Deep Soul Dynamite #2

Anthologie

Le label Titanic poursuit sa série consacrée à des singles soul obscurs, souvent inédits en CD, avec 24 faces provenant essentiellement de petits labels. Les registres de ces titres sont orientés vers la Deep Soul et également par la Northern Soul.

La Northern Soul, parfois dénommée Rare Soul, voit son origine dans un mouvement prenant ses racines au Nord de l’Angleterre. Suite au déclin de firmes comme Stax, Tamla ou Motown, la Soul subissait une évolution musicale, de nouveaux registres (parfois latents) allaient apparaitre comme le Funk, la Sweet Soul ou la Soul psyché. Certains adeptes souvent irréductibles du son sixties vont alors découvrir des flopées de titres passés totalement inaperçus jusqu’alors. Souvent par manque de moyens et de promotion, la qualité de ces faces n’étant pas moins évidente que de nombreux hits propagés par les radios et les majors de l’époque.

A l’orée des seventies, Dave Godin, spécialiste, chercheur et chroniqueur soul baptisa ce courant Northern Soul. Le mouvement influencera divers registres musicaux de la Perfide Albion. De nombreux groupes Pop, et même New Wave allaient s’inspirer de quelques uns de ces titres passés totalement inaperçus lors de leur sortie. C’est ainsi que les Dexys Midnight Runners allaient pour le moins fortement s’inspirer d’un titre de Jimmy James and the Vagabonds pour obtenir l’un de leurs premiers grands succès « Come On Eileen ». Le duo Soft Cell connaitra lui un énorme succès avec « Tainted Love », issu d’un morceau de Gloria Jones publié en 1964 par le label Beach Wood Records.  Les exemples ne manquent pas et se multiplieront autour des années 80 et 90.

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Ce second volume reprend quelques uns des artistes compilés sur le précédent volume : Charles Drain, Robert Earl, Charles Perry, James Dudley & the Day Jays, George Freeman ou The Crume Brothers. Cette fois ci, le compilateur nous offre leurs faces B, nous ne reviendrons donc pas sur ces artistes méconnus.

Clarence Nelson est originaire de Memphis. Guitariste de session, il intègre divers petits groupes locaux et enregistre sous son nom deux singles : le premier en 1964, sous la houlette de Stan Kesler, un ancien de la maison Goldwax, suivi trois ans plus tard d’un microsillon pour la MGM. On retrouve le guitariste en 1983 dans un rôle de guitariste leader au sein des Fielstones avec l’album « Memphis Blues Today » édité par Highwater. En 2005, le groupe enregistrait un second disque « Mud Island Blue », toujours avec Clarence à la guitare.

Joe Perkins enregistre dès 1957 deux singles pour la firme King, sans succès. En 1961 il passe brièvement chez Sapton, puis il enchaîne chez Musicor, Nugget, Taurus et Chris sans jamais dépasser plus d’un single par label. On le retrouve en 1970 chez Plush Records pour lequel il enregistre « Looking For A Woman » couplé à « Wrapped Up In Your Love » titres sur lesquels il est épaulé par des musiciens du studio Hi. En 1974, il grave un dernier 45t. pour Bluff City et disparait des écrans radar. Certains sites spécialisés préconisent un single Sound Stage 7 enregistré en 1963, mais il s’agit d’un homonyme et non pas de notre chanteur, fortement influencé par Percy Sledge. (Joe Perkins était déjà compilé dans le premier volet, mais pour un autre label).

Né au Texas en 1941, Billy Young a rapidement rejoint la Côte Ouest. Il grave son premier disque au sein des Classics pour le label Crest et se décide à voler de ses propres ailes. Il enregistre son premier single sous son nom en 1963 pour Original Sound. Admirateur d’Otis Redding, il est remarqué par son idole qui le produit  sur son label Jotis en 1965. L’année suivante, sous la direction de Rick Hall, Young met en boite un single Chess, puis retrouve son mentor avec deux 45t. gravés pour Mercury. Malheureusement, Otis Redding décède en décembre 1967 dans un accident d’avion, ce qui met un frein à la carrière de Billy.  En 1969, après un single chez Shout qui ne connait guère de succès, il s’installe à Macon et fonde son propre label Joy Ya, pour lequel il enregistrera une vingtaine de singles. Chanteur émouvant par son falsetto, son label tombe en faillite à la fin des seventies et le chanteur embrassera une carrière d’éducateur dans des centres d’enfants en difficultés. Il enregistrera par la suite une poignée de gospel et participera à la campagne du Révérend Jesse Jackson en 1984. Il décède en 1999 rejoignant Otis au paradis.

