Kennedy, Milteau, Segal : Crossborder Blues

Harmonica

Dès les premières plages de ce disque nous entrons dans le cercle d’une conversation entre trois gentlemen réunis ici en studio par le producteur Sébastian Danchin. L’idée de ce casting est un fantasme de longue date : Vincent Segal, violoncelliste habitué aux aventures au long cours, sait mêler son archer aux mélopées africaines, l’harmoniciste J.J. Milteau et le chanteur canadien Harisson Kennedy (Chairmen on the Board).

Ces musiciens accomplis ont décidé de rassembler leurs talents sur une idée simple et philosophique, celle qui est de traverser les frontières et de se tenir aux limites, là où tout est possible. La reprise de l’hymne Imagine ne résume-t-elle pas, à elle seule, la volonté de se réapproprier un texte universel. La base, quoi !

C’est la voix qui est le premier élément de séduction ; l’expression chaude et puissante de Harrison Kennedy pousse l’émotion aux sommets sur No Monopoly on Hurt, Judgment Day et surtout le poignant Black Alley Moan. Les interventions et la partition de Vincent Segal, pas si évidente à la première écoute, plongent l’auditeur dans une « atmosphère » rythmique toute particulière en équilibre sur un instrument funambule.

A la vibrance du violoncelle, JJ Milteau répond avec son harmonica polyglotte. Il souffle sur les braises des 12 titres de la tracklist ; tisse la trame mélodique ; soutient la rythmique. Sa précision légendaire s’exprime à son meilleur et sans démonstration outrancière sur la reprise hommage du Thrill is Gone de BB King. La prise de son magique en studio révèle les respirations, les coups de langues de l’interprète. Tout ces éléments font de ce solo une des pièces maîtresses de l’album. Car il est question ici d’un blues organic à l’afterbeat fantomatique. La substance résiduelle de la note bleue qu’ils ont apprise d’un héritage culturel ; parlant même de créolisation dixit Sébastian Danchin lui-même. La simplicité des arrangements, les bonnes vibrations, le mixage, la reverb, nous remémorent l’époque d’un Night Beat l’album référence de Sam Cook (1963).

Si cette réunion éphémère trace la route vers un triangle des Bermudes musical imaginaire, elle lève en paticulier le voile sur une vérité de cette musique Blues en tordant enfin le cou à tout puritanisme. On dit Bravo !

CROSSBORDER-BLUES

 

 

Jérôme Travers

 

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