Nina Van Horn : Hell of a Woman !

Les Disques

Nina Van Horn : Hell of a Woman !
Nina Van Horn, notre french-texane woman au caractère bien trempé s’est lancé dans un projet très intéressant, à savoir partir à la recherche des voix féminines du blues. A travers son émission “Nina On The Rocks” sur W3 Blues Radio, Nina a exhumé des portraits très attachants de ces femmes noires qui ont souvent posé les bases du blues avec tout autant de ferveur que leurs homologues masculins. Pour autant, pour les aficionados que nous sommes, leurs voix font partie de ce deuxième monde que nous reléguons au second plan. Au delà de son émission, Nina a non seulement décidé de reprendre un certain nombre de chansons de ces femmes mais aussi de regrouper leur biographie au sein d’un livre. Disque et livre sont aujourd’hui disponibles dans toutes les bonnes crémeries sous le même intitulé “Hell of a Woman ! Hommage aux Femmes du Blues”.

Le CD de 15 titres s’ouvre par une composition de Nina hommage à ces femmes “Sisters, sisters”. Les 14 titres suivant sont toutes des reprises. Et défile un petit Panthéon de ces femmes : Victoria Spivey, Alberta Hunter, Memphis Minnie, Lil Green, Georgia White, Kate Mc Tell, Ma Rainey, Bessie Smith, Mildred Biley, Rosetta Tharpe, Odetta, Billie Hollidays.
Entourée pour l’occasion de Phil Bonin, Phil Rubio, Jean Marie Gabart, Boney Fields, Jean Jacques Milteau, Tom McClung et Patrick Verbeke, Nina redonne vie et sens à tous ces titres dans un registre plutôt acoustique (mais rassurez-vous, il nous a été donné de voir Nina à l’Entrepont : le naturel de la dame reprend vite le dessus et son concert électrique fut un régal).

Quant au livre, laissons la parole à Nina elle même à travers des extraits de sa préface :

“J’étais restée sur une image un peu passée comme leurs portraits… ceux de chanteuses un peu trop maquillées, surchargées de bijoux. Leurs enregistrements vocaux laissaient entendre des voix devenues aigrelettes ou nasillardes, des interprétations un peu outrancières.
Bref pour être honnête…, j’espérais ne pas m’ennuyer à vouloir déterrer tout cela !
Mea maxima culpa, Muse of Blues !
Au fur et à mesure de mes recherches tant musicales que biographiques, j’ai découvert des femmes luttant dès leur plus jeune âge pour une survie implacable dans un monde d’hommes, et quels hommes : pour la plupart souteneurs, dealers (mais oui aussi dans les années 20/30 !), voleurs à la petite semaine…
En levant le voile sur leur passé, j’ai également découvert qu’elles étaient les seules à décrire ce qu’elles voyaient autour d’elles, elles abordaient l’homosexualité féminine, le racisme, les grandes maladies qui décimèrent plus d’un musicien et les ravages de la drogue… et quand elles chantaient l’amour, c’était pour dire combien il était difficile de rencontrer un homme bien, qui ne leur prendrait pas leur argent, ne les battrait pas quand il rentrait saoul. Ou bien elles plongeaient à fonds dans cet univers corrompu et lascif en chantant des chansons aux limites de la bienséance, se moquant de ces hommes qui “payaient” pour une étreinte toujours feinte !
… Elles sont passées par toutes les épreuves, ont sillonné des états aussi miséreux que celui de leur naissance, chanté pour les travailleurs dans les champs de coton, dans les bouges les plus infâmes. Certaines connaîtront une gloire soudaine, durable ou éphémère. Leur Destin sera parfois tranchant alors que vient la reconnaissance. D’autres périront par une mort inattendue, révoltante ou annoncée…
… On retrouve le même parallèle de l’autre côté de l’Atlantique, en Europe et en France particulièrement où des chanteuses comme Fréhel ou plus tard Edith Piaf, dépeindront, elles aussi, l’univers qui les entouraient avec la même passion et le même charisme.”

L’ouvrage est abondamment illustré de photos tant des personnes que des lieux, et permet, en lien avec le CD, de se replonger dans leurs vies et dans leur chanson (signalons pour les non anglophones que les textes des chansons sont traduits).

En résumé, à l’heure où un président noir (et une first lady) est à la tête des Etats Unis, Nina nous amène à faire un grand retour en arrière sur la vie de souffrances, de misères, de peines du peuple noir durant le 20e siècle. Et de nous décrire cela à travers les paroles restituées de celles que le monde masculin, pour ne pas dire macho, reléguait dans un ghetto dans le ghetto.
Œuvre salutaire de nous rappeler que quelle que soit la couleur, le lieu, le temps, les femmes se sont battues et auront encore à le faire (même dans la musique) pour accéder à l’égalité des droits.

Serge Sabatié

 

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