Honeymen, un blues à l’Ouest

Les Disques

Honeymen – High Rise Fever
Huitième album pour les Bretons et on peut dire, dès la première écoute, que les frères Jazz ne changent pas leur fusil d’épaule, restant dans la même lignée que leurs précédentes galettes. Alors que certains bluesmen semblent s’occuper bien plus des modes, des tendances ou du « mouv » à suivre, dans des tentatives de vente aussi puériles que cupides, les Honeymen ne troquent pas leurs chemises et restent fidèles à un blues bien baveux, brut de décoffrage, bien éloigné des étiquettes.
Ce nouvel opus propose treize titres (6 originaux et 6 relectures + 1 compo de l’ami Toquereau). Si on reste dans la même orientation que les albums précédents avec un blues sans concession, et ce dès la première note, les Honeymen n’en restent pas pour autant figés les deux pieds dans le même sabot. Jimmy et Elmore Jazz, épaulés de leur fidèle complice Philippe « Sad » Carnot aux percussions et drums (présent sur 10 faces) sont secondés par quelques copains musiciens, venus partager l’aventure et l’univers du trio. On retrouve Vincent Bucher à l’harmo sur 4 titres, Jean Marc Chalouni à la contrebasse (sur 5 t.), Mig Toquereau à la guitare et au chant sur 2 morceaux, tandis que Thierry Lo s’occupe des percu (6 t.) et que Mitch « Rusty » Pronost tient les baguettes sur 3 autres morceaux. Cet apport de nouveaux complices permet de rafraîchir quelque peu l’ensemble, de donner un peu plus de consistance sans pour autant dénaturer le contenu.

Le répertoire conjugue à merveille reprises bien crades du delta et du swamp blues à des compositions fraîches et « trash » à souhait qu’on croirait sorties tout droit de la plume de Lightnin’ Slim, Slim Harpo et consorts. On est d’emblée dans le bain avec « High Rise Fever », compo qui ouvre et donne son titre à l’album. La pâte de Jimmy Jazz à la guitare « trashing » est aussitôt perceptible. Ici pas de chichi ni de guitare derrière le dos ou derrière la nuque, on est dans le dur d’entrée de jeu. « Hate to See you Go » oeuvre de Little Walter qui donnait son titre à un album Chess confirme l’impression. C’est ensuite un bel hommage à cet échalas de Lightnin’ Slim qui est rendu avec « I’m Leaving you Baby » qui vient assouplir un peu la note. A noter que Junior Kimbrough a lui aussi composé un titre homonyme, n’ayant de rapport que le titre. C’est ensuite vers une version minimaliste d’un inusité du griot texan Lightnin’ Hopkins qu’on se dirige. « I Walk Down the Road » marque une légère rupture, le changement de guitariste n’y étant pas étranger. C’est ensuite « Two Time Woman », chanson fétiche du trio qui figurait sur l’excellent « Re Zo Re » des Doo the Doo, d’apposer son empreinte sur la galette.
« Forty Four Blues », souvent attribué à Lee Green, a connu bon nombre de versions mais c’est bel et bien le pianiste Roosevelt Sykes qui a immortalisé le titre. Les Honeymen offrent une adaptation agréable marquée par le phrasé rapide et clair d’Elmore. On a le droit ensuite à une variante de « Good Morning Little Schoolgirl » avec « Hello Miss Jessie Lee » succès de l’excellent bluesman de Detroit Eddie Burns ; c’est simple mais ça touche à tout coup. Dernière relecture du disque, « Little Girl » est un inusité de Bo Diddley orienté ici sous forme de ballade, l’harmonica de Vincent Bucher y confère un petit accent de country louisianaise.
Pour clore le cd, les Honeymen proposent trois originaux : si « Death Bell » peut s’inscrire dans le répertoire d’Howlin’ Wolf, l’excellent « I’d Rather Deal With the Devil » renvoie à Lonesome Sundown, voir à Whispering Smith ; il ne s’agit pas du morceau le plus joyeux du cd, loin s’en faut, mais il demeure cependant un moment fort de l’album. Pour terminer en beauté, quoi de plus beau qu’un rock and roll instrumental, superbement emmené par l’harmonica d’Elmore, la contrebasse slappée de Jean Marc Chalouni et la guitare sobre mais tranchante et incisive de Jimmy. A faire rougir les studios Sun de Memphis !
Beaucoup de sincérité, de simplicité et de cœur dans ce nouvel album d’une formation qui assure également sur scène. En trois mots : Bravo les Bretons !

http://www.myspace.com/thehoneymen

Le kingbee

 

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1 Commentaire
  1. Jérôme Travers 9 années Il y a

    Okay avec toi le Kingbee, la piste 5 « Down the Road » file le frisson, très bon blues ambiance.

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