Le Buis Blues festival va à l’église !

Chroniques de concert

Eh oui tout arrive, bandes de mécréants ! Notre musique bleue, cette musique dénoncée par les enchasublés et autres pasteurs de tous poils comme étant la musique du diable au début du vingtième siècle dans le sud profond des USA se retrouve aujourd’hui promue par les organisateurs de festivals dans les églises ou directement sur les places des églises de nos villages (Nous avons bien vu aussi, dans les mid fifties, ces ensoutanés annoncer vouloir détruire la production rock and roll car trop suggestive). C’est ainsi !

Laurent Bourdier et l’association l’école buissonnière responsable de notre visite annuelle en terre rouge du haut limousin nous ont ainsi invités quatre soirées durant à nous rendre sur ces lieux. Donc du mercredi à l’église d’Ambazac au samedi place de l’Eglise du Buis nous pérégrinerons place de l’église le jeudi à Breuilaufa et place de l’église à Nantiat le vendredi. Et pas l’ombre d’un juke joint au pied de ces édifices ! Même plus un bistrot local face à l’église où nos grands pères se retrouvaient le dimanche alors qu’ayant revêtu leurs habits du dimanche, ils attendaient que nos grand mères sortent de l’office ! Tout se perd, même en Limousin !

Mais nous n’allons pas ressasser les temps anciens. Nous venons le plus régulièrement possible dans cette région pour la qualité de vie qui s’en dégage mais aussi pour ce petit festival atypique à plus d’un titre. Itinérant sur plusieurs sites, porté à quatre jours cette année, Le Buis Blues Festival apporte régulièrement son lot de découvertes par la venue de groupes étrangers qui, parfois, font leur premier passage en France lors de ce festival. C’est ainsi que cette année nous aurons une Irlandaise du Nord et son pianiste, un one man band américain et deux groupes suédois, une autre irlandaise et son compère australien, un groupe français, un duo suisse, un quartet belge, un quintet américain et même pas un raton laveur ! Bref une vision éclectique mais toujours électrique du blues d’aujourd’hui. Ce blues pratiqué par des individus qui n’ont pas vécu la ségrégation ni les conditions sociales qui ont été une des matrices du blues originel mais qui ont pu vivre dans leur vie voire dans leur chair des difficultés qui ont marqué leur pratique musicale.

Commençons par la première soirée. Si il y a une personne qui allie bien ces aspects vie personnelle et pratique musicale, nous ne pourrions trouver mieux que Kaz Hawkins. Nous l’avions évoqué lors d’un petit article autour du 8 mars et de la journée internationale des luttes des femmes. Nous n’insisterons pas ici sur son vécu qui fait dire aux personnes qu’elle rencontre (par exemple à Limoges la veille de son concert à Ambazac avec les résidents du Centre hospitalier Esquirol et du Centre d’Hébergement et de réinsertion sociale Augustin Gartempe) que si elle s’en est sortie, eux aussi peuvent s’en sortir.

Alors, ce mercredi soir, la petite église d’Ambazac accueillait à guichet fermé 250 fidèles qui allaient communier sous la nef avec cette voix magnifique amplifiée par la réverbération de ces voutes. Silence religieux dans l’assistance où seules jaillissaient des salves d’applaudissements à la fin de chaque morceau. Nouveau blues salvateur ou nouvelle forme de gospel, toujours est-il que l’osmose fut totale avec les participants. Kaz développa son dernier album et repris quelques titres réadaptés de ses premiers cds (Soul Superstar, This is Me,…) uniquement accompagnée par Sam York aux claviers. Si les mots ont un sens “the thrill was here”! Etant très fatiguée, Kaz était au plus mal après son concert et ne put venir au contact du public qui lui fit un triomphe et mit très longtemps à quitter la nef. Des nouvelles rassurantes nous furent communiquées le lendemain : Kaz se remettait d’un virus. Présente les deux derniers jours sur le site elle vint même participer à la jam à La Grange le samedi soir ! Repartie chez elle, nous avons appris que Kaz avait été hospitalisée pour une pneumonie. Respect et prompt rétablissement à cette sweet fighting woman !

