Lucinda Williams : Down where the spirits meets the Blues & the bones

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Lucinda Williams : Down where the spirits meets the Blues & the bones
Lucinda Williams pourrait être une héroïne de Dorothy Allison à l’image fracassée et intransigeante d’une Delya Bird dans son sublime et poignant roman « Retour à Caryo », d’une pièce de Sam Sheppard telle Mae dans « Fool for Love » même si celui-ci en écrivant a toujours ses couilles à portée de mains à l’image du cliché que l’on s’est trimballé dans les années 80 de cow-boy romantique et de musicien frustré… réécoutez la daube que Dylan a enregistré sur un de ses textes, loghorrée verbeuse et sinueuse de 11 minutes sortie sur « Knocked out loaded » en 86… piteux anniversaire 20 ans après de la sortie de « Blonde on Blone », de sa tournée destroy en Angleterre avec le Band juste avant le vol plané en Bonneville. Mais Bon le Zim, c’est comme Johnny quand il invite quelqu’un c’est aussi dés fois pour mieux le flinguer. Mais ce serait plutôt une sorte de soeur comme on parle d’un frère de sang de Anna Thompson cette sublime actrice, étoile noire du ciné indie, poêtique et douloureuse qui de « Sue perdue à Manhattan » à surtout Fiona irradie jusqu’au malaise son Blues. Pas vraiment la « Girl next door » ou alors celles de l’enfer.
Bref on est pas là pour rigoler mais comment pourrait-il en être autrement?
Elle est de ses voix qui écorchent les mots et fait saigner les coeurs autant que l’inverse…à l’image de la photo du livret de son dernier album « DOWN WHERE THE SPIRIT MEETS THE BONES » sorti en 2014 sur « Highway 20 Records » et tirée du livre « JUKE JOINT » du photographe Birney Imes.
Petit rappel, ça faisait un petit moment qu’elle n’était pas revenue trainer dans le quartier. En fait depuis « BLESSED » sorti il ya 3 ans. Passé plus qu’injustement inaperçu les 12 chansons de ce petit bijou d’émotion écorchée à l’aune déjà de la pochette et du livret nous faisait passer derrière les néons et les panneaux publicitaires, touristiques et fantasmés du rêve américain. Et là, c’est…jackpot avec un double qu’elle se pointe au comptoir pour enfoncer le clou et dés les premières mesures on se gaffe qu’on est pas là pour rigoler. Ce que confirme d’entrée le premier titre « COMPASSION » ballade déchirante interprétée juste accompagnée d’une guitare autour de laquelle cette voix si particulière comme ébréchée l’a fait surnommée la « Bilie Holyday » de la Country ce qui pour la comparaison d’avec LADY DAY ne dénote pas d’une grande imagination de ces derniers, de même que l’appelation Country est à l’écoute de la Dame plus que réducteur.
Dailleurs dés le deuxième titre les amplis sont branchés.
Les riffs qui s’entortillent autour de la chanson cinglent comme dés barbelés qu’on arrache à mains nues et le coeur à vif avec derrière une réverb purulente, un solo au rasoir et des choeurs rageurs.
Et dire que ce brûlot s’appelle « PROTECTION »!
« BURNING BRIDGES » débute d’une façon plutôt cool…enfin comme elle peut l’être! Chrissie Hynde pourrait la reprendre d’une façon différente mais avec cette même ambiguité…more sex! Mais après un superbe solo de guitare étouffé comme joué sous l’oreiller, ça dégénère méchant, tout en rage, fureur et émotion pure comme si Thelma et Louise en une seule personne se tenait derrière le micro.
« EAST SIDE OF TOWN » est une ballade Country-Rock à la Graham Parsons même si les lyrics balancent secs.
Puis arrive « WEST MEMPHIS », superbe compo et sujet terrifiant sur lequel Tony Joe White…yes Man…TONY JOE WHITE HIMSELF fait gronder d’entrée sa guitare comme un ciel d’orage. Lucinda chante dangereusement d’une manière effrayée. Ca monte creshendo,l’harmo de Tony Joe hurle à la mort, chaque accords est une porte derrière laquelle on ne sait pas sur quoi on va tomber. Les choeurs derrière font un peu baisser la tension mais jamais la garde.
Une splendeur!
Après ça « COLD DAY IN HELL » donne un peu l’impression d’avoir enfin trouvé la sortie même si la mélancolie dégagée est poignante. Chanson de séparation qu’un solo de guitare à la Neil Young déchire là ou quand les mots ne suffisent plus et pourtant quel texte!
« FOOLISHNESS » napalme dur! Putain j’aimerai pas être le mec à qui elle balance ça! Derrière ça fait pas de cadeaux non plus…basse en avant et guitares vicelardes. Etrange le gimmick de piano au début et terrible à la limite de la démence la manière dont elle crache avec violence les derniers vers.
