Marquise Knox : l’heure de la relève a sonné !

Les Disques

Marquise Knox – Man Child – APO 2022
Docteur Blues a déjà eu l’occasion de vous dresser quelques traits au sujet de Marquise Knox via Slimjo. Nous ne reviendrons donc pas sur la biographie, ni sur le parcours de ce jeune guitariste, rappelons juste qu’il est natif de la région de Robertson (Missouri) et qu’il a tout juste 18 ans, ce qui peut laisser présager de belles choses. Le label APO, qui semblait quelque peu végéter ces derniers temps, a l’habitude d’éditer quelques perles souvent aussi méconnues que pures et authentiques (Harry Hypolite, Big George Brock, Weepin’ Willie etc.). Cette fois encore, le label ne s’est pas trompé en donnant sa chance à ce jeune prodige.

A contrario de certaines firmes qui axent leur catalogue vers un blues teigneux, souvent aussi besogneux qu’indigeste, APO propose un itinéraire plus fluide, plus original et surtout plus sincère.
Avec ce Marquise Knox, pas d’esbroufe ! Malgré son jeune âge, le guitariste va à l’essentiel, ici pas de guitare derrière le dos, de notes jouées avé les dents mais un phrasé simple, aérien, souvent flamboyant qui occulte toute poudre aux yeux et tout chiqué.
C’est sous les recommandations de Sam Lay que Chad Kassem s’est intéressé d’un peu plus près à Marquise Knox et que ces sessions ont pu voir le jour. A une époque où il est de bon ton pour un jeune musicien afro-américain de se lancer dans une carrière hip hop, Knox s’est lui lancé dans le zig. A vrai dire, cela fait un sacré bail que Marquise va à contre-courant, on peut même dire qu’il s’y est engagé depuis qu’un grand oncle lui a offert une guitare Mickey Mouse pour ses 3 ans.

Peut être aussi que Marquise dispose d’un héritage qui se prêtait à ce genre de musique ; il est visiblement apparenté de loin à Big George Brock ainsi qu’au regretté Bennie Smith. En farfouillant un peu l’arbre généalogique de la famille, on s’aperçoit que Magic Slim et Eddie Willis (connu pour avoir été l’un des artisans du son Motown) font aussi partie de cette fratrie. Les gènes !?
Les influences de Marquise sont nombreuses et éclectiques ; le jeune guitariste avoue s’être intéressé au répertoire de Lightnin’ Hopkins, puis à ceux de Muddy Waters, Albert King, John Lee Hooker, BB King et Henry Townsend (une autre gloire de St Louis). Il a fait aussi ses gammes sur la scène locale de Saint Louis en compagnie de gens comme Honeyboy Edwards, Bob Margolin, Louisiana Red, Bob Stroger, Bob Corritore et Robert Lockwood Jr. pour les principaux… Toujours est-il qu’il est parvenu à englober un paquet d’excellentes choses et qu’il en a concocté une cuisine originale, personnelle, pleine de fraîcheur et surtout gorgée de feeling. Mais ce qui frappe le plus, c’est la maturité que dégagent les 11 titres de l’album. On pourrait croire qu’il s’agit ici d’un vieux briscard, auquel on ne la fait plus. Non c’est un jeune grattux !
Marquise Knox est bien soutenu par une fine équipe. On y retrouve le guitariste Michael Burks, une section rythmique aussi solide qu’efficace avec le bassiste Don Garrett (un ex de John Coltrane, Archie Sheep et Michael Burks) et Chuck « Popcorn » Louden (déjà entendu avec WC Clark, Buddy Miles, Andrew Jones et Larry Garner) aux baguettes, tandis que Wayne Sharp vient parfois adoucir la sauce aux claviers. Mais c’est surtout une grande impression d’homogénéité, d’osmose qui se dessine dès le premier titre, l’excellent et lancinant « Love Making Machine ». Avec « You Put Me Down », la patte et l’influence d’Albert King est nettement plus palpable tandis que « She’s The One » nous renvoie davantage sur les rives du Delta et celles du son Fat Possum. Puis c’est au tour de l’intense blues lent « Sometimes I Wonder » de nous faire dresser le poil sur les bras. Voix mâture, notes placées où il faut, quand il faut et qui peut rappeler certaines aspérités du grand Willie King. Un morceau qui fait mouche, sans artifice.
Knox est aussi un bon harmoniciste comme le prouve « Problem », reprise de George Brock dans laquelle il s’amuse à conter les déboires de la vie de couple. « You Need Love » est la seconde relecture du CD, la version originelle de Willie Dixon était plus classique, celle proposée par Knox rappelle fortement John Lee Hooker, simple et terriblement efficace. Marquise marque une légère rupture avec « Living To Die », blues lent sophistiqué et un brin lascif dont on pourra apprécier le phrasé de guitare. « I Go to Work » marque un retour vers un blues plus énergique avec une rythmique toujours au diapason. Les deux dernières plages sont un peu particulières ; à l’origine elles ne devaient pas figurer sur l’opus, mais les conditions météorologiques déplorables (grand froid) qui se sont abattues à Salina (Kansas) durant l’enregistrement ont changé la donne ; ceci nous permet donc de pouvoir découvrir « Ice Storm », titre à demi improvisé qui s’insère magnifiquement au reste du répertoire, conjuguant un son lourd et l’apport de claviers qui font ici office d’adoucisseur d’eau. Knox et son band clôturent leur album avec « Clock on the Wall » qui oscille entre Chicago blues et slide party. Environ 58 minutes de pur bonheur, une immense confirmation pour un guitariste qui n’a pas encore 20 ans. Peut être l’une des plus grosses surprises depuis le « Freedom Creek » du regretté Willie King & the Liberators. Espérons que certains « spécialistes » percutent rapidement sur le nom de ce garçon et ne fassent pas comme avec Mr King, le découvrant seulement 2 ou 3 ans plus tard.

Le Kingbee

Relire la chronique de SlimJo au sujet Marquise Knox
http://www.myspace.com/marquiseknox
http://www.aporecords.com

 

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