Le Buis Blues festival 12 au compteur

Chroniques de concert

Allez savoir pourquoi nous nous attachons à des lieux, des festivals, des individus ? Certainement parce que nous partageons avec ces lieux et ces individus des liens qui dépassent, transcendent notre amour de la musique bleue. Aussi parce que ces festivals représentent un état d’esprit qui tout en étant le nôtre nous amènent à réfléchir à ce qu’est aujourd’hui cette musique que nous voudrions partager avec le plus grand nombre.

Donc, nous retrouver au Buis Blues Festival n’a rien d’une quelconque obligation. Nous n’avons pas à anticiper notre présence sur le site. Pas besoin de marchander pour bénéficier de nos accréditations (il faudrait être gonflé d’en demander pour un festival qui sur trois jours offre deux soirées gratuites et la troisième à 10 euros ! ). Notre seul besoin est de se loger et nos précédentes visites nous ont conduits à privilégier une adresse où les loueurs sans être membres de la communauté bleue partagent bien d’autres valeurs humaines de solidarité, d’échange, de résistance et de lutte que nous ne saurions oublier par les temps qui courent. Nous n’en dirons pas plus. S’ils nous lisent, ils se reconnaitront !

Donc arrivés dans les monts du Haut Limousin véhiculés pour nous déplacer sur les trois sites (un village différent chaque soir, choix développé depuis plusieurs années grâce à l’intercommunalité ELAN (Elan Limousin Avenir Nature), regroupement de communes qui essaient d’exister au sein d’une nouvelle région qui va du pays basque aux Deux Sèvres !

Nous sommes à pied d’œuvre et attaquons sans tarder. Ce soir cela se passe à Thouron, petit village d’un peu plus de 500 habitants qui va voir sa population quasiment doubler dans la soirée ! Ticket d’entrée (pour nous compter), nous nous retrouvons dans le parc du château de la commune que le propriétaire met à la disposition des organisateurs.

Deux concerts programmés The Two et Wax & the Rhythm Combo. Suisse (et ile Maurice) suivi par les catalans de Barcelone. Que des connaissances ! Nous ne dirons rien de The Two nous avons déjà évoqué leur qualité à travers nos reports de Bruxelles ou dernièrement de Cahors. Allez donc sur leur site the-two.ch et écoutez quelques titres ensuite débrouillez-vous pour les voir en chair et en bones (pas bowls) et vous comprendrez l’allusion !

Wax & Boogie Rhythm Combo © Miss Béa

Wax & the Rhythm Combo ne nous étaient pas inconnus. Nous les avions découvert l’année dernière à Torrita di Sienna lors du 6e European Blues Challenge où leur prestation nous avait épatés. Dans un style swing R’n’B boogie, très pêchu la voix de Wax nous avait captivé. Avec Ster Wax aux vocaux, les piliers du groupe sont David Giorcelli aux claviers, Réginald Vilardell à la batterie, accompagnés depuis leur dernier album par Oriol Fontanals à la basse et Toni Solà au sax ténor. A géométrie variable (trio, 4et, 5re) fort de trois albums et d’une grande cohérence, le groupe dégage une sensation chaleureuse pendant tout le concert. Tecnique sans faille du clavier, appuyé par la chaleur du souffle du saxophone, une rythmique impeccable, la voix bien posée de Ster Wax le Rhythm Combo nous abreuve d’un vieux Rhythm and blues des familles avec de fréquents passages boogie quand ce ne sont pas de belles pépites quasi rockab’. Bien envoyés, les morceaux s’enchainent sans temps morts. A voir et à revoir espérons dans d’autres lieux en France.

Le lendemain, même situation à Saint-Jouvent distant de moins de 10 Km. Durant la soirée de la veille et dans la journée, podium et sono sont pliés et remontés par une équipe de bénévoles motivés. Et ce soir soirée française avec Jessie Lee & the Alchemists et Big Dez.

