Rory Gallagher : le dernier gladiateur

Chronique de Bars et Café philo

Rory Gallagher – Irish Tour – Capo 106 BMG
Nous sommes en plein hiver 1974, il est environ 5 PM. Dans sa chambre d’hôtel Rory est anxieux, il donne un concert important ce soir. Il ne sait plus vraiment dans quelle ville nous sommes, mais il sait qu’il n’est pas perdu, il est chez lui. Deux semaines que le groupe est en tournée… Dans le Hall, il retrouve les autres. Gerry lui tape sur l’épaule pour le saluer, tout le monde semble tendu. Les pubs vont bientôt ouvrir.

Après quelques bières et quelques whiskies, le groupe est chaud. Rory a avalé quelques pilules pour dissiper son anxiété et le mélange dans ses veines lui cogne les tempes. Nous ne savons pas très bien comment nous nous retrouvons dans les loges. On nous prévient : le public est là. Rory prépare sa Strat, il se dérouille les doigts. Il va falloir y aller, entrer dans l’arène… Le speaker, comme avant un combat de boxe, scande :  » And now, ladies and gentlemen… Rory Gallagher… » Aveuglé par les projecteurs, on attaque par Craddle Rock. Première déferlante, Rory croit se rappeler que le public est celui du Carlton Cinéma de Cork. Ceux qui ont la chance d’être là nagent dans le bonheur. Le combat sera facile ce soir. I Wonder Who, Gerry à la basse le soutient parfaitement, Rory sait qu’il peut compter sur lui. Puis, c’est le morceau préféré de Lou, le pianiste, Tattoo Lady… Peut-être le titre préféré du public également car ils réagissent dès les premières notes de l’intro. Tout va bien. Ce soir, on va pouvoir aller loin… Too Much Alcohol bastonne comme une rixe à la fermeture d’un bar.Rory enchaîne avec As The Crows Flies, il teste le Dobro, ajuste l’accordage. C’est un titre de Tony Joe White. Les deux musiciens se respectent, ils n’ont pourtant échangé que quelques mots au téléphone. Rory lui rend hommage en soufflant dans l’harmonica qu’il porte autour du cou.

« As the crow flies baby »
« that’s how I’m on my way »
« as the crow flies baby »
« I’m on my way »

Million Miles Away, la référence Gallagher. Le guitariste explose. Aux phrases mineures d’un Freddie King, Rory ajoute des bribes de mélodies irlandaises de son enfance. Les notes majeures pétillent comme des guirlandes. Toute la salle retient son souffle. Nous sommes à des millions de miles mais nous ne sommes pas perdus, nous sommes chez nous.

Rory ne sait plus rien ! Ils diront qu’il était infatigable… Ils n’ont rien compris! Toute cette création « Live » l’éprouve, la douleur endort son corps, son esprit… Le band le soutient et donne le meilleur de son « Fighting Spirit » irlandais. Des doigts magiques, ce sont bientôt les espagnolades du solo de Walk on Hot Coals. Nous l’aidons, nous sommes avec lui. Des générations de Maîtres de guitare envahissent son esprit. Nous ne sommes pas perdus, nous sommes chez nous… Nous enchaînons avec deux titres au bottleneck. Le public n’est toujours pas noyé sous des déferlantes de plus en plus fortes… Ils chantent, oui, le public chante entre les morceaux jusqu’aux dernières notes fantomatiques de Maritime…

La salle se vide doucement, quelques éclats de voix saluent l’artiste. Peut-être, pour la première fois, Gerry est inquiet, il essuie le manche de sa basse dans un coin, le regard perdu. Nous attaquons une bouteille pleine… Demain, une nouvelle escale, un autre port, on nous attend déjà… Dans certains pubs, on parle de nous. Rory Gallagher, premier militant, dernier gladiateur. Ici, on ne fait pas de la musique comme ailleurs, l’Irlande est l’autre berceau… Nous le savons, Rory bientôt nous aura rejoints, d’autres prendront la relève…

Le Doc

 

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