Nguémé & Smiling Blues : un des albums de l’année

Les Disques

Roland Tchakounté • Nguémé & Smiling Blues
Vous nous connaissez. Nous avons nos préférences, nos chouchous et parfois cela ne s’explique pas, mais souvent cela est justifié par la qualité de ce que nous avons entre les mains. C’est le cas de la galette de cette chronique. Pour ce sixième album de Roland Tchakounté nous serons une fois de plus laudateurs vis à vis du travail accomplii par Roland. Il ne s’agit pas ici de tresser des lauriers pour le plaisir. il s’agit bien sûr de reconnaitre la valeur de ce qui est couché sur ce CD.

Si sur l’ensemble de la production de Roland Tchakounté  “Bred Bouh Shuga Blues” son premier opus de 1999 était une carte de présentation hookerienne électrifiée, son successeur “Aba ngo“ en 2005 nous démontrait les capacités d’ouverture de l’individu avec déjà son fidèle compagnon musical Mick Ravassat qui depuis ne le quitte plus. Pas de hasard si cette année-là, Roland Tchakounté fut le premier Français à se produire sur la scène du Chicago Blues Festival (eh oui ce Camerounais d’origine qui chante en bamiléké est de nationalité française, il est bon de le rappeler par ces temps). “Waka” en 2008 et deux extras pour les 10 ans de Blues sur Seine affinaient le voyage entamé. “Blues Menessen“ en 2011 et “Ndoni” en 2012 poursuivaient sur cette lancée avec des ouvertures plus jazzy et prouvaient que ce n’était pas un hasard si les plus grands festivals hexagonaux et internationaux programmaient à leur tour Roland.

Avec “Nguémé & Smiling Blues” c’est avec un plaisir toujours intact que nous retrouvons Roland et ses compagnons. L’équipe autour de Roland s’est étoffée. Outre Mick Ravassat (aux guitares) nous retrouvons Larry Crockett (Liz Mc Comb, Eric Bibb) à la batterie, Johan Dalgaard (il y en a trop) ou Damien Cornélis (des Bips à Malted Milk) aux claviers, Kim Yarbrough (Bernard Allison) à la basse  mais aussi le fidèle Christophe Dupeu à l’harmonica ( à l’enregistrement et mixage) sont là pour apporter leur savoir faire bleu sur tous les morceaux.

Chubata Africa qui ouvre l’album nous maintient dans notre connaissance de Roland avec de beaux  contrepoints bienvenus de Mick à la guitare, de plus en plus laid back Le très lent Nju Bwoh Man (superbe backing vocals de Maleika Pennont) sur des percussions et une guitare épurée puis Ouba Kih Kamagnam (la voix éraillée est poignante sur les claviers de Johan) et Melena. Suivent Ngueme & Smiling Blues, titre qui donne son nom à l’album et Meden Mbibou où les protagonistes s’en donnent en cœur joie (écoutez le clavier de Damien par exemple) dans leur réinterprétation d’un Funk blues que ne renierait pas Taj Mahal.

Roland Tchakounté lors de son concert au New Morning le 1er octobre 2015 avec Christian Dupeu ©Miss Béa

Roland Tchakounté lors de son concert au New
Morning le 1er octobre 2015 avec Christian Dupeu ©Miss Béa

Kane Bwoga Africa suit avec sa longue énumération de grandes figures de la négritude qui font que Roland s’identifie à un panafricanisme qui dépasse les frontières de son Cameroun natal. Meba Gangsta roule à un train d’enfer alors que Tchuite Blues Noum Seou ne laisse pas retomber la température. Immigrés pour nous rappeler que pleinement inscrit dans l’actualité, le voyageur international qu’est devenu Roland n’oublie pas ce qu’il a pu vivre. Hey hey, Kanen baby reprend le rythme métissé de funk blues. Oulen Nefa fide (joli cœur) et Misery pour achever ce voyage nous démontrent encore que ce nouvel album est de plus en plus électrique et chaleureux.

Nous avons cité tous les titres car il n’y a vraiment rien à jeter sur ces 13 morceaux. Rien de surprenant à ce que l’association France Blues désigne cet album comme la meilleure auto production de l’année pour aller représenter le blues français à Memphis.

Avec Nguémé & Smiling Blues, très inspiré par le croisement, le métissage et les passerelles assumées entre l’atmosphère d’un Chicago blues électrique, celle d’un funk néo-orléanais et une ambiance africaine qui se respire au delà des vocaux en bamiléké, Roland confirme la place à part dans un paysage musical francophone qui le fait très largement sortir du milieu bleu dont il vient. Cet album devrait lui permettre de prétendre à une ouverture vers les festivals de musiques métissées, c’est tout le mal que nous lui souhaitons.

Et si ses prestations sont à la hauteur de ce que nous avons entendu au New Morning lors de la présentation de l’album où nous avons vu un Roland Tchakounté qui n’a jamais autant joué de la guitare électrique, nul doute que les liens tissés par Roland entre l’Afrique et les musiques noires américaines  l’amène à rencontrer un public de cœur de plus en plus large !

http://www.roland-tchakounte.com

Sege Sabatié

 

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1 Commentaire
  1. paco 2 années Il y a

    Cet album est en effet une splendeur, un petit bijou d’émotion, les compositions sont splendides, les musiciens qui accompagnent Roland nous emmènent avec lui dans un fabuleux voyage qui à chaque écoute nous fait oublier la précédente. Et que dire de cette voix profonde, émouvante et littéralement habitée? Ca vient de très loin et ça nous y conduit encore plus. Magnifique!
    Paco.

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