Jessie Lee rentre dans la catégorie des jeunes qui par le milieu familial et les rencontres est tombée dans la marmite du blues rock très tôt. Après un passage par The Voice (comme bien d’autres) la voilà avec son projet avec les alchimistes dans lesquels on retrouve Laurent Cokelaere à la basse, Julien Audigier à la batterie Laurian Faire aux keyboards et Alexis Didier à la guitare, co animateur du projet avec Jessie Lee depuis bientôt 2 ans. Bonne guitariste, un rien empruntée et excessivement crispée en début de set, Jessie n’a retrouvé son sourire que vers la fin de son set. Mêlant compositions et reprises (excellente version de Born under a bad sign) le groupe travaille à la préparation d’un album qu’ils enregistreront en septembre pour une sortie programmée dans les premiers mois de 2018.

Big Dez © Miss Béa

Nous ne vous ferons pas l’offense de vous présenter Big Dez. Depuis 20 ans, il poursuit son chemin au sein de la scène blues française. Produisant un blues de plus en plus marqué par un gros son rock, Philippe Fernandez et son band qui se renouvelle reste fidèle à l’esprit de début : envoyer et faire monter la sauce pour que le public soit heureux. Pas compliqué mais il faut le faire et Big Dez qui vient de fêter ses 20 ans d’existence s’y entend pour parvenir à cela. Appelant à la recousse Jessie Lee pour un morceau, Paco Swampini venu en spectateur pour 2 titres et les chorus de guitares s’enchainent à merveille. Les popotins se trémoussent, les bras se lèvent, l’ambiance malgré le froid de plus en plus pénétrant, ne retombe pas et malheureusement nous arrivons à la fin de cette soirée qui en terme d’audience a été comparable à celle de la veille.

 

 

Troisième soirée avec quatre groupes au programme. Et encore un record d’affluence battu dans ce petit village de moins de 200 habitants, qui voit d’année en année, sa population augmenter de manière exceptionnelle en ces samedis d’après 15 août. Se déplacer dans l’espace de la place relève du gymkhana, de l’évitement (surtout avec une boisson) mais tout se déroule dans une ambiance très détendue et bon enfant. Nous ne dirons rien sur l’atmosphère surchauffée à la grange où se sont installés une tribu d’habitués qui instruments en main s’en donnent à cœur joie. Notre seule tentative nous a vu réussir à rester au loin des musicos qui jammaient pour le plaisir partagé avec le public présent. Donc à force de reptations de contorsions et autres mouvements d’épaules nous sommes restés face à la scène pour un spectacle de choix.

Tout d’abord Veronica Sbergia et Max de Bernardi, italiens appelés à la dernière minute pour palier le retrait de Hat Fitz & Cara retenus par des problèmes de santé familiaux. Et si nous n’avons pas eu les australo-irlandais, Véronica et Max ont rempli leur contrat avec le talent qu’on leur connait. Ukelele, kazou, washboard pour l’une, guitare et resonator pour l’autre, leur répertoire acoustique old time et pre war a su gagner les spectateurs.

Two Timer © Miss Béa

Suivirent les polonais de Two Timer, qui réussirent une prestation appréciée. Visiblement très contents d’être là, ils se donnèrent sans compter, leur blues rock s’est montré beaucoup plus jouissif que ce que leur album au demeurant fort écoutable mais un peu lourd laissait présager. Avant de quitter la scène, ils posèrent pour un selfie, dos au public en souvenir. Un moment agréable pour eux et pour nous.

Slim Zahl & The South West Swingers © Miss Béa

Eric’ Slim’ Zahl & the South West Swingers nous arrivaient de Norvège (Nous les avions vus eux aussi l’année dernière à Torrita di Sienna lors de l’EBU où ils avaient remporté le challenge). Swing west coast et Rhythm and Blues agrémentés d’un soupçon de mambo sur certains morceaux, tout un cocktail savoureux qu’Eric sait peaufiner en descendant dans le public sur un morceau King’s Hotel qui embarque le public. La section rythmique Roald Brekke à la basse Atle Hellend Strøm aux drums roule parfois jazzy sans excés, Øystein Boogieman Undem aux claviers se retrouve seul sur scène à la fin du concert et délivre une leçon de conquête du public à son tour sur une série de medley de boogie qui prouvent que son surnom n’est pas usurpé.

