Jerry T and the Black Alligators, Unleash The Beasts

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Il y a des rencontres qui se font et des rencontres qui ne se font pas. D’autres qui semblent difficiles, hasardeuses, des rencontres qui tardent à se faire et certaines dont on sait que ce sera difficile de trouver un jour où nous pourrons avoir l’occasion de juger de visu et d’oreillu ce que nous ressentons à l’écoute d’un album. Prenez le cas de Jerry T. & The Black Alligators.

En fouillant un peu nous avions trouver Down By the Swamp de 2015, première galette des impétrants en trio. Nous avions apprécié le travail (références marquées au swamp blues lourd et gluant à souhait), mais pour un premier jet, c’était prometteur même si des intro stoniennes et quelques références animalesques pointaient le bout de leur nez au milieu du bayou.

Les promesses furent tenues dans l’opus suivant intitulé One last before I go qui prolongeait l’aspect poisseux (en rajoutant trois membres de plus au trio initial). D’origine francilienne le groupe depuis bientôt trois ans écume de plus en plus les scènes parisiennes. Bien entendu, il ne s’est jamais trouvé que nous puissions nous croiser au cours de l’un de leur spectacle. Donc en septembre 2017 est sorti Unleash The Beasts, disque dont il est question ici. 

Dès l’abord, la  couverture en noir et blanc de ce digipack nous attire. Cinq blancs échappés de “O Brother”, allignés par un contremaître (ou un sheriff) noir, les inversions sont là. Si jusqu’à présent Jerry et ses potes s’étaient efforcés de prouver leur capacité de construire des titres en anglais sur des compos de Jerry, Unleash the Beasts présente une approche un peu différente : 11 titres dont 5 covers et pas des moindres, jugez en : Blues Had a Baby, Voodoo Child, I’m Going Down de Freddy King, I Put a Spell on You, Highway 49 de Howlin’ Wolf. Autrement dit, du lourd dans l’héritage assumé tant dans les titres que des pointures dont ils émanent.

Mais la galette nous attend. Grown Man Wants To Play With Dolls que ne renierai pas un Canned Heat soixante huitard accentué par l’harmo de JP qui se déchaine sur une rythmique implacable sur plus de 6 minutes nous laissant pantelant. Three Girls On The Fryin’ Pan nous permet d’apprécier le sax d’Erick Jemm’s Elook et les arpèges de guitares de Mr. Alex à la lead guitare. Vingt secondes de Loving in Vain et vous êtes en transe. Le swamp blues est là, les alligators aussi menés par la basse implacable de Nicolas Hostiou et la batterie de Fabien Maraget. Il fait chaud, très chaud, tout d’un coup. La moiteur d’une chaude nuit d’été nous tombe dessus. La guitare ne fait rien pour aérer l’atmosphère. Première reprise The Blues Had a Baby est là et nous amène dans l’univers d’un Muddy Waters lourd à souhait. Unleash The Beast et l’on monte aux arbres Où sont ces bêtes ? Vient ensuite un Voodoo Child, piège pour beaucoup qui s’y sont confrontés. Mais là le pari est réussi. Plus long que Hendrix et sans forcément chercher à copier, en restant les pieds dans la boue. Bravo. When You Look At Me et Jerry essaie de nous cajoler de sa voix alors que les métronomes à la basse et à la batterie frappent sans complexe et que la lead brode là dessus avec l’harmo en embuscade. I’m Going Down où personne ne s’attaque à essayer de copier la version de Freddy King. A la suite, vient un I Wish I Could Freeze, peut-être un peu long et qui nous fait oublier que suit I Put A Spell On You. Tout d’un coup alors que la version musicale est décalée, nous nous trouvons à nous dire que nous connaissons ces paroles. Ben oui la version présentée ici ne déformera pas la machoire de quiconque se trouvera en présence d’un lion mais quand même elle peut prétendre à une certaine efficacité . Henry le crane fumeur de Screamin’ Jay Hawkins ne reviendra pas hanter les nuits de pleine lune des musiciens tant leur version colle avec une ambiance bayou, si ce n’est vaudou. Et pour finir Highway 49 nous rappelle que Chester Burnett n’était pas qu’un grand hurleur mais aussi un parolier sensible.

Au bilan un excellent album qui présente des titres personnels et des reprises qui, amenées ailleurs par ces sauriens noirs, font que ces covers n’écrasent pas les compos et inversement n’affadissent pas l’ensemble. Pari réussi que de réadapter des titres très connus, de les intégrer et de se les approprier.

Et déjà Jérome (Jerry) nous annonce pour bientôt un nouvel album sur lequel ils travaillent déjà et sur lequel il ne veut rien dire. Mais nous serons là pour sa sortie, on peut le parier !

https://www.facebook.com/jerrytbluesman/

 

Serge Sabatié

 

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