Marquise Knox

Les Disques

La découverte de l’année ou quand le futur rencontre le passé !
Ils sont sans doute peu nombreux, les amateurs de Blues français à connaître Marquise Knox, jeune musicien de Saint-Louis (Missouri) au prénom si singulier. Et pour cause, ce musicien n’a que 17 ans et il n’a encore jamais mis le pied de ce côté ci de l’océan Atlantique. Mais ça ne saurait tarder ! Alors, vous vous demandez sans doute où et comment j’ai fait sa découverte ?

Flash back en octobre 2008. Je m’étais rendu à Helena, Arkansas pour assister au « Arkansas blues and heritage festival » (ex King biscuit blues festival), l’un des plus fameux festivals de blues au monde. Il y a là-bas une scène principale et des scènes annexes mais il y a aussi tout au long de la fameuse Cherry street, des musiciens qui jouent dans la rue à des emplacements qui leurs sont spécialement réservés. On y trouvait beaucoup de bluesmen connus des amateurs tels Little Jimmy Reed, Bill Abel, révérend Robert, Terry « harmonica » Bean, KM Williams, Aron Burton etc… Mais il y en avait un qu’on remarquait plus que les autres, qui était en quelques sortes le « roi de Cherry street », qui créait un énorme attroupement chaque fois qu’il jouait, tel un aimant avec des objets métalliques. Un véritable tour de force ! Il s’agissait pourtant d’un parfait inconnu (au moins pour moi) portant un nom bizarre, Marquise Knox. Je l’ai d’abord entendu « de loin », je fus immédiatement comme hypnotisé par le son de sa guitare, par son touché exceptionnel (sans médiator) avant de découvrir sa voix, et quelle voix ! il a fallu me frayer un chemin au milieu de cette foule regroupée autour de cet adolescent noir déjà assez costaud. Je dois vous avouer que je suis resté un bon moment à l’écouter complètement sous le charme. Quelle découverte ! Pour attirer autant de monde, vous devez vous imaginer que Marquise Knox est guitariste démonstratif qui étale sa technique à longueur de solo, qui fait des cabrioles pour épater la galerie, vous faites fausse route, Marquise Knox est tout l’inverse, il jouait généralement seul, assis sur une chaise avec juste sa voix et sa guitare (et parfois un harmonica), il ne balançait pas des soli pyrotechniques et des cascades de notes à n’en plus finir, mais des notes bien choisies jouées avec doigté, feeling et sensibilité, sa superbe technique étant toujours au service des morceaux, sa musique est à la fois simple et dépouillée mais d’une richesse extraordinaire, qui va à l’essentiel, qui touche droit au cœur, forte et émouvante, c’est du vrai blues quoi !


Marquise Knox dans les rues d’Helena

Mais qui est ce gamin plus intéressant que beaucoup d’artistes programmés sur la scène principale ? Il faisait l’unanimité au milieu de ce public d’amateurs de blues et de spécialistes alors que les billets verts s’accumulaient dans son seau réservé au pourboire comme les voitures au triangle de Rocquencourt un dimanche soir. Malgré son visage juvénile, il dégageait une sorte de force tranquille, un feeling impressionnant, une maîtrise digne d’un vieux brisquard enchaînant les titres juste accompagné d’un harmoniciste bien plus âgé que lui qui jouait par intermittente. J’hallucinais, il y avait un côté « retour vers le futur », j’avais l’impression de remonter le temps, de me retrouver au moins 50 ans en arrière face à un John Lee Hooker ou un Lightnin’ Hopkins jeune et au sommet de sa forme. Connaissez vous le titre « Tribute to John Lee Hooker » de Diunna Greenleaf ? elle y chante qu’elle recherche un nouveau John Lee Hooker (I’m looking for the next John Lee), eh bien, je crois que je l’ai trouvé ! C’était réellement impressionnant ! Alors, vous imaginez bien que j’ai mené l’enquête pour en savoir plus sur ce jeune prodige. J’ai posé quelques questions basiques à son sujet, quel est son nom ? d’où vient il ? et surtout a t’il des cd à vendre ?

Par chance, il avait un CD que je me suis empressé d’acheter et je ne fus pas déçu même si celui ci date de 2006 alors qu’il n’avait que 15 ans. Il se prénomme Marquise, ce n’est pas très masculin comme prénom et ça ne sonne pas vraiment blues, pourtant, c’est à d’un véritable bluesman qu’il s’agit, quelqu’un qui est tombé dans la marmite alors qu’il était tout petit. Ce jeune surdoué a bénéficié des conseils du regretté Henry Townsend qui l’avait pris sous son aile et à qui ce cd est dédicacé. Il a aussi fréquenté d’autres vétérans comme Honeyboy Edwards, Robert Lockwood, Louisiana Red ou Big George Brock. Pour la petite histoire, le petit Marquise Knox est né en 1991 à Saint Louis dans une famille de musiciens. C’est justement son père qui lui aurait offert une guitare en plastique (du style fisher price) achetée dans un supermarché K-Mart alors qu’il n’avait que 3 ans; l’histoire était en marche… Le blues a toujours été présent dans sa vie et ses premières influences furent son oncle Clifford et sa grand mère. Il a commencé à jouer sérieusement et à se produire à l’âge de 12 ans. Il est depuis devenu une petite vedette sur Saint Louis où il a notamment fait la première partie de BB King. Pour l’anecdote, le jeune homme adore les fringues et surtout les chapeaux, ce n’est pas pour rien que sur la jaquette de son CD, on peut le voir vêtu d’un étonnant costume blanc à carreaux oranges avec le chapeau orange assorti, la classe !
Fermons la parenthèse pour revenir à Helena ; je précise que je l’ai revu le lendemain, que je me suis débrouillé pour parler un peu avec lui et surtout j’ai filmé une partie de sa prestation, certes dans des conditions difficiles, au milieu d’une foule très dense mais ce document même d’une qualité technique médiocre a pour moi une valeur inestimable. J’ajoute qu’il a aussi joué de l’harmonica et qu’il est tout aussi excellent à cet instrument, quel dommage qu’il n’en joue pas sur le cd.

