s’adapter à chaque chanteur en front line. Et disons le tout net, le jeu simple efficace et sans longueur d’Alex Schultz y est pour beaucoup ! Pas de glissandos démonstratifs, mais un véritable accompagnateur mettant en relief cette soul blues qui a séduit plus d’un festivalier. N’oublions pas Steve Gomes à la basse et Robert Stupka à la batterie (section rythmique depuis des années de Darrell Nulisch), Kevin Anker au piano et à l’Hammond B3, assistés d’une section de cuivre pour la Severn Soul Revue. Un feu d’artifice final de grande facture où tout un chacun a pu apprécier ces grandes voix !



Walter Wolfman Washington, Susan Tedeschi, Barefoot Iano des Mountain Men, Hervé du Blues Power Band

Quelques confirmations…
Saluons tout d’abord l’attribution du prix Blues Cognac Passion 2009 aux Mountain Men. Vu deux fois à l’Eden et au Tonic, leur spectacle est un vrai régal de légèreté mêlant roots et compositions avec un égal bonheur. Entre la puissance de la voix de Mathieu et l’aspect funambulesque de Ian, leur concert est un moment de grâce et visiblement ils se bonifient avec le temps, les bougres, ! Leur dernier CD est un cran au dessus de leur précédent et leurs titres allient blues et art de vivre, particulièrement agréables dans cette période de crise : un petit bonheur !
Susan Tedeschi, un peu trop retenue, a confirmé sa grande classe et le public a plus particulièrement apprécié les compositions de son mari Dereck Trucks (ah, quand on a entendu du Allman Bros une fois dans sa vie, toute approche ou similitude ne laisse pas indifférent ! )
Walter Wolfman Washington, malgré son malaise du samedi à l’Eden a assuré une excellente prestation le lendemain en première partie de la Severn Soul Revue et est venu se mêler au final avec les trois chanteurs de Severn pour le plus grand plaisir du public, ravi.
N’oublions pas de citer les marathoniens de Cognac qu’ont été les BPB, autrement dit les Blues Power Band. 10 concerts à raison de 2 par jour (dont un se terminant à 4 heures et demi du matin au Blues des Anges en remplacement de Gil Scott Heron qui n’avait pu décoller des USA), ils avouaient, les derniers jours, tenir sur les nerfs, ce qui ne nous a pas empêché d’apprécier, une fois de plus, leur blues rock et de repartir à la recherche de Zee.



Dwayne Dopsie, Dallas Frasca, Afrissippi, Ryan Shaw

et découvertes…
Ryan Shaw avait le lourd défi d’entamer les festivités à Jarnac le mardi soir, en première partie de James Hunter. La soul rythm and blues de Ryan Shaw était un bel hommage nous rappelant d’illustres aîné(e)s que nous écoutions dans notre jeunesse sur la série foRmidaBle (mettez ici les noms que vous aimez). D’autant que le groupe qui l’accompagnait The Real Band était bon, particulièrement le bassiste qui fit une belle démonstration de ses capacités. Malheureusement cette première soirée prometteuse fut gâchée : le temps en décida autrement, nous privant de James Hunter et la douche sous l’orage jarnacais nous a contraint à un départ précipité : quel sale coup pour un début de festival.
Afrissippi pour l’amateur de musique africaine est un vrai régal. Je ne m’étends pas davantage ici sur ce groupe sur lequel je reviendrais dans un article ultérieur. Même si leur musique relève davantage de ce que l’on qualifiera de World Music, leur premier passage en France s’est effectué à Cognac ! Merci à Michel Rolland et aux programmateurs qui démontrent que le blues peut ne pas avoir d’œillères et s’ouvrir à des croisements musicaux qui feront certainement la richesse de cette musique à l’avenir.


Spikedrivers

Comme tous les ans le bouche à oreille a fonctionné pour au moins deux formations. Les propos des festivaliers bruissaient les premiers jours du nom de Dallas Frasca, guitariste australienne, accompagnée de Jean François Curran à la guitare et au dobro. Un son très (trop ?) saturé et des rythmiques simples (tambourin et petite beat box martelés au pied), ce duo a impressionné le public le plus jeune et démontré qu’après John Butler Trio et Ash Grunewald, entre autre, les australiens à dread locks savaient mêler tradition issue du blues et musique plus contemporaine. Dallas Frasca avec sa dégaine n’échappe pas au genre et parions que nous la reverrons encore dans nos régions par les temps qui viennent.
Le même phénomène s’est produit le vendredi et samedi pour les Spikedrivers, trio anglais ayant déjà à leur actif quatre albums en autoproduction et qui joue un blues nerveux entre delta et pub rock avec de nombreuses compos personnelles. Leur deuxième concert le vendredi soir a attiré les foules et pas un spectateur installé n’a bougé pendant la durée de leur concert où Ben Tyzack (guitares), Maurice McElroy (batterie, percu) et Constance Redgrave (basse) nous ont mitonné un mélange détonnant.
Dwayne Dopsie (fils de Rockin’ Dopsie Rubin) & the Zydeco Hellraisers représentaient cette année le zydeco à Cognac. Commençant son show à 200 à l’heure, Dwayne Dopsie accompagné par un longiligne frotteux du nom de Rodney Sam a mis le feu à l’Eden le vendredi en début d’après-midi. Poursuivant sur leur lancée, Dwayne Dopsie et Rodney Sam descendirent dans le public par deux fois se lançant dans des solos époustouflants d’accordéon et de washboard. Un succès incontestable que n’est pas venu démentir la foule nombreuse se jetant sur son disque et attendant un autographe pendant plus d’une demi heure après le concert. A peine remis de son set, Dwayne, en pleine forme, est parti beuffer avec Dallas Frasca pour le plus grande joie des spectateurs.

Ce compte rendu ne se veut pas objectif et ne relève que de choix en fonction de l’état de fraîcheur et l’envie du moment. S’il rend plus compte de la partie ON que du OFF c’est par volonté de retranscire des participations intégrales à des concerts. Que ceux entrevus ici et là ne nous en veuillent pas !

Cognac 2009 a fermé ses portes. A l’année prochaine !

chronique : Serge Sabatié
photos : Miss Béa, Serge Sabatié Et Nono du blues pour AWEK et BB King

 

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