Pascal Borne

Interview

Cette interview a été réalisée le 28 juin 2012 et elle est parue dans le numéro 30 de BCR. Pascal vient de nous quitter. Par respect, pour sa mémoire, une rediffusion nous a paru nécessaire.
Chanteur et guitariste phare depuis les années 80, Pascal Borne a été de tous les combats. Il a découvert et lancé Manu Chao qui est devenu la Star que tout le monde connaît. Pascal a formé plusieurs groupes pendant sa prolifique carrière, dont Hot Pants, Parachute, Chihuahua , King -snakes … Il se livre dans cette interview sans fard et sans faux semblants.

Peux-tu te présenter à nos lecteurs qui ne te connaitraient pas encore ?
Bonjour. Je m’appelle Pascal Borne. Je suis un artiste de rock and roll. Je vous aime. Et j’ai hâte de vous voir.

A quel âge, t’es-tu procuré ton premier instrument ?
A 12 ans. Une guitare espagnole pourrie. Moitié souvenir qu’on accroche au mur, moitié instrument. Ma sœur me l’a rapportée d’Espagne. Je faisais exprès de la gratter avec une lame de rasoir pour pouvoir dire : « Elle est cassée. » Pour niquer le chevalet. Alors on m’a offert une Suzuki. Cette guitare a aujourd’hui 30 ans. Je l’ai donnée à un môme de 4 ans. C’était le fils de ma fiancée de l’époque.

Peux-tu nous parler du groupe Parachute dans les années 1982 à 1984 ?
C’était mon premier groupe à l’âge de 16 ans. Notre premier concert se déroulait à la MJC de Bondy. Notre répertoire était entièrement constitué de reprises des Beatles. Les gars de la MJC nous ont pris en adoption. Le bassiste du groupe était Jamel Laroussi qui allait monter le groupe Au Petit Bonheur avec à la clé un tube ; Je Veux du Soleil. Parachute a splitté. Il n’a duré que deux ans. Nous n’avions pas 20 ans. Il y avait des problèmes d’ego qui sont toujours latents dans un groupe. J’étais sursitaire pour l’armée jusqu’à mes 22 ans. Je travaillais ma musique. Avec un magnéto à cassettes et ma guitare. Sans micro et sans table de mixage. J’enregistrais ma voix dans la cuisine. A l’époque, nous ne dispositions pas de la technique de maintenant. Je ne sais que souffler dans les tuyaux. J’avais un ampli Vox AC 30. Le même que Tom Petty et Aerosmith. Le mien était un combo. Les Beatles avaient un grand avec une tête à cause des cris des filles qui venaient à leurs concerts, complètement hystériques. Pour ma part, j’ai passé des annonces pendant un an et demi dans Best et Rock’n Folk. J’ai ainsi rencontré deux potes qui se connaissaient depuis 10 ans. José Moïta, aujourd’hui décédé, et Gerald Coulon qui est toujours un ami. Ils avaient 10 ans de plus que moi. Mais nous nous entendions à merveille. Nous étions fans des Inmates et de Doctor Feelgood. D’ailleurs, nous avons joué avec Bill Hurley, le chanteur des Inmates et nous avons effectué la première partie de Doctor Feelgood. Avec Parachute, nous avons joué 6 mois. Nous avions une attachée de Presse très efficace. Elle bosse aujourd’hui pour Jean-Louis Aubert. On cherchait un deuxième guitariste. Ce fut Manu Chao…

A propos de Manu Chao, que penses-tu des polémiques à son sujet ? Beaucoup l’accusent de piquer les mélodies de musiciens des rues d’Amérique Latine et d’être milliardaire grâce à ces plagiats ?
Chuck Berry a dit : « Le professionnel copie. L’amateur vole ».

J’ai vu qu’avec les Hot Pants avec Manu Chao de 1984 à 1986, vous avez joué 125 concerts en 1985 et que Loco Mosquito signé chez Virgin vous a propulsé ?
Ca a été une période faste. Nous avons assisté à un concert d’Allen Toussaint au Méridien avec son fils à la basse. Il y avait ce fameux morceau : « Do you Have Fun. » Une copine avait enregistré un morceau d’Allen Toussaint. Mais Manu a quitté le groupe ( ndr : le groupe Parachute ) et donc, moi aussi. Pour les Hot Pants avec Manu, ça a débuté en Novembre 84. Le groupe a duré un an et demi. Les patrons dans Hot Pants étaient Manu et moi dans Parachute. J’en étais le leader mais j’étais timide. Je rougissais sur scène. Après avec Daniel Jeanrenaud et Napo Roméo, nous avons formé Chihuahua. Parachute accompagnait les Inmates ( avec Manu Chao ). Nous avons joué 15 fois au Gibus. Je n’en garde que de bons souvenirs. Parfois, le partage était baroque. Nous faisions parts égales alors que j’étais l’auteur-compositeur de la plupart des titres. Avec les Hot Pants, nous avons effectué 150 dates. Des grandes scènes mais aussi des petits bars. Comme le dit le proverbe : « Quand la réalité dépasse la légende, on imprime la légende. » Nous distribuions des prospectus avec Manu pour ameuter du monde à nos concerts.

De 1986 à 1991, tu as formé les Kingsnakes avec le disque More chez Emi. Ce qui t’as valu de jouer à Barcelone devant 10 000 spectateurs avec Graham Parker et Wilson Picket …
En fait, il y avait 150 000 personnes le soir avec Graham Parker. Les grands-mères faisaient des barbecues. Le stade était immense et en travaux pour la préparation des Jeux Olympiques. Wilson Picket avait une voix de stentor. Mon seul regret est de n’avoir pu rencontrer Wilson Picket. Par contre, j’ai pu discuter avec Graham Parker.

De 1991 à 1996, tu as monté le groupe Chihuahua, ce fut aussi une période faste puisque vous avez sorti No Man Land chez Epic Sony .
Je considère que c’était raté. Je n’ai pas joué sur l’album. Le groupe était superbe mais le disque est une daube. Chez Emi, nous avions quatre attachées de Presse plus quatre assistants. More, par contre, est un bon disque mais la production était mauvaise.

Tu es bien modeste mais, si tu le veux bien, continuons la chronologie, de 1996 à 1999, tu crées Les Rois.
Nous avons eu des concerts en province et en Belgique. Notre producteur était Marc Winandy.

Et ton concert en solo à Tokyo ?
Je jouais deux concerts par jour. La veille des concerts de Tokyo, j’ai joué avec Eric Clapton à Budokan. J’étais dans la même maison de disque que Clapton ; WEA. Après ce concert, à quatre heures du matin. J’avais faim. Je n’ai rien trouvé de comestible à l’hôtel. J’ai donc déambulé dans les rues en quête de nourriture. J’ai croisé au hasard des rues, Bruce Springsteen et Roy Orbison.

Toujours en 2000, tu as passé deux mois à Teresina avec O Cirque, le projet de Valérie Fratellini ?
( ndr : Valérie Fratellini est la fille Annie Fratellini et de Pierre Granier Deffere )

Ce fut des moments mémorables mais c’est du passé, tout ça.

Quelles sont tes influences ?
John Lennon à cinq ans grâce à ma sœur. Puis Paul McCartney. Le directeur du Gibus, un Bulgare (ndr : en fait il s’agit d’un Tchèque) m’a demandé : « Tu préfères John où Paul » ? Je lui ai répondu : « Je préfère les Beatles ». Car au sein de ce groupe, tous ont leur importance. Je dirai que Ringo en est la pierre philosophale comme l’était Tonio ( ndr : le frère de Manu Chao ) dans la Mano Negra.

Quels sont tes projets ?
De faire un carton avec le nouvel album. Il n’y a que des compos ( ndr : avec Claude Lemesle aux textes, l’album sort en Septembre ). On essaie d’insuffler un peu de fraîcheur sur la scène actuelle. Il n’y a pas de reprises car il est plus facile de reprendre Wilson Picket que de reprendre Coluche. Enfin, j’espère que l’album va marcher. Si Dieu veut. Inch Allah.

C’est tout le bonheur que l’on te souhaite. Pour finir, as-tu quelque chose à rajouter ?Oui, parmi mes influences, je veux rajouter : les Stones, Tom Petty, Springsteen, Charles Aznavour et Georges Brassens. Et aussi, Clapton.

 

Propos recueillis par Claude Dannic  le 28 juin 2012

 

 

 

 

 

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1 Commentaire
  1. paco 3 années Il y a

    Pascal…quoi dire? Ecoutez et regardez ce qu’il balance en 86 sur « So many nites » et « Junkie beats »….ou quand rickenbaker rime avec enfer. Il fût un temps ou les meilleurs riffeurs de la planète venaient de chez nous…DOGS, LSD, LITTLE BOB VALENTINOS à un point tel que FEELGOOD , CRAMPS, INMATES et quelques autres avaient vissés leurs boites aux lettres dans la cage d’escalier.

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