Le lendemain c’est le petit village de Breuilaufa (137 habitants recencés en 2015) qui vit sa population multiplier par 5 ou 6 pour une soirée où nous eûmes droit aux extrèmes sur scène avec Acousta Noir, one man band venu de l’Oregon et qui écume à l’occasion quelques lieux français lors de ses venus en Europe et le quintet suédois Ida Bang & the Blue Tears.

 

Acousta Noir, avec sa seule guitare (sans son banjo) et grosse caisse n’était pas un inconnu (croisé dans des bars parisiens). Ses ballades entre rock, folk blues, country démontrent tout l’art de l’individu en équilibre permanent entre ces genres et capable avec sa voix rauque de convaincre le public. Son traitement punky convainc même des récalcitrants qui finissent par remuer et se trémousser au fil de ses morceaux endiablés. Son répertoire plus amplifié ( plus hard dirons nous) n’est pas un repoussoir, loin de là et ce troubadour contemporain qui nous annonce un troisième album pour cet automne fait son chemin sur nos terres lentement mais sûrement.

Ida Bang & the Blue Tears déjà vus à Torrita lors de l’European Blues Challenge 2016 ont confirmé qu’ils méritaient autant qu’Eric Slim Zahl présent lors de la précédente édition du Buis Blues Festival de s’inscrire dans la lignée des jeunes groupes européens ouvrant de nouvelles voies à la musique bleue. Leur répertoire composé de beaucoup de nouveaux morceaux et de quelques titres issus de leur premier album passent bien auprès du public. Les duels de guitare des deux solistes sont appréciés et malgré leur jeunesse Ida Bang & the Blue Tears accrochent le public. Un hommage à Aretha Franklin quelques morceaux de plus où nous retrouvons Possibility titre de leur premier CD et c’est bientôt la fin du spectacle. Un rappel bien mérité Good to Me et voici Relief au rythme très ZZ Topien présent sur leur EP Blue Tears Part 1 paru en 2017.


Le temps pour les bénévoles de démonter scène, matériel et sono et de remonter le tout à Nantiat pour la soirée du 17 aout et déjà nous étions le troisième jour de ce festival. Mais pour commencer il nous fallait assister au spectacle (déplacé de la Médiathèque à la salle municipale pour cause d’affluence) autour des chansons de Charley Patton réalisé par Cyril Maguy (guitariste de Vicious Steel) et ses trois musiciens Mathieu Pequeriau à l’harmo, Sylvain Braconnier aux percus et washboard) et Vincent Braconnier à la contrebasse. Intitulé ”Les Bedaines de coton” ce spectacle met en scène le monde des travailleurs agricoles noirs des plantations et la vie du jeune Charley. Traité sans mièvrerie et essayant de sensibiliser le jeune public au contexte de l’apparition des premiers blues ruraux, le spectacle est très jouissif d’autant que sans que les musiciens insistent les jeunes spectateurs comprennent très vite le principe des échanges et des reprises. Conçu comme un spectacle pour enfant de plus de trois ans les “Bedaines de coton” se décline aussi en version plus courte pour des enfants de moins de trois ans (les Bedons de coton). Cyrile Maguy annonce pour le printemps la sortie d’un livre CD Les bedaines de coton avec comme harmoniciste Yann Malek des … Cotton belly’s !