Ce CD, justement, parlons en !
Il s’intitule « Rise up now » et a été enregistré en 2006 à Saint Louis. Il est sorti le label confidentiel « Night train publishing » dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Il comporte 11 titres dont 10 compositions, la seule reprise étant le morceau « Hobo » de John Lee Hooker. Je le trouve remarquable de simplicité dans le sens noble du terme (ne surtout pas confondre simple et simpliste svp), car contrairement à ce que l’on peut croire, le plus difficile est souvent de faire simple. La musique de Marquise Knox sur ce CD est certes simple et posée mais surtout son style est direct et terriblement efficace. Quand le CD se termine, on n’a qu’une envie, c’est de ré-écouter ces 11 morceaux, c’est vous dire !
Le son est brut et sans fioritures, légèrement saturé mais de bonne qualité, l’enregistrement a été fait en formation réduite, avec ou sans batterie. Sa technique autant vocale qu’instrumentale est déjà très fine. S’il utilise une guitare électrique, il en joue dans un esprit plutôt acoustique. L’ensemble est très homogène. et même si Marquise Knox n’avait que 15 ans à l’époque, et qu’il n’avait pas encore atteint le niveau d’excellence qui fut le sien à Helena, ce CD est néanmoins très bon et à recommander à tous les amateurs. L’ombre de ses principales influences Henri Townsend et Lightnin’ Hopkins plane sur cet enregistrement. Sa voix chaude et posée dégage une sérénité certaine, elle est plus que convaincante, elle est véritablement envoûtante !
Le cd comporte une bonne alternance des tempos entre les shuffles bien rythmés et les morceaux lents. On remarque bien sûr le titre « Hobo » hypnotique et lancinant à souhait avec une formation minimaliste comprenant juste une basse en plus de la guitare et la voix de Marquise. Tout aussi dépouillé et avec la même instrumentation, le morceau lent « train left the station » désabusé et mélancolique dégage une atmosphère pesante, c’est un vrai blues ! Idem pour mon titre préféré, le long slow blues « midnight blues » (7:35) avec cette fois une batterie et un orgue, un blues basique mais bien construit et très prenant. Le cd comporte aussi de beaux shuffles comme « treat me right », « trouble, trouble » et « soul searchin’ shuffle », le seul morceau instrumental du disque. J’aime en particulier « trouble, trouble » et son côté paradoxal, son texte très dur « I have trouble everywhere I go, I’m a trouble man, I have trouble right now, I have trouble all the time … » sur une musique entraînante, j’oserais presque dire dansante.
Malheureusement, le cd est introuvable en France même sur internet…


Marquise Knox et Jocelyn Richez

Quand on voit des jeunes gars comme Marquise Knox ou comme Marc André Leger qui a fait un tabac au dernier tremplin Blues sur Seine en interprétant essentiellement du Robert Johnson, on se dit que le blues traditionnel est non seulement encore bien vivant mais qu’il a encore de beaux jours devant lui !
Je pense que vous l’avez compris, Marquise Knox est un musicien à découvrir d’urgence, pour moi LA révélation de l’année. Je ne suis pas madame soleil ou Elizabeth Tessier mais je suis persuadé que s’il sait s’entourer, il peut faire une très grande carrière internationale et devenir le futur « king of the blues ».
Et puisqu’on approche de la nouvelle année et de la période des voeux, j’en profite pour rêver un peu, pour espérer qu’un programmateur français aura la bonne idée de faire venir Marquise Knox en France en 2009 et pendant que j’y suis, j’aimerais aussi qu’on nous amène Tomcat Courtney, auteur d’un CD monumental début 2008 (pour moi, le meilleur CD blues de l’année 2008) et pourtant, aucun programmateur français n’a eu l’idée de le faire venir, un comble !

Pour en savoir plus au sujet de Marquise Knox, vous pouvez visiter les sites suivants :

Jocelyn Richez

 

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2 Commentaires
  1. Jipes 10 années Il y a

    Ben ca donne bien envie d’aller écouter ce que fait ce jeune musicien ta chronique, alors j’y vais de ce pas ;o)

  2. […] (voir la suite de cet article de 2008 sur : http://www.docteurblues.com/wordpress/?p=791) […]

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