Et Muddy Waters inventa l’électricité

Blues à lire

Muddy Waters Mister Rollin’ Stone Du delta du Mississippi aux clubs de Chicago de Robert Gordon, Editions Payot et Rivages
Du MacKinley Morganfield découvert par Allan Lomax en 1941 au Muddy Waters enregistrant avec les Rolling Stones en 1981, 40 ans d’une biographie d’un musicien qui a marqué la musique populaire américaine tant par sa musique que par son parcours musical.

Métayer analphabète sur la plantation du colonel Stovall à quelques kilomètres de Clarskdale, Mac Kinley Morganfielf avait déjà une réputation locale de bootlegger (bouilleur de cru illégal) et de guitariste de country blues quand Allan Lomax a failli ne pas l’enregistrer (“la première fois , je ne comprenais pas ce qu’il attendait de moi, a raconté Muddy. Je me demandais si ce n’était pas un flic futé qui me tendait un piège. Je me suis dit ça doit être un agent fédéral qui cherche à me coincer”).

Robert-Gordon-Muddy-Waters-Mister-rollin-StoneLe journaliste Robert Gordon (dont l’ouvrage date de 2002 et vient d’être traduit enfin) nous raconte avec des quantités d’anecdotes toutes savoureuses la vie de ce qu’il convient de considérer aujourd’hui comme l’un des symboles du blues de la deuxième moitié du vingtième siècle. Au delà de l’image iconique, il remet en perspective la métamorphose du blues rural et de la culture noire sudiste en une culture nordiste urbaine.

Du passage de la musique rurale acoustique des années quarante à sa transmutation en musique électrique sous l’appellation aujourd’hui convenue de Chicago blues, Muddy Waters a été l’archétype  des évolutions qu’ont subi, porté, transcendé nombre de bluesmen du sud  dans le cadre de la restructuration globale de la société américaine (mécanisation de la culture du coton, industrialisation, effort de guerre et besoin de main d’œuvre, électrification, développement de l’industrie musicale,…).

Autour de ses musiciens que nous ne citerons ici, tellement ils sont nombreux et représentatifs de cette musique chicagoane des années 50/60, véritable âge d’or du blues de la Windy City, Muddy Waters a construit et définit un blues à son image, avec tous ses défauts et ses qualités.

un blues, véritable exutoire dans la vie quotidienne permettant à la population noire déracinée du Nord de retrouver une identité et une fierté

Produit de la période, Muddy Waters a développé un blues, véritable exutoire dans la vie quotidienne permettant à la population noire déracinée du Nord de retrouver une identité et une fierté, y compris à travers des chansons dont la virilité et la sexualité exacerbée (I’m a Man, Mannish Boy, I Got my Mojo Working, I’m Ready…) sont aujourd’hui fortement décriées par une bourgeoisie noire américaine intégrée.

Muddy Waters est l’exemple même de ces musiciens afro-américains qui sans éducation sont passés  d’un engagement dans un juke joint du Mississippi un samedi soir où tout le monde venait pour oublier pendant quelques heures les difficultés de la vie quotidienne aux salles de spectacles de plus en plus gigantesques qui se sont développées avec la place de plus en plus importante prise par l’industrie musicale. Des race records aux enregistrements de la bibliothèque du Congrès, des studios de Chess record à ceux de majors de l’industrie phonographique en passant par les clubs de Chicago, ces bluesmen à l’image de Muddy Waters n’ont pas toujours vu les bénéfices substantiels qu’ils auraient pû tirer de leur chansons. D’où les procès des années 70.

Robert Gordon en relation avec nombre de protagonistes encore vivants au moment où il a écrit son ouvrage ne nous cache rien de la vie de Muddy et de ses musiciens, de sa famille, de ses nombreuses relations extra-conjugales, de la vie dans les clubs et en tournées (femmes, alcool, jalousie, armes à feu, couteaux,…) bref de vrais tranches de blues !

Au delà de ces aspects, ce sont aussi toutes les évolutions de la musique populaire américaine qui sont retranscrites dans cet ouvrage très vivant.

Du blues, du country blues, du Chicago blues, du folk des années soixante, du rock (The Blues Had a Baby and They Named It Rock and Roll)  il est bien évidemment question dans ce gros ouvrage de 480 pages.

La préface de l’ouvrage est de Keith Richards, surprenant non !

A l’approche de Noël et même après ou avant, cet ouvrage est un parfait cadeau pour tout amateur;

(A noter dans la même collection et sorti cette année également Led Zep Gloire et décadence du plus grand groupe du monde par Barney Hoskyns)

 

Serge Sabatié

 

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5 Commentaires
  1. Jipes 4 années Il y a

    Merci pour cette chronique Serge , biographie prestement commandé ! J’avais bien aimé celle de Francis Hofstein

  2. paco 4 années Il y a

    Pourquoi surprenant? Matez le boeuf sorti en dvd quand les Stones se pointent dans un club au Canada ou Muddy Waters joue…Jagger en survètement perroquet en chaleur…c’est quelque chose mais le Keith sautant par dessus les tables et assurant grave à décrocher une banane au maëstro lui même c’est GRANDIOSE!

  3. mississippi 4 années Il y a

    Oh oh ça me rappelle quelque chose : http://www.gazettegreenwood.net/an2005/n60/Muddy-1913-1943.pdf
    Je vais pouvoir vérifier ma traduction ????

  4. mississippi 4 années Il y a

    Les ???? En fait c’était un smiley « satisfait » mais wordpress et mon iPad ne se comprennent pas bien ;-)

  5. Jérôme Travers 4 années Il y a

    Dans la même collection Rivages Rouge : Led Zep et Dennis Hopper « Born to be wild »

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