Mais le soir venu c’est Slim Paul et Hat Fitz & Cara qui étaient attendus. Commençons par Slim Paul à la guitare accompagné par Jamo à la batterie et Manu Panier à la basse et contrebasse. Que dire de plus que ce que nous avions déjà ressenti au Hasard Ludique en avril lors de la présentation parisienne du premier album de Slim Paul Dead Already. Rajoutons simplement que si nous avons comparé Slim Paul à John Butler Trio, un élément s’en distingue aisément c’est la voix de Paul véritable quatrième instrument qui est capable dans ses crescendos de bouleverser par ses inflexions tout un auditoire (Let me In, NOLA song par exemple) Encore plus cohérents, les trois musiciens distillent avec plaisir leurs titres à un public sous le charme. Disons le tout net Slim Paul et ses potes arrivent aujourd’hui à représenter certainement ce qui se fait de mieux entre modernité revendiquée et respect des traditions avec un traitement qui devrait leur attirer un public autrement plus jeune que celui des festivals blues. Commençant leur spectacle par Stuck on my home town, ils égrenèrent les titres de leur album et subjuguèrent leur auditoire. Plaçant un Bad Moon Rising revisité, ils étirèrent sur plus d’une heure leur musique conquérant nombre d’auditrices et d’auditeurs qui, dès la fin du concert, se ruèrent au merchandising où il ne resta plus de disques à vendre.


Hat Fitz and Cara leur succédèrent. Programmés l’année dernière et s’étant décommandés pour des raisons familiales, ils tenaient à être là cette année. Hat Fitz est australien du Queensland profond (vous savez, ces bushmen fermiers chasseurs de crocodiles). Cara Robinson est, elle, Irlandaise du nord. Après quelques années de choriste pour différentes célébrités, elle voulut développer son spectre en travaillant les percussions (batterie, washboard) mais aussi thin twisle. Elle rencontra Hat Fitz et put ainsi faire réellement valoir tous ses talents vocaux. Unis à la vie comme à la scène ces deux musiciens représentent le mieux ce que pourrait être la belle et la bête. Hat Fitz, seul ou avec quelques fondus de roots music a produit au moins 7 albums en Australie. Depuis sa rencontre avec Cara le couple en est à son quatrième album et ne sont pas ce que l’on peut appeler des perdreaux de l’année.Et cependant leur musique est un total équilibre, entre roots , old school blues et variantes irlandaises. Ponctués par les Oh! Yeah! de Hat Fitz les morceaux s’enchainent sans temps morts et Cara nous explique qu’elle va traduire à Hat certains mots (faut dire qu’il a un accent le bushlman ! ). La vente de Cd et disques, là encore eut un succès certain.

Samedi nous retrouva au Buis pour la dernière soirée Les hostilités débutèrent avec le duo suisse One Rusty Band, dont l’aspect visuel est tout aussi important que la musique. Constitué à la base par Rusty (guitare, cigar box, percussions aux pieds) s’étant adjoint la présence scénique de Léa, le couple évolue dans un univers déjà largement représenté par des duos ou one man bands roots rock blues. Là où l’apport est superbe dans le cas de ce duo c’est Léa qui par ses percussions et acrobaties avec tambourins et claquettes donne un aspect visuel décalé par rapport au traditionnel numéro de claquettes. L’ensemble passe très bien et souhaitons à ce duo de trouver d’autres engagements dans les festivals et programmations dans l’hexagone. Ils annoncent la sortie d’un second album (dont ils ont joué quelques titres) que nous attendons avec impatience.

 

Vinrent ensuite les Boogie Beasts de Belgique où nous retrouvâmes de vieilles connaissances. En effet, Mathias Dalle (aka The Goon Mat) guitare, vocal et Fabian Bennardo (aka Lord Benardo) harmo font feu de tout bois car après un album en début d’année (sous leur nom de scène qui rappelle quelques souvenirs du début de ce siècle) le duo avec la participation de Jan Jaspers aux guitares et vocaux et Gert Servaes à la batterie ouvre une palette nouvelle moins punk blues et plus rock classique. Le groupe n’en distille pas moins une énergie toujours maintenue pendant tout le concert. Prestation appréciée par beaucoup au sein du public.


