Faris, Mississippi to Sahara

Les Disques

Faris • Mississippi to Sahara • Reaktion Records
Comme le titre de l’album l ‘indique clairement, nous sommes en présence d’un album de mélange, de métissage où la musique touarègue (tamasheq) se confronte au blues le plus traditionnel, à savoir le blues acoustique du sud rural du Mississippi dont sont parties toutes les musiques roots qui nous préoccupent sur ce site.

Certes, ces notions de métissage ont déjà été abordées par le passé par de grands bluesmen Ry Cooder, Taj Mahal, Clarence Gatemouth Brown, Corey Harris,.. ou des interprètes de jazz comme le fit Dee Dee Bridgewater avec Red Earth, musiciens qui voulaient retrouver des racines à leur musique.

Souvent ceux-ci sont allés au Mali (entre autre) et ont rencontré de grands artistes maliens (particulièrement Ali Farka Touré) dont la pratique de leur instrument avait été altérée durant leur formation par l’écoute régulière de cassettes de vieux bluesmen qui circulaient (les cassettes, pas les bluesmen ! ) sur des radiocassettes portables à travers l’immensité des zones désertiques du nord Mali ou du Sahel.

Depuis des années, le terme journalistique forgé pour définir cette musique, le blues du désert s’emploie aussi bien pour les musiques noires de l’ouest africain que pour les musiques proprement du désert portées par des peuples nomades (Touaregs, Wodaabes ou Peuls Bororos,…) dont la diaspora musicale s’est étendue dans de nombreux pays occidentaux.

Ainsi depuis des années, amenés par de puissantes locomotives que représentent des groupes tamasheq comme Tinariwen, Terakaft, Tamikrest, Bombino ou Etran Finatawa, quantité de musiciens expriment leur identité à travers leur musique.

C’est le cas de Faris Amine Bottazzi dont un premier enregistrement digital (accompagné par des membres de Terakaft) était sorti en 2011 sur le label Réaktion. Quelques apparitions sur des compilations (Ishumar 2 nouvelles guitares touarègues, Songs for desert refugees) et quelques scènes  auprès des populations locales lui avaient permis de se révéler à un public plus large.

Les évènements des dernières années avaient laissé Faris retourner vers son pays d’élection à savoir l’Italie.

…Le jeune Faris alors empreint de la musique d’Hendrix et de blues, ressente le déclic pour une musique qu’il n’avait jusqu’alors écouter que sur de vieilles cassettes maternelles…

Car Faris métis par excellence (Italien par son père, Touareg algérien par sa mère) a longtemps, à la mort de sa mère bourlingué avec son père de pays en pays, permettant au jeune Faris de se familiariser à la guitare avec une double culture occidentale et tamasheq. Il a fallu cependant attendre la second album de Tinariwen pour que le jeune Faris alors empreint de la musique d’Hendrix et de blues, ressente le déclic pour une musique qu’il n’avait jusqu’alors écouter que sur de vieilles cassettes maternelles dont les qualités d’enregistrement laissaient pour le moins à désirer.

C’est donc naturellement que Sedryk fondateur du label Reaktion a proposé le concept de cet album à Faris, à savoir prendre au pied de la lettre le terme de “blues du désert” en demandant à un musicien tamasheq de reprendre et d’adapter dans le style touareg de vieux blues du Mississippi.

Le résultat est à la hauteur ! Et Blues rime bien avec le terme touareg Assouf, qui sert à désigner l’exil, l’éloignement de sa terre et des siens

Non seulement les titres repris sont de grands classiques (Death Letter, Hard Times Killing Floor, Trouble so Hard, Motherless Children, Jesus Is On The Main Line, Grinnin’ In Your Face, Feel Like Going Home, Since I’ve Laid My Burden, No More My Lord, The Soul Of a Man) mais ils sont réinterprétés en tamasheq avec des paroles parfois éloignées des originaux (voir le livret de 24 pages qui accompagne cet album). Mais le plus surprenant est le travail effectué par Faris lui-même qui a retravaillé le tout pour le jouer aussi bien en acoustique qu’en électrique ou sur sa guitare Weissenborn, ce qui est une véritable première parmi les guitaristes touaregs.

Enregistré en trois jours pour rester dans l’état d’esprit delta blues, Mississippi to Sahara bénéficie de la présence de Leo Bud Welch, vieux bluesmen octogénaire (qui vient de sortir un second album tout aussi recommendable que le précédent) sur les deux derniers titres de l’album.

Avec cet album Faris prouve que le blues contemporain n’a pas de frontière et que cet idiome peut s’abreuver à des sources nouvelles et que la musique tamasheq a aussi sa place dans les musiques dites roots.

Cet album est disponible sur le site de Music Of the Sahara en téléchargement digital pour 8 euros (www.re-aktion.com) et en CD sur le site de Wrasse Records pour 8,99 Livres + 2 £ de shipping (www.wrasserecords.com).

Serge Sabatié

 

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1 Commentaire
  1. Jipes 2 années Il y a

    J’adore cette musique est complètement envoutante et on sent bien la filiation avec Ali Farka Touré le maire de Niafunké. Ce lien entre le blues et la musique du Mali est une des chose qui m’intrigue et me charme de facon profonde.

    Merci Serge pour la découverte !

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