Joan Baez « Day After Tomorrow »

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Joan Baez « Day After Tomorrow » Proper Records.
Au coeur de l’hiver et du désespoir de leur fuite suicidaire le long des corniches glacées des montagnes sauvages du grand nord Américain où on essayait de les parquer, les femmes indiennes quand elles venaient à glisser et à tomber dans le vide le faisaient sans un cri et en étouffants ceux de leurs enfants qu’elles portaient pour que les tueurs qui étaient à leur poursuite ne les entendent pas et ne puissent pas se guider à leurs échos. La liberté même si c’était celle de crever était à ce prix et en revanche l’écho de ce silence résonne heureusement encore dans la voix mais aussi les regards de certaines. Joan Baez est de celles là et son dernier album en est le vibrant et émouvant témoignage.
Est-ce dû au sang mexicain donc indien qui coule dans ses veines ?
A celui écossais qui à l’image d’un George Wallace ne se rendit jamais et n’abjura pas même dans les plus atroces souffrances ?
A son histoire familiale qui de son père refusant de travailler sur le projet « Manhattan » pour la construction de la bombe atomique à Los Alamos à sa soeur Mimi décédée en 2001 à l’origine de l’association « Bread and Roses » se colletant aux instances patronales de L.A pour que les immigrés pauvres bossant à l’entretien des buildings ou ces porcs brassaient des milliards puissent être reconnus?

En tout cas on est loin du camp scout ou de la colonie de vacances avec feu de joie et greluche massacrant à la gratte son répertoire auxquels pas mal de mecs de ma génération ont eu droit dans les Seventies. Toute cette merde, c’est un peu le syndrome « Pocahontas ». De la même façon que cette femme a été réduite par ce petit facho de Dysney (Remember entre autres les sympathies avouées de son animateur fétiche « Art Babbit » pour le BUND association US à forte connotation pro-nazie et la teneur de certains gags limite antisémite) à une nunuche dont l’histoire a été lavée plus blanc que blanc sur grand écran, Joan Baez reste encore dans l’esprit de pas mal de personnes une égérie folkeuse (Folk-chieuse comme on disait à l’époque) à la voix d’ange sans que l’on cherche vraiment à comprendre ce qu’elle portait en elle. Heureusement cet album remet pas mal de compteurs à zéro à l’image de son récent passage à Cognac ou pas mal de ricanements se sont assez vite transformés en larmes d’émotions au fond des gobelets de bières au dessus desquels certains Blueseux en sont restés babas (Bon là je sais c’est facile!).

Dans une interview récente, Steve Earle raconte que lorsque son agent lui a demandé si il voulait produire le prochain disque de Joan Baez il a hésité le temps… d’un battement de coeur. Toujours le sens de la formule le salaud! Et puis aussi un sacrée paire de cojonès car il n’y a pas plus casse-gueule qu’un job de cet acabit. Avec une voix pareille, c’est comme marcher sur un lac gelé… trop lourdement on passe à travers, trop rapidement on se casse la gueule et trop lentement on avance pas. C’est un diamant brut que l’on taille, un geste de travers ou de trop et tout vole en éclats. Il faut à la fois la respecter mais aussi ne pas se laisser dominer par elle. Il n’y a qu’à se farcir certaines de ses productions dans les eighties. Orchestrations balourdes, répertoires… heu, limite, c’était une époque où U2 passait pour certains pour un protest-band à l’image de « Recently » enregitré en 88 avec « MLK » de U2 justement, « Biko » de Peter Gabriel, « Asibomga » de Johnny Clegg et « Brothers in arms » de Dire Straits que du rebelle de méga stades estampillé MTV (Merde… TV?). Emmyliou Harris a souffert de ça aussi. Les notes sont comme sous cellophane et la voix sous vide. Ha ça pour être clean c’est clean pas un grain de sable du désert à se mettre sous la dent. On dirait une saloperie de bombes à neutrons après son passage, tout est intact mais mort.