Glaçant!
« WRONG NUMBER » est une chanson sur l’abandon, les paroles sont terribles, le chant brisé et derrière l’orchestre joue comme si il la retenait de se foutre dans le vide.
« STAND RIGHT BY EACH OTHER » avec ses nappes d’orgues, son superbe solo de guitare est plus doux..on entrevoit une certaine lumière même si il ne faut rien lacher comme les derniers vers le répètent…NEVER!
« IT’S GONNA RAIN » est une sorte de berceuse Country pour ceux qui ne veulent pas dormir et continuer à réver.
Le deuxième volet s’ouvre sur « SOMETHING WICKED THIS WAY COMES » ou Tony Joe White fait son retour sur un Blues bien épais et poisseux de derrière le Bayou.
« BIG MESS » est une ballade vénéneuse sur la rupture, psalmodiée sur un tapis de guitar-réverb christalline, solos au scalpel et nappes d’orgues ainsi que « WHEN I LOOK AT THE WORLD » qui lui succède même si cette dernière semble plus « légère ».
« WALK ON » est une chanson sur le doute et le confiance…un rock superbe…ou elle se fait parler d’elle.
« TEMPORARY NAtURE (OF ANY PRECIOUS THING) » fout tout le monde à poil. Le texte racle l’os au plus près. Le Solo d’orgue de Ian Mc Lagan est à chialer surtout quand juste après la guitare en rajoute une couche et que Lucinda chante au bord des larmes. Un de mes morceaux préférés.
« EVERYTHING BUT THE TRUTH » sur une structure de Gospel décharnée envoie à la façon rageuse d’un Steve Earle avec qui dailleurs elle a chanté sur son album « I FEEL ALRIGHT »…y’a pas de hasard.
« THIS OLD HEARTACHE » a un petit coté Hank Williams pour la mélodie et Town Van Zandt pour la marade coté lyrics. La steel et la guitare se renvoie la belle…sorry la balle sur la voix feulante mélancolique et sensuelle en diable.
« STOWAWAY IN YOUR HEART » est une belle chanson d’amour sans illusions et de la même veine que « ONE MORE DAY », ballade apaisée mais sans faux espoir que des cuivres réchauffent en douceur.
Et pour tirer le rideau « MAGNOLIA »…émouvant hommage à JJ CALE dans une version hantée de chagrin…à chialer!
Bref ces deux diamants noirs ne s’écoutent pas d’une traite ou en fond sonore.
Non ils font partie de ces albums qui au comptoir font demander au barman qui passe dans les amplis quand on connait pas.
Entre un dernier wheesky et…un dernier wheesky!
Le genre de came que l’on trouve de plus en plus rarement dans les rayons.
Mais bon pas de nostalgie. C’était pas mieux avant surtout que maintenant c’est pire.
TONY JOE WHITE aurait décidé de payer sa dernière tournée l’année dernière non sans avoir bouclé la boucle autour de la gueule de l’alligator avec « HOODOO » sorti en 2013 sur « Yeproc Records » et son Blues rugueux telle une rame goudronnée s’enfonçant dans le lit visqueux et chaloupant du bayou.
JJ CALE a lui définitivement plié les gaules, rangé son établi ou il bricolait ses guitares et planté tout le monde entre Océan Boulevard, Escondido et Memphis. Son dernier album « ROLL ON » était un vrai bijou. Ce Salinger de la six-cordes gardera son secret même si il ne se cachait en rien mais c’était un taiseux et pas le genre à qui on tape sur l’épaule. Rares tournées, interview-haïku et disques ciselés à la manière bourrue d’un artisan orfèvre de sa voix inimitable. On se démerdera avec ça MAESTRO!
JOHN HIATT quand à lui continue à aligner les albums comme on fait rouler et remonter les meilleurs tonneaux de la cave ou Blues, Rock et Country sont placés sous le regard toujours aussi matois, ironique et tendre du maitre. Pour son dernier « TERMS OF MY SURRENDER » sorti chez « New World Records » en 2014, ça tient du hors d’age!
Entre ballades poignantes, Blues tourbés et môut Country mijotants au cul de l’alambic, la recette habituelle se déguste lentement sous la véranda…façon old school!
Entre « LONG TIMES COMIN' », « FACE OF GOD » d’entrée et jusqu’aux dernières gorées mélancoliques de « COME BACK HOME »…un nectar!
STEVE EARLE comme je l’ai lu quelque part, avec « TERRAPLANE » aurait fait enfin son disque de Blues comme si il faisait autre chose depuis le début avec le sien? Et c’est une tuerie!
Voila Buddies!
Avec eux et Lucinda on sait encore avec qui s’accouder au comptoir et poser nos étuis de guitares!
Et surtout pourquoi!

 

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