Greg Brown & Bo Ramsey.

Chroniques de concert

Bon là, je vais pas faire le mariolle simplement parce que deux jours après, je peux enfin troquer le thermomètre contre mon bon vieux stylo. La fièvre est tombée, je ne m’accroche plus aux murs pour aller pisser et je n’ai plus l’impression désagréable que l’on est en train de me couler du béton purulent au creux des éponges. Il y a donc deux jours Greg Brown et Bo Ramsey passaient dans une boite du 5° arrondissement répondant au doux nom de « La Pomme d’Eve ». Celle-ci nichée au coeur de ce quartier magique et maléfique (Lisez « Enchantement sur Paris » de Jacques Yonnet, cet écrivain qui fascinait tant les surréalistes et vous comprendrez) est un cabaret bar en sous-sol ou la communauté sud-africaine de Paname semble se réunir entre tournées de Castle Lager, match de Rugby et nostalgie du pays et des Braai entre pôtes. Bon j’avais assuré mes arrières… on peut pas si bien dire vu la dose de vitamine C et d’aspirine que le toubib m’avait injecté dans le cul après que je lui demandé « Doc… si ce soir votre actrice préféré vous disait… mon chou entre nous c’est ce soir ou jamais et que vous étiez dans mon état, qu’est ce que vous vous balanceriez dans la seringue pour tenir le coup ?  »
> Four songs from Greg and Bo’s second night in Paris at http://acousticinparis.blogspot.com/for your listening pleasure

Moins le viagra, c’est exactement ce que 30 secondes plus tard, il m’administra. Je ne pus pas m’empêcher de lui demander à qui il avait pensé et il me répondit en bouclant sa sacoche.
« Gene Tierney… mais y’a pas mal de gens à qui ce nom ne veut plus dire grand chose »
Mais si… Doc et avec une réponse pareille je reprenais à la fois goût à la vie, foi en l’homme et surtout quelques forces pour me trainer jusqu’à Maubert-Mutualité.
J’avais rencard avec le Docteur Blues himself donc côté staff médical j’étais paré. Entretemps je pris contact avec Hervé Oudet que je ne connaissais pas et qui organisait le concert dans le cadre de l’association « Acoustic in Paris ». L’homme est un passionné de première, fier des artistes qu’il fait tourner et prévenant avec tout un chacun. Par le menu, il m’a décrit l’arrivée des deux oiseaux à l’aéroport.
« Pas moyen de les manquer ces deux là ! Quand tu les vois débouler dans le terminal t’as l’impression qu’ils descendent du tracteur »
Faut dire qu’il y a de ça. Bo ne quitte pas son Stenson en paille et son allure de grand échalas est souligné par sa veste en cuir râpée, son jean noir et ses mexicaines. Greg quand à lui avec son imper de pervers pépère, ses grosses pompes de chantiers et surtout cet invraisemblable… Comment dire couvre-chef oscillant entre le préservatif à visière taillé sur mesure pour King Kong et le foulard de la femme de ménage nettoyant la nuit les tours de la Défense ne passe pas inaperçu dans la rue La Place tandis qu’ils sont en train de griller une cigarette sans un mot.
« D’ailleurs tu sais, c’est pas des bavards. Leur manager m’a prévenu… ils parlent pas beaucoup… te vexe pas déjà que quand leurs femmes arrivent à leur faire décrocher quelques mots, c’est l’exploit! » me raconta Hervé pété de rire.
En tous cas, ils sont adorables, Jérôme pouvant sans problèmes après leur avoir demandés shooter quelques clichés devant la devanture de « L’Ecurie », un troquet du coin.
Leur musique tire aussi à l’essentiel mais ça se mérite. Derrière mon pilier de pierre ou je m’étais laissé coincer à force de discutailler, je suivis la demi-heure de pure magie que Bo Ramsey nous distilla en solo. De lui je ne voyais que son ombre chinoise sur le mur d’en face. Bon dieu que ça doit être agréable d’être une de ses grattes. Avec sa voix voilée, elle doit avoir l’impression qu’il lui chuchote ses histoires d’amour et de Blues rien que pour elle. Quand aux sons qu’il en tire… Chaque notes est une couleur au service de la chanson. Ce mec transforme un accord en coucher de soleil quand il veut, te balance le désert et le vent qui va avec d’une lichée de bottleneck et te décrit le sourire triste d’une serveuse de coffee-shop avec juste quelques arpèges. Comme pour Greg, je serai incapable de citer un titre en particulier car à ce niveau tout fonctionne à l’émotion pure. Ce qui m’a terrassé c’est qu’au fur et à mesure que la gig grimpait en intensité, plus Bo chantait bas… presque un murmure, plus la salle suivait. La ferveur était palpable et dans pas mal de paires d’yeux dans la salle ça voyageait dur.

Le temps d’une bière ou d’une clope pour certains… ça c’est un bon plan pour se trouver une place avant l’arrivée de Greg, je réussis à me faufiler à droite de la scène près de la console de son. Bien sur j’étais debout, le dos en vrac et entre les médocs, la fièvre et la bière… pas au mieux de ma forme mais il n’était pas question que j’en perde une miette. Jérome avait fait son trou dans la tranchée devant la scène juste devant la chaise ou Greg Brown s’installa. Ce qui suivit est à la mesure de ce que l’on peut ressentir quand on se trouve devant un paysage tellement grandiose que l’on en n’a le souffle coupé. On sait qu’il y aura dorénavant un avant et un après comme quand on se retrouve devant un vol d’aigles au dessus du vide d’un canyon d’Ordessa et au creux de certains regards.

Dabord bien sur il y a cette voix. Tant de choses semblent y avoir trouver refuge. Entre la tendresse, l’ironie, l’amour et toute la palette qui s’en décline c’est un véritable joyau dont il se sert pour égréner ses chansons autour desquelles Bo Ramsey étaye de sublimes écrins tapissés de nappes de velours électrique. De « Poets Games » à « Further In » en passant par « The Evening Call » et quelques autres titres que je ne connais pas, Greg Brown non seulement passa en revue pas mal de ses classiques mais toujours en y ajoutant quelque chose. Dingue quand on pense que Hervé m’avait fait remarquer que ces deux là fonctionneraient sans check-list… au feeling. Et pour ce qu’il en était du feeling, il suffisait de voir comment ces deux là fonctionnent au regard et à l’oreille pour lancer le morceau et au sourire pour le boucler, pour comprendre qu’entre eux ils ont depuis longtemps fait le plein. L’osmose est parfaite.

En tant que guitariste, Greg aligne sa technique sur la mélodie. Aucune démonstration gratuite même si à deux ou trois occasions ce qu’il balanca mettrait pas mal de soits disants virtuoses à l’amende. Et puis sur scène c’est un spectacle à lui tout seul. La chaise doit souffrir tellement il gigote, visage expressif, stompfeet perpétuelle et carcasse en perpétuel tangage… ce mec vit sa musique à fond. Après plus de 25 albums au compteur ça fait plaisir à voir. Et que dire de l’étrange posture reptilienne de Bo Ramsey cassée en avant comme s’il faisait une sorte de révérence déglinguée quand il joue.
A la fin tout le monde était aux anges. Bo et Greg dédicacaient leurs CDs dans la rue et pas mal de gens disaient qu’ils seraient là demain même si ils ne pouvaient pas rentrer. Un signe !
Il y avait longtemps que j’avais pas entendu ça.
Sur que vu le quartier… François Villon et Totoche aurait adorés.
Good night!
Je dédie ce papier à ces deux là mais aussi et surtout à Sean Costello.

Paco

 

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2 Commentaires
  1. Jérôme Travers 9 années Il y a

    Je n’ai pas grand chose à ajouter, le papier de Paco dans le style gonzo-journalisme m’a beaucoup fait rire… Mais il en a à peine rajouté, tout est véridique parole de Docteur Blues !

  2. Parispal 9 années Il y a

    Mon non plus, je n’ai rien à rajouter à ce qu’a écrit Paco! Quel lyrisme!!! Pour quelques photos de plus, notamment du second soir, vous pouvez toujours visiter la page http://www.mysongwriters.com/GregBrownHD/Paris08.htm.

    Belles photos de Jérôme, notamment celle en ville, by the way !

    Hervé

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