 

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La soirée fraichit, l’humidité monte et s’empare de la scène. Les Américains de Broadcast jouent un blues teinté de southern rock qui ne prend pas trop auprès du public. Rien à dire quant à la prestation de Caitlin Krisko au chant qui a l’envergure vocale pour nous rappeler d’autres anciennes (Dale Kranz par exemple) Malheureusement, lorsqu’elle laisse le groupe évoluer sans elle pour deux morceaux instrumentaux nous avons l’impression d’assister à la guerre des égos dans des solos trop longs entre le guitariste et le clavier. Terminant par une très bonne reprise du Whipping Post des Allman Brothers, le groupe nous laisse sur un sentiment d’insatisfaction et de frustration. Dommage.

Pendant ce temps là, à La Grange, pas de fraîcheur pas d’humidité mais une moiteur et une chaleur digne des bayous. La jam animée par Titi (Jean Pierre Maingot) bat son plein et de Cyril Maguy en passant par des membres des Shaggy Dogs, Fred Miller, et bien d’autres se frottait aux Boosgie Beast ou à des membres de Broadcast. Même Kaz Hawkins vint se méler à la fête dans une ambiance joyeuse et festive.

Et pour finir nous avons eu The Alabama Lovesnakes, trio suédois qui dans un registre rappelant par moment ZZTop (et pas seulement à cause des jeunes barbes) par moment Stevie Ray Vaughan surent captiver un public encore abondant malgré l’heure tardive. Descendant à deux reprises dans le public le guitariste Claes “Crocodile” Nilsson sut insuffler un rock blues puissant. Et vint l’heure de la fin de cette édition trop rapide.

En forme de bilan, nous dirons que nous avons toujours autant de plaisir à venir dans cette région de terroir (et de gastronomie qui nous fait adorer d’autant plus notre venue annuelle sur ces terres du Haut Limousin ! ). Le public a eu encore cette année l’occasion de découvrir plusieurs premières en France de groupes étrangers ce qu’il faut mettre au crédit de l’équipe de l’école buissonnière qui continue de privilégier la découverte de nouvelles approches du blues. Du one man band à des formations plus étoffées, beaucoup de sensibilités du blues nous ont été offertes et sans préjuger de l’avenir, cela renforce la présence d’un public extra régional d’amateurs que nous croisons ailleurs sur d’autres festivals. 

Le Buis Blues Festival, avec un cœur gros comme ça, garde ses repères de solidarité (cette année en plus des interventions de Kaz Hawkins, le focus des organisateurs avait été mis sur une association de bikers, déclarée en tant qu’ d’ONG les “United Riders” . Derrière un mot d’ordre “Nous on sait ce qu’il faut faire et on le fait !” , ces motards constitués en équipes régionales (Limoges mais aussi Chartres Paris Tours Bordeaux, Lyon…) récoltent dons et vêtements, produits d’hygiène corporelle et autres pour redistribuer lors de maraudes régulières dans ces localités. Une chouette initiative qui rompt avec la traditionnelle image sociale des bikers. pour plus d’infos sur la page Facebook

Le BBF, c’est aussi cette volonté de s’ouvrir aux autres et d’être en phase avec sa région, de la faire vivre et de la dynamiser culturellement et ce malgré des difficultés crées par les lenteurs administratives (Le BBF attend le versement crédité mais non distribué de 40 000 euros de subventions européennes) qui menacent la pérennité de son existence (Imaginez que le budget cette année pour ces 4 jours était de 55 000 euros !) Le BBF n’est bien entendu pas le seul dans ce cas mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras, ce qui ne semble pas être le cas de Laurent Bourdier et de ses bénévoles toujours présents. 

Et si, en bon mécréants, nous ne prierons pas, nous croiserons les doigts pour qu’il y ait une quatorzième édition du BBF.  Rendez-vous est pris !

Le révérend Serge Sabatié et notre sœur Miss Béa

 

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