Heureusement entre Steve Earle, Lucinda Williams et quelques autres (Will T Massey, Chis Gaffney, Peter Case, Mary Gauthier, Town Van Zandt of course!)… cochez une croix car certains sont morts au champ (Chants?) d’honneur, quelques uns prenaient encore le temps de creuser le sillon à l’ancienne. En tenant compte des saisons (…en enfer pour pas mal!), des coups de grêle de l’existence… mais au moins quand l’orage pétait on pouvait sentir l’odeur âcre, métallique et terreuse de cette électricité. Pas comme ces savonnettes new Country à la Garth Brook, Randy Travis et autres accessoires de charts FM pour touristes en goguette dans les hotels de Vegas… jetable et à usage unique.
« God is God » est une superbe compo de Steve Earle qui résonne comme une offrande déposée aux pieds de la Dame. La guitare de Steve, la mandoline de Tim O’Brien et la guitare hawaïenne de Darrel Scott tisse autour de la voix de Joan une sorte de toile pudique que Viktor Krauss à la basse et Kenny Malone aux percus fixent dans ce cadre de folk urbain qui est une des marques de fabrique de Steve. Avec cette voix maintenant voilée que celle de Steve souligne par en dessous, c’est poignant d’émotion et beau comme un foulard déposé sur le soleil.
« Rose of Sharon » écrite par Eliza Gilkyson est une magnifique chanson d’amour dont le premier vers renvoie à un verset de la bible. Le texte quand on le décode est plutôt gonflé, déjà compte tenu que « Rose of Sharon » serait un des noms donnés à Jésus et que ce soit une femme qui se l’approprie.

« His gentle hands lies under my head
His shoulder turn to face me
I shall no stir him from my bed
while he doth so embrace me…
Oh bring me wine to pass the time
though none but him can soothe me
I am my beloved’s and he is mine
desire for his pleasure moves me »

Quand au solo de mandoline de Tim O’Brien il donne envie de se colleter à l’oeuvre du bonhomme. Là on dépasse les 30 galettes au compteur, 14 solos dont le dernier « Chameleon » tout en soulignant l’éclectisme de ce multi-instrumentiste n’hésite pas à embarquer l’auditeur sur de nouvelles pistes sans pour cela renier tout ce qu’il a put faire auparavant et ceci aussi bien en collaboration avec sa soeur Mollie, au sein des Hot Sizes, des Red Knuckles and the Traiblaizers que de son groupe actuel les O’Boys et sans oublier bien sur les cinq albums à thèmes dont le petit bijou « Tribute Blind Alfred Reed ».

« Scarlet Tide » ne vérifie pas l’adage qui affirme « jamais deux sans trois » car après les deux premières pépites du début je pense que cette composition de Elvis Costello et Joseph Henri Burnet constitue le point faible de cet album. Heureusement déboule juste après « Day After Tomorrow » une chanson sublime de Tom Waits tirée de l’album « Real Gone » sorti en 2004 dont elle livre une épure majestueuse seule avec sa guitare. En écoutant son picking on comprend ce qui avait fasciné Dylan avant sa voix dans les sixties… enfin c’est ce que ce vieux salopard a balancé dans une interview, une sacrée vanne quand on y réfléchit avec sa mauvaise foi habituelle. Et puis comment ne pas penser à l’interprétation complètement hanté du même Tow Waits dans « Jaraed » le film de Sam Mendes tourné en 2005. La scène ou il s’engouffre dans le car comme une balle perdue au milieu des mômes du coin revenant de la guerre du Golfe est terrifiante. Le regard de ces gosses matant un futur… leur futur qui n’en est pas un ou alors bien déglingué est un concentré de désespoir pur.

« Henry Russell’s Last Words » avec l’équipe au complet fait la part belle à l’harmonium de Steve et à la guitare hawaïenne de Darrel Scott. Pas ma tasse de thé ou alors rallongé d’une giclée de Paddy!

Ensuite on repasse aux choses sérieuses
« I Am A Wanderer » de Steve Earle précède « Mary » une composition de Patty Griffin que Joan Baez chante avec Siobhan Kennedy tandis que Tim O’Brien arrache à son violon un solo qui tirerait des larmes aux yeux d’un bataillon de légionnaires. Là on touche encore au sublime.
La reprise de « Requiem » d’Eliza Gillkinson confirme la charge émotionnelle des compos de la dame et de la voix de Joan mais là tout dépend dans quel état d’esprit on se trouve car à chaque écoute je ne sais pas trop sur quel pied danser… le côté catho greffé sur la charge tragédienne Country déployés dans ce morceau me gonfle un peu. Heureusement dans la foulée « The Lower Road » de Léa Gillmore avec sa superbe partie de violon et une reprise a cappella de « Jéricho Road » tiré de « Washington Square Serenade » boucle cet album qui je pense peut prétendre au titre de meilleur de sa discographie.

Pas fini d’y revenir sur celui là… somedays and more after tomorrow !

Paco

 

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