Nikki Hill : Cœurs lourds et poings durs

Les Disques

Nikki Hill • Heavy Heart, Hard Fists • Deep Fryed Records
Originaire de Durham, au Nord de Raleigh en Caroline du Nord, Nikki Hill débute le chant dans la chorale baptiste de sa paroisse. Durant son adolescence, elle change complètement de registre bifurquant vers le punk rock. Installée à la Nouvelle Orléans où elle œuvre comme barmaid, elle rencontre le guitariste Matt Hill, lui aussi vient de Caroline, et l’épouse en 2011. Le guitariste vient de participer à une tournée aux côtés de Bob Margolin. Le couple s’installe à Saint Louis et connait de grands moments, le guitariste décrochant un Blues Music Award avec « On The Floor » dans la catégorie des meilleurs premiers albums.

En 2012, Matt Hill & The Deep Fryed Two sort un second album. Le trio écume la Côte Ouest et passe à The Viva Las Vegas et tourne avec l’ancien Blasters Phil Alvin. Ces expériences et les éloges que récolte la formation incitent Nikki Hill à se lancer dans la composition. La chanteuse enregistre un premier single à Chicago édité par le label catalan El Toro. L’année suivante, la chanteuse multiplie les concerts secondée par le trio fondé par son mari et enregistre le EP « Soul Meets Country » constitué de quatre originaux avec Deke Dickerson et les Bo-Keys.

Dans la foulée, la chanteuse met en boite son premier bébé « Here’s Nikki Hill », un album de dix titres salué par la presse spécialisée. Excellente songwriter, Nikki est l’auteure de sept plages agrémentées de trois reprises : la chanteuse s’offre une reprise complètement relookée du « Gotta Find My Baby » d’Ike Turner, s’attaque à « Who Were You Thinking Of », un titre ska des Texas Tornados et délivre une version savoureuse de « Ask Yourself » de Little Richard. L’album se clôture avec l’excellent country gospel « Hymn For Hard Luck » interprété en duo avec son mari guitariste, un morceau qu’on pourrait croire sorti tout droit du répertoire des Staples Singers. Les prestations scéniques de la chanteuse et l’assise offerte par ses accompagnateurs Matt Hill à la guitare, Ed Strohsahl (basse) et Joe Meyer (ex John Nemeth Band) aux baguettes permettent au groupe de développer une identité musicale aussi électrique qu’éclectique.

Depuis 2013, Nikki Hill s’est forgé une solide et bonne réputation auprès des programmateurs.

Le répertoire lui permet de se produire aussi bien dans les festivals Blues ou Soul que dans les rassemblements rétro et les manifestations Rock. Rompue aux scènes américaines, la formation s’appuie sur une line up fidèle, pleine de cohésion qui met en valeur la voix puissante et volontaire de la chanteuse. Le groupe programmé en Europe avec des passages remarqués à Montreux et au Bay-Car Blues a suscité l’enthousiasme du public.

« Heavy Hearts, Hard Fists » :
S’il convient de se méfier des disques qui touchent dès la première écoute, le parallèle avec le titre traduisible par Cœurs Lourds et Poings Durs » ne peut guère être évité, tel un boxeur hors norme, Nikki Hill nous délivre un formidable K.O. dès sa première attaque.

Enregistré aux studios Fort Horton, propriété des Horton Brothers près de Beaumont, là où enregistrèrent le regretté Nick Curran, The Honeybees, Johnny Moeller, Junior Watson, Dave Herrero, Cave Catt Sammy et certains bluesmen du label Dialtone, l’album bénéficie d’une bonne qualité sonore et d’une production sans surenchère. La chanteuse s’avère une bonne et prolifique compositrice, 9 des 11 titres proviennent de sa plume.

En ouverture, Heavy Hearts, Hard Fists », qui donne son nom à l’album, nous renvoie vers Nicole Willis, à l’époque de « Keep Reachin’ Up » avec un titre soul plein de maitrise. Nikki prend ensuite un virage à 120° avec « Oh My », un rock punky dévastateur bien soutenu par une guitare électrique qui va à l’essentiel et une voix qui ne cesse de relancer le tempo. « Struttin’ » aux accents stoniens pourrait figurer dans l’album « Exile On Main St. ». Retour vers une Soul électrique avec « And I Wonder » avec un bon solo de guitare qui ne s’éternise pas pour finir par mourir à petit feu. Le répertoire se booste à nouveau avec « (Let Me Tell You’ Bout) Luv » qui renvoie vers les Them ou les Stones, le piano de Matt Farrell (ex Nick Curran), présent sur 5 morceaux, est le parfait contraste avec une guitare à la sonorité cradingue, roots et rock de Matt Hill. Première reprise et très nette orientation vers le Blues avec l’hypnotique « I’m Gonna Love You », standard d’Eddie Taylor grand instigateur du son Jimmy Reed, gravé en 1957 pour Vee-Jay. La version reste fidèle et respectueuse de l’originale pour un joyau se situant entre John Lee Hooker et Jimmy Reed. Retour vers un morceau conjuguant Soul et Rock sixties avec « Hot Shot », le tempo grondant et électrique met en valeur le vocal rauque et puissant de la chanteuse, encore une fois Matt Hill produit un phrasé foncier qui ne s’éternise pas relançant sans cesse la machine. Même impression avec « Mama Wouldn’t Like It », le piano rappelle les interventions d’Alan Price au sein des Animals.
Mais Nikki Hill sait se faire tendre quand vient le besoin de laisser reposer les soupapes, la preuve avec « Nothin’ With You » un morceau de Deep Soul qu’on croirait sorti tout droit d’un single de Betty Harris, Ann Peebles ou Mavis Staples. Retour vers l’énergie avec « Scratch Back », un Rock n Roll qui pulse et dans lequel la guitare, le piano et la voix se livrent un duel épique, la section rythmique restant comme souvent la gardienne du temple. L’album se clôture avec la seconde reprise, « Twistin’ The Night Away », succès de Sam Cooke pour la RCA en 1962. Repris à toutes les sauces (Keely Smith & Louis Prima, The Marvelettes, Clarence Clemons, Herbert Hunter, Sy Cranstoun en offriront des versions peu digestes) la reprise évite toute douceur trop sirupeuse tout en restant dans l’esprit, les baguettes de Joe Meyer apportent un second souffle relayé par le piano et la guitare. Un morceau qui doit faire mouche sur scène.

Avec ce deuxième opus, Nikki Hill, bien épaulée par un groupe cohérent, nous délivre un album coriace et sincère navigant entre Rock, Soul, Gospel et R&B. Le répertoire repose sur un bon cocktail : un chant rauque, puissant et énergique et Matt Hill a la sagesse de ne pas nous asséner des solos de guitare trop longs qui finissent par se perdre en route. Une bonne pioche avec une chanteuse qui fait fureur sur scène.

Le Kingbee

 

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