Matthieu « Boogie Mat » Fromont @ the Crossroad – CR du concert du 14 octobre 2010

lectures : 1547

Matthieu "Boogie Mat" Fromont @ the Crossroad – CR du concert du 14 octobre 2010
2010-10-19 17:16
Chroniques de concert

Après avoir vu Bo Weavil, ancienne ou nouvelle formule, plusieurs fois, j’étais particulièrement impatient de découvrir Matthieu “Boogie Mat” Fromont en solo. Quelques vidéos dénichées sur le net m’avaient laissé augurer une soirée grandiose. Et bien je n’ai pas été déçu ! Avec un son parfaitement maîtrisé, gras et poisseux à souhait, mis en valeur par les équipes de l’Entrepont (un grand bravo à eux au passage !), Boogie Mat Weavil (c’est son nouveau nom) a réussi à séduire un public complètement conquis par le talent et la gentillesse du personnage.

Voir en concert solo un artiste que l’on n’a encore vu qu’en groupe, c’est comme découvrir les dessins d’un peintre dont on ne connaît encore que les tableaux : on le découvre d’un point vue plus intime, comme d’un peu plus près. On imagine entendre les morceaux tels qu’ils ont vu le jour entre ses mains, des diamants bruts.

Sans jamais forcer, avec un naturel et une aisance confondants, Boogie Mat réussit à lui seul à faire se rencontrer le boogie-blues électrique de John Lee Hooker, de Howling Wolf mais aussi, plus discrètement, le blues acoustique des plus anciens, par exemple avec une très belle version de “Mojo Hand” de Lightning Hopkins, ou un “Mean Frisco” d’Arthur Big Boy Crudup. Ah oui, et aussi un superbe “Jitterbug Swing” de Bukka White en fin de concert qui n’était pas à piquer des hannetons (normal, pour un Bo Weavil…). Il y a aussi du RL Burnside dans ce groove implacable, ce rythme hypnotique. Et ses compos sont du même niveau. On a même eu droit à des inédits, notamment un Mystic Mambo à venir sur un prochain album ! Sauf erreur de ma part, on devrait également retrouver “Running Shoes” dont la version live de ce soir m’a particulièrement enthousiasmée.

Bien sûr, on sent avant tout une très forte influence du blues des années 50 ou 60. Et ce n’est pas sans une certaine surprise que l’on entend Matthieu nous jouer et nous chanter un morceau sénégalais ! J’ai cependant eu la chance de discuter avec lui avant le concert : non content d’être une personnalité extrêmement sympathique, c’est aussi quelqu’un qui, loin d’être ancré dans un blues passéiste, est au contraire à l’écoute de ce qu’il appelle “le blues du monde” et de musiques indiennes, africaines….C’est au travers de quelques touches subtiles que l’on peut entendre des influences des îles ou jazzy.

Le tout reste toujours d’une très grande cohérence. Il y a, à n’en pas douter, un véritable son Bo Weavil. L’utilisation d’un micro type “Green Bullet”, saturé à souhait, y est pour beaucoup : pour l’harmo bien sûr, mais aussi pour la voix car il s’agit en réalité d’un deuxième micro chant, et en passant de l’un à l’autre, Mat dispose de toute une palette sonore. Sa magnifique guitare “Steel Phonic” du prestigieux luthier James Trussart a non seulement un look et un “mojo” d’enfer , mais surtout un son prodigieux. Directement pluggée dans un petit ampli, sans aucun effet, ça le fait vraiment ! Ca sera d’ailleurs la seule guitare dont il se servira, en accord standard, mais aussi en open de sol et de ré (pour le Bukka White ?), et en slide pour une série de morceaux vers la fin du concert. Mat joue le plus souvent les doigts nus, le pouce martelant le rythme tandis que l’index et de le majeur viennent “choper” les cordes aigus presque par derrière. Un sacré boulot au niveau du rythme pour scander ce groove qui nous fait presque regretter d’être assis : sûr que les pieds ont eu bien envie de s’agiter ! Et puis il y a aussi (et surtout ?) la voix, avec ce grain parfois comme en retrait, parfois tout en puissance, et ce vibrato si caractéristique qui marque et prolonge la fin de phrasé.

Il se sera donné sans compter : seul à la guitare, au chant, à l’harmo, mais aussi à la grosse caisse et au charley, Boogie Mat nous a gratifier ce soir là de deux bonnes heures de concert, alignées dans un seul set ! Il n’a pas complètement épuisée sa set list de 60 morceaux (il paraît que sa playlist est impressionnante, écrite en tout petit !). Le concert se termine par le boeuf traditionnel avec Michel Bertrand pour 3 morceaux. J’ai moi-même déclaré forfait, venu sans guitare : je risque de le regretter toute ma vie…Après un très chaleureux rappel, il repart pour deux morceaux : une de ses compos, “Keep on puffing”, et une version boogie de “Shake ‘em down”. On n’est pas prêt d’oublier cette soirée, ni le sourire de Matthieu à la fin de chaque morceau : simplement heureux de nous jouer sa musique. Et nous, oh combien heureux de l’écouter…

(Vincent Le Bourdellès pour le Crossroad)

Retrouvez les photos de Michel Bertrand sur le site du Crossroad :
http://www.crossroad.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=271

 

les 5 derniers articles de vleb

Laisser un commentaire