Kelly Joe Phelps, l’interview !

Interview


Kelly Joe Phelps est un être merveilleux. Son dernier opus est somptueux. Toute la presse des deux côtés de l’Atlantique, est dithyrambique. Tous ses disques sont accueillis unanimement tant par le public que tant par les media. La veille de cette interview qui suit, il offrait non pas un concert mais deux magnifiques shows à la Java à Paris. Malgré toutes ses qualités, malgré son génie, il demeure un personnage timide. A l’entame de ses concerts, sa jambe gauche tremble et il a la bouche sèche mais des les premières notes de musique esquissées, la magie s’opère et le charme envahit l’auditoire. Pour la séance de photos qui a suivi cet entretien, il n’osait sourire tel un enfant craintif. Ainsi que le disait Baudelaire, ses « ailes de géant, l’empêchent de marcher ».


Kelly Joe Phelps à Paris le 17 septembre 2012 (photo : Marie Bonnefoy)

Vos parents étaient musiciens ?
Ils n’étaient pas musiciens professionnels. Ils jouaient en amateurs. Mais, ils jouaient tout le temps. Il y avait donc de la musique tout le temps à la maison. J’ai ainsi, dès mon plus jeune âge, baigné dans la musique.

Vous avez commencé votre carrière musicale en tant que saxophoniste ?
Oui. J’avais dans les 20 ans. Je jouais du sax dans un groupe de jazz. Nous jouions du be-bop, du modern jazz. Mais je m’étais mis à la guitare à 20 ans. J’avais débuté par le piano à 8 ans. La période dans laquelle j’ai joué du jazz était après l’apprentissage de ces instruments que je viens d’énoncer.

Vous avez aussi joué de la batterie à 10 ans ?
Oui. On ne peut rien vous cacher. Vous savez tout. ( rires )

Coltrane a été une grande influence ?
Oui, c’est en l’écoutant que j’ai eu envie de devenir un professionnel de la musique. La façon dont il improvisait me laissait sans voix. On peut dire que Coltrane, en effet, a été ma plus grande influence. Surtout la période des dernières années avant sa mort. Durant ce laps de temps, il se permettait des envolées rythmiques et lyriques qu’on n’a jamais entendu ni avant lui ni après. Coleman fut aussi une grande influence.

Comment êtes-vous devenu guitariste ?
Je commençais à m’intéresser à la folk music. Le saxophone ne me permettait pas de m’exprimer dans cet idiome. Je suis donc revenu à la guitare dont j’avais appris les rudiments quelques années auparavant.

Comment êtes-vous devenu chanteur ?
Bien longtemps après. Je voulais jouer des chansons folks. Pour cela, il me fallait un chanteur. Je n’avais pas les moyens de m’en offrir un. Alors, je me suis mis au chant. J’avais déjà 33 ans quand j’ai commencé à chanter. Les résultats étaient peu convaincants (rires) mais je tente depuis d’améliorer mon chant. Un jour peut-être, j’y arriverais. Je suis un guitariste qui chante.

Dans vos premières chansons, on sent les influences de Leadbelly et de Skip James ?
Oui, ce sont eux qui m’ont donné envie d’écrire des chansons. Skip James avait une approche très poétique dans ses textes et Leadbelly était le premier artiste de folk-blues. C’est pourquoi, je termine toujours mon tour de chant par Good Night Irene lors du rappel.

Comment vous définissez-vous ? Musicien de folk ? Bluesman ? Chanteur de gospel ?
Je ne sais pas vraiment. Je me sens plus proche du folk. Je ne suis certainement pas un bluesman. Je n’ai pas le vécu nécessaire pour cela. Mon dernier disque est un disque de gospel mais je ne suis pas, à proprement parler, un chanteur de gospel. Je n’ai pas assez de voix pour cela.