Robert Jon and The Wreck © Miss Béa

Le froid tombe pour de bon tout le monde piétine mais reste sans l’attente de Robert Jon and the Wreck et à raison. Car ces Californiens vont nous balancer un southern blues rock qui réchauffe le cœur et les mémoires. Présentons-les tout d’abord Robert Jon à la guitare rythmique et aux lead vocaux, Kristopher Butcher à la lead guitar et aux vocaux, Steve Maggiora aux claviers, Andrew Espantman à la batterie et Dave Pelusi à la basse. Regardez les pochettes des albums et vous vous apercevrez que ces gars là ne vivent pas en 2017 mais semblent des échappés des seventies. Le look est là mais la musique aussi. Vocaux impeccables et guitare en place Robert Jon assure, Christopher Butcher vient poser sa lead là dessus et le tricotage peut commencer (nous ne vous referons pas le plan Cahors avec les vieux groupes rock) mais un tricotage southern rock. Le look ZZ Top, les vocaux à la manière de la première mouture de Lynyrd Skynyrd, l’enchainement des morceaux qui vous fait attendre Hot Lanta , Whipping Post ou autre In Memory of Elizabeth Reed et bien entendu c’est un autre morceau qui vous arrive et vous n’êtes pas déçu. Vous vous surprenez à dire à propos du jeu du guitariste lead Esprit de Duane ALLman sors de ce corps mais ce n’est pas que cela. La frappe et le jeu d’Andrew Espantman même seul rappelle le duo de batteur percu des Allman et les autres ne sont pas en reste. Mais il y a plus que du du revivalisme dans ces épaves d’un autre âge. Ce sont des Californiens qui ont été influencés aux sons southern des seventies mais ils ont connu les RATM  ou autre RHCP et en gardent des traces dans leur jeu collectif. Pour nostalgiques des groupes sudistes mais pas que !

La Grange : les guitares d’Olivier Gaussem © Miss Béa

Voilà, cette douzième édition s’est terminée en beauté et si nous faisons un rapide bilan, nous dirons que le plus petit festival de blues des débuts (200, 400, 800 personnes sur les trois premières éditions) a su conquérir le qualificatif de plus petit des grands festivals. D’année en année, la programmation devient de plus en plus pointue et si les premières années ont vu défiler principalement des noms de la scène française, cette étape a été dépassée depuis plusieurs années. Les choix d’éclectisme mais aussi d’ouverture européenne confirme ce que nous pensons depuis des années quant à la qualité du travail effectué par Laurent Bourdier cheville ouvrière de ce festival en tant que programmateur. Mais le succès ne tient pas seulement à une bonne programmation. Cela tient à une véritable symbiose entre acteurs institutionnels, sponsors et fournisseurs, sonorisateurs, éclairagistes et bénévoles (160 sur les trois sites cette années) qui toutes et tous ont toujours un mot aimable et un sourire et ne vous donnent pas l’impression de faire cela contraints et forcés.

Faire venir 8 groupes de Suisse, Espagne, France, Italie, Pologne, Norvège et des USA sur 3 soirées dont 2 gratuites avec un budget de 50 000 euros, tel est le défi relevé et réalisé par l’ensemble des acteurs et particulièrement celles et ceux de l’école buissonnière, qu’ils en soient ici remerciés !

Pour tous ceux et celles quivoudraient entendre quelques extraits sonores en vidéo aller sur

https://www.youtube.com/user/LeBuisBluesFestival/videos

 

Serge Sabatié, photos : Miss Béa

 

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