Paul Gayten

Portrait

Paul Gayten • Ain’t Nothing Happenin – Cool Jump Blues 1947-1957 • El Toro
Paul Gayten est natif de La Nouvelle Orléans où naît en 1920 ; il apprend très vite le piano et c’est avec cet instrument qu’il fera une carrière professionnelle. Cette compilation proposée par le label catalan est une sorte de panaché de divers faces mises en boite pour les labels De Luxe, Régal, Okeh, Chess et ses filiales Argo ou Checker avec la bagatelle de 30 titres à la clef.
Revenons brièvement sur la carrière de ce pianiste : vers l’âge de 27 ans, il enregistre pour le label De Luxe pour lequel il évolue en trio. Gayten décide alors d’engager la chanteuse Annie Laurie avant de se produire en septuor. Vers 1950, De Luxe est absorbé par King, aussi Paul Gayten se voit contraint de quitter De Luxe. A cette période, Annie Laurie et Paul Gayten se partageaient en alternance les vocaux ; on peut ressortir du lot de très belles ballades bluesy à souhait comme « Annie Blues », « Cuttin’ Out » ou « I Still Love You » qui ont un côté charnel et malicieux. Paul Gayten, lui, se fait remarquer sur des pièces plus enlevées comme « Your Hands Ain’t n Clean » avec un excellent passage à la guitare aboutissant sur de l’excellent Rockin’ Blues. D’autres morceaux se révèleront de bonne facture : le tourbillonnant « Créole Gal » qui swingue à merveille, sans oublier « Gayten’s Nightmare » un boogie woogie au rythme diabolique avec la présence de Lee Allen au saxophone. Paul Gayten nous offre un « Hey Little Girl » au rythme entièrement New Orléans avec un tempo saccadé. Son orchestre accompagne aussi des artistes comme Roy Brown, Larry Darnell, Cousin Joe, Earl Williams, Sammy Cotton, Chubby Newsone, Joe August, Little Mr Midnight ou Broadway Bill Cook.

Après sa période De Luxe, Gayten atterrit chez Régal, label pour lequel il va enregistrer quelques faces. On y retrouve encore Annie Laurie qui quittera le groupe à la fin de l’année 1950, et aussi le guitariste Jack Scott proche lui aussi du départ. On retrouve la chanteuse d’abord sur le flamboyant « My Rough And Ready Man » qui est le parfait type de rythm & blues qui avait cours dans les années 50, avec d’intenses connotations cuivrées qui faisaient un malheur dans les clubs ; puis elle partage les vocaux avec Paul Gayten sur l’enlevé « I Ain’t Gonna Let You In » qui est bâti sur le même modèle que le précédent. Elle récidive sur « I’ll Never Be Free », dans une ambiance plus feutrée façon cabaret, titre avec lequel Gayten obtiendra le succès, sans oublier « Goodnight Irene » qui ne figure pas sur ce cd. Toujours pour Regal, Paul Gayten se distinguera avec « Yellow Dog », un boogie woogie qui a fort belle allure et des endiablés « Yeah Yeah Yeah » ou « Ooh La La ».
Paul Gayten quitte alors le label Regal pour rejoindre Okeh, filiale de Columbia, puis Checker / Argo sous-marques de Chess. Le pianiste se transforme en Talent Scout pour le compte de la célèbre firme de Chicago et sera chargé de promotion pour la Louisiane et les états du Sud. Gayten va alors révéler des gens comme Bobby Charles, Oscar Wills, Clarence Henry et surtout une certaine Etta James. Sous son nom, il continuera à enregistrer invariablement aussi bien du Blues, du Boogie Woogie et également du Black Rock n Roll au swingue puissant et permanent. Paul Gayten pouvait s’appuyer pour son orchestre sur des musiciens de premier plan : le batteur Charles Williams et le fantastique saxophoniste Lee Allen. Ses faces Okeh proposent du pur Black Rock n Roll avec des titres comme le percutant « It Ain’t Nothing’ Happenin’ », suivi du parfait prototype de Boogie Woogie avec « Cow Cow Blues » où les notes s’entrelacent de bonheur et nous donnent ce côté très jouissif et festif. Lors de son arrivée chez Chess, ces morceaux deviendront plus bluesy, comme le démontrent les magistraux « Down Boy » ou « Sweeper », un très bel instrumental, ou bien encore le fascinant et enivrant « Get It » au rythme saccadé qui vous obsède. L’endiablé « You Better Believe It » dont le tempo affolant nous rend ivre de bonheur et « Drivin Home ( part 1 ) » sur lequel on peut apprécier toutes les formidables qualités d’un Lee Allen tonitruant au saxophone prouvant qu’il fut l’un des meilleurs saxophonistes hurleurs demeurent eux aussi des morceaux d’un haut niveau. La musique New Orléans est aussi présente avec « So Glad She’s Mine » avec Charles « Hungry » Williams au chant.
A cette époque, il devient le responsable de l’antenne Chess à la Nouvelle Orléans ; quand les portes du label chicagoan ferment, Paul devient producteur et fonde son propre label, Pzazz. Il ne va pas hésiter à produire des gens comme Louis Jordan ou T V Slim. Durant les années 70, il décide de se retirer du monde musical. Il décédera en mars 1991, suite à des ulcères à l’estomac.
On peut dire sans crainte que ce pianiste chanteur aura marqué de son empreinte la scène New Orléans et permis à celle-ci de trouver sa voie. Cette excellente compilation nous offre un parfait résumé de sa carrière musicale qui aura duré plus de 20 ans ; la plus grande partie de ce cd regroupe des faces Chess, Argo, Checker, avec 11 titres qui valent vraiment le coup, de ce fait je vous le conseille fortement, vous passerez un moment très festif et jouissif qui vous donnera un aperçu sur l’univers musical de la Nouvelle Orléans qui demeure riche et varié.

Discographie sélective
Chess King Of New Orléans – (MCA) existe aussi en vinyle
Regal Records in New Orléans avec Annie Laurie – (Specialty) –
Creole Gal qui est la réédition de l’album original paru en1979 sur Route 66, seul le titre « Swett Letter From You » manque. A noter qu’on y trouve aussi Annie Laurie.
Il existe aussi un cd de Annie Laurie : It Hurt To Be In Love (Official 9138)

Henri Mayoux

 

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