Pouvez-vous nous parler de vos tatouages ? Ils sont impressionnants.
Mes tatouages n’apportent pas de message. Ils n’ont aucun sens à vrai-dire. Le fait est que mon tatoueur est l’un de mes meilleurs amis. Quand je rentre de tournée, je vais le voir tout simplement pour passer un bon moment auprès de lui. Il en profite pour me rajouter un nouveau tatouage. Mes bras en sont couverts. Bientôt, il n’y aura plus de place pour de nouveaux tatouages. (rires)

Comment avez-vous composé votre nouvel album ? La foi vous a beaucoup aidé ?
Effectivement, je lis tous les jours la Bible. Et je puise dans cette lecture et dans les évènements qui traversent ma vie des éléments pour construire mes chansons. Mais je ne me lance dans aucun prosélytisme. Je crois en Dieu mais je ne force personne à croire en Lui. Si j’étais conducteur de train, je pourrais écrire des chansons sur mon métier de conducteur mais je ne forcerais personne à devenir conducteur de train ni même à monter dans ce train. (rires)

Votre nouvel album est un tournant dans votre carrière ?
Je ne sais pas. C’est au public de décider. Je ne fais qu’avancer des idées. Après ce sont aux gens qui prennent la peine de m’écouter, de porter un jugement. Je n’ai pas de plan de carrière. Je ne pense pas être carriériste. Je n’ai pas cette prétention. C’est au public de décider.

Pouvez-nous parler de Steve Dawson ?
C’est mon alter-ego. Il est aux manettes. Cela fait plusieurs albums que nous travaillons ensembles. Il assure l’enregistrement, le mixage et le mastering. Comme il est également musicien, il apporte un point de vue original sur ce que je peux jouer face à lui dans la cabine du studio.

Il n’y a qu’une seule reprise sur votre nouvel album ?
Ce n’est pas vraiment une reprise, je l’avais déjà intégrée à l’enregistrement de mon premier album.
Je voulais dire que c’est la seule chanson qui ne se soit pas de vous.
Oui. Vous avez raison. Il s’agit d’un traditionnel.
Les autres artistes lorsqu’ils enregistrent un album de gospel, font appel à des reprises. Ils n’apportent pas de matériaux originaux contrairement à vous.
J’essaie juste d’apporter du matériel neuf.

Quand écrivez-vous ?
Quand je suis chez moi. Je ne peux pas écrire quand je suis en tournée. J’ai besoin de calme et de solitude pour écrire. La moindre distraction m’est fatale. Si un évènement extérieur vient perturber ma concentration, je ne peux rien faire.

Quels sont vos projets ?
Tourner, chanter et jouer. J’ai une année de tournée devant moi. Au-delà de cette tournée, je n’ai aucun autre projet. Je ne joue pas sur le long terme. Je crois qu’en français vous avez une expression signifiant qu’à chaque jour suffit sa peine. (rires)

Interview réalisée le 17 septembre 2012 à la Sound Gallery par Claude Dannic

 

les 5 derniers articles de Claude Dannic

4 Commentaires
  1. Jérôme Travers 5 années Il y a

    Bienvenue à Claude Dannic dans les colonnes de Docteur Blues !

  2. Jipes 5 années Il y a

    Bravo pour cette interview, j’ai eu la chance d0’assister au premier concert à la Java et j’ai été conquis tout comme il y a 6ans au même endroit (sortie de l’abum Tunesmith Retrofit). Kelly Joe Phelps a une démarche tellement empreinte de sincérité que l’on ne peut qu’être emporté par sa musique ! J’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec lui après le show et il s’est montré affable et disponible, je l’ai trouvé plus ouvert qu’il y a 6ans. Peut être que son chemin de Vie se tourne vers la lumière

  3. paco 5 années Il y a

    Yeah! Un papier sur Kelly Joe Phelps…et une interview…et par Claude…n’en jetez plus! Les affaires reprennent. En plus j’étais aussi au premier concert à la Java…grand voyage avec ce musicien écorché vif et exceptionnel. Bonne soirée à tous. Paco.

  4. Auteur
    Claude Dannic 1 année Il y a

    Je viens d’apprendre que Kelly Joe Phelps a décidé de ne plus faire de scène. Pourvu qu’il change d’avis …

Laisser une réponse

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi
DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?