Originaire d’Atlanta, Grover Mitchell débute sa carrière en 1956 au sein des Cashmeres enregistrant pour le label Herald. L’année suivante il intègre les Marktones et les Blue Dots avec deux microsillons gravés respectivement pour Ember et Ace. En 1961 il se lance dans une carrière solo pour le label Hunter avec deux 45t. à la clef (le second sera racheté sous licence et publié par Vee Jay). Un an plus tard, il met en boite un single pour Cindy Records, filiale du label NRC de Bill Lowery. Entre 1963 et 1966, Mitchell met en boite 4 disques pour Decca sous la production d’Al Bell. A la fin de son contrat chez Decca, cet ancien compagnon de route de Roy Orbison,  atterrie chez Josie, label pour lequel il enregistre trois singles. Le chanteur poursuivra sa route chez London, United Artists et Vanguard avec un dernier 45t. en 1971. Aucun lien avec le tromboniste de jazz du même nom ayant joué pour Lionel Hampton, Duke Ellington et Count Basie.

Delores Hall est probablement l’interprète la plus connue de ce volet, même si son nom ne vous dit pas grand chose. Chanteuse en duo avec Jackie Lee, Luther Vandross, Delores a enregistré une poignée de singles puis a bifurqué vers la comédie musicale, apparaissant dans «  Hair » et dans de multiples comédies et revues musicales à Broadway et Los Angeles. Elle est aussi récipiendaire de deux albums édités par RCA et Capitol. Choriste très demandée (Carole King, Jess Roden, Sylvester, Franklin Micare et même Pacific Gas & Electric), elle a également été à l’affiche de plusieurs série télé comme Diagnostic Meurtre. Au cinéma, elle a décroché quelques seconds rôles : « En Toute Bonne Foi » (avec Steve Martin et Debra Winger), « Fantômes En Fête » (avec Bill Murray et Karen Allen)… … si vous n’arrivez pas à mettre un visage sur son nom, rappelez vous de « L’Arme Fatale 3 », Delores y incarne le rôle de la fliquette en uniforme qui fait du gringue à l’inspecteur Murtaugh (John Glover) pour le plus grand plaisir de Martin Riggs (Mel Gibson). A la fin des années 70, Delores Hall s’est aussi brièvement lancé dans le disco. Elle a aussi été consultante pour l’album «Jimi Hendrix : The Blues» publié en 1994. Toujours est-il que si son chant incendiaire avait relégué Jackie Lee au rang de simple faire valoir bien des années avant, son interprétation de « W-O-M-A-N » produit par le même Jackie Lee dévaste lui aussi tout sur son passage.

The Harrison Brothers: Nous avions quelque peu évoqué cd duo constitué des frangins Jim et Bob Harrison, Bobby Harris étant l’un des deux frères en question. Ce duo a gravé une poignée de singles pour Clock, Emit, Smash, Everlast, ABC et Bobalou sous diverses appellations : Jim & Bob Harrison – The Harrison Brothers – Bee Jay.  Leur « Please Don’t Hurt Me » fut enregistré en 1960 avec l’apport de Jimmy Spruill, pour le label Clock alors distribué par Mercury. La version présente provenant d’un single Emit édité en 1962 est strictement identique, seule le titre couplé change.

Bobby Long ne semble n’avoir gravé que deux singles. Le premier en 1959 pour Unart, filiale d’United Artists. « Just For A Day » sera mis en boite en 1963 par le label Skymac basé dans le New Jersey. En Face B le single proposait « Don’t Leave Me ». Le 45t. Skymac se vend actuellement entre 100 et 140 euros, ce qui s’explique par le peu d’exemplaires pressés.

La présence de Judy Clay dans cette compilation peut paraitre étrange, étant donné sa discographie relativement épaisseJudy voit le jour en 1938 en Caroline du Nord, où elle fait ses classes sur les bancs de sa paroisse. Au tout début des années 50, elle s’établie à Brooklyn avec sa grand-mère et intègre le groupe de gospel vocal The Drinkard Singers faisant équipe avec Cissy Houston (future mère de Whitney), Dionne et Dee Dee Warwick. En 1954, la formation prend le nom de Sweet Inspirations, mais sort l’album « The Newport Spiritual Star » En 1961, elle passe de l’autre côté de la barrière s’orientant vers la Soul, registre plus lucratif, et grave deux singles pour le label Ember. L’année suivante, elle revient à ses premiers amours et enregistre trois microsillons pour la firme Choice au sein des Drinkard Singers. Entre 1963 et 1967 Judy enregistre huit 45t. pour les labels Lavette, Scepter et Stax. En 1967, elle est embauchée par Jerry Wexler d’Atlantic, celui-ci s’est mis dans la tête de former l’un des premiers duos multiracial ; Judy fera équipe avec Bill Vera avec trois singles à la clef et l’album « Story Book Children » en duo avec Bill Vera (réédité en CD en 1995 par Ichiban). En 1968, elle repasse chez Stax enregistrant quatre singles dont un duo avec Williams Bell  En 1969 et 1970 Atlantic ressort trois 45t., dont une bonne reprise de « Tell It Like It Is » et « The Greatest Love » qui monte à la 45ème place des charts R&B. A la suite d’un désaccord financier, Judy quitte la firme Atlantic et se lance dans une riche carrière de choriste, enregistrant pour Aretha Franklin, Ray Charles, Donny Hathaway, Van Morrison et Wilson Pickett.  En 1979, souffrant d’une tumeur cérébrale, elle quitte les studios d’enregistrement et se contente d’apparitions sporadiques, chantant au sein de la chorale gospel de son amie Cissy Houston dans le New Jersey. Judy Clay nous quitte en 2001, victime d’un accident de voiture. En 1993, Stax publie le cd « Private Numbers » une compilation avec Veda Brown. Le label Westside lui consacrera une compilation dans sa série Blue Soul Belles en compagnie de Marie Knight. En 2008, le label anglais Kent publiera « The Stax Solo Recordings » une compilation de 25 titres regroupant Judy Clay et Veda Brown.  En mars 2013, WEA Japan a ressorti « Storybook Children » avec des titres remasterisés.

Soul Lee n’aura enregistré que trois petits singles au milieu des années soixante. Il met en boite un premier 45t. pour le micro label Little Lynn, disque aussitôt racheté par  le producteur de Greenville (Missouri) Reginald Hines, propriétaire de plusieurs petites maisons de disques. Ce second jet contenant les mêmes morceaux sort sur l’étiquette Reginald. Malgré un chant intense, un orgue qui vient apaiser l’ensemble et une guitare flamboyante le disque ne connait qu’un succès d’estime. Le titre « I Need You » n’apparaitra curieusement jamais dans le moindre classement R&B. Quelques mois plus tard, Soul Lee met en boite deux autres titres pour le label new-yorkais Atlas. Le disque a beau être publié deux fois sous deux rondelles différentes, le succès n’est encore une fois pas au rendez-vous. Le label Big Beat de Reginald Hines sortira quelques années plus tard un disque de Vic Lee. On pensera longtemps qu’il s’agissait là d’un nouveau disque de Soul Lee, à tord. Soul Lee s’installera ensuite en Floride, se contentant de rares apparitions lors de Soul Jam Sessions dans les clubs de la ville de Starke. Il décède en mars 2012 dans la ville où il s’était établi à la fin des sixties.

Parmi les nombreuses curiosités et raretés compilées ici, The Keynoters décrochent le premier rôle. On ne sait absolument rien de cette formation dont le registre mêle soul et doo wop. Enregistré en 1963 sur Keynote, sous la production d’Eric Bernay ancien fondateur de la marque Keynote spécialisée dans le jazz, en faillite à la fin des années 40 et tombée dans l’escarcelle de Mercury  ressemble à une intrigue. Le groupe est dirigé par le pianiste chanteur et chef d’orchestre Bubber Johnson. Toujours est-il que « I Wanna Know Who » présente une bonne mélodie et des harmonies vocales intéressantes. Apparement ce groupe d’un seul single, n’a aucun lien avec la formation du même nom ayant accompagné Nat King Cole ni avec le groupe de doo wop The Keynotes ayant enregistré pour Apollo et Relic.

Wyatt  « Big Boy » Shepherd ne semble avoir qu’un seul single à son actif, gravé en 1960 pour United Artists. « You Don’t Want Me No More » couplé à « Need Your Lovin’ Part4 » sont tous deux écrits par Gordy. Ce chanteur semble avoir fait partie de l’écurie de Berry Gordy ou est peut être un pseudonyme. Son arrivée chez UA est probablement due à une vente, à l’instar d’enregistrements faits par Marv Johnson.

Big John Hamilton est le prototype du chanteur de Southern Soul blues largement sous enregistré. Né en Caroline du Sud, il est élevé dans une ferme et travaille dans les champs où il commence à chanter des spirituals, du blues et des work-songs.  Excellent guitariste, il fait équipe avec Leroy Lloyd, un ami d’enfance avec lequel il intègre le groupe Four Steps of Rhythm. Suite au départ de Leroy Lloyd  parti rejoindre Larry Williams, Big John devient le guitariste leader du groupe, enchaîne dans l’orchestre d’Hank Ballard. Il devient guitariste de session enregistrant à quelques faces d’Etta James. Remarqué par Leonard Chess, il loupe l’opportunité d’enregistrer pour le label de Chicago et se dirige brièvement vers le métier de facteur. Il revient à la guitare par le biais de son ami Leroy Lloyd et enregistre pour le label Minaret Records une série de 7 singles entre 1967 et 1970. Enregistrés à Muscle Shoals avec l’apport de Spooner Oldham au piano, ces 45t de Big John Hamilton figurent tous parmi le Top de la Southern Soul de la fin sixties. Le guitariste enregistrera également quatre chansons en duo avec Doris Allen.  En 1971, il atterrie chez SSS International avec l’enregistrement d’un unique 45t. Les labels Sundazed et Soulscape lui ont consacré trois cds fortement conseillés.

On sait peu de choses concernant Little Brenda Starr, on n’ignore si le terme « Little » lui est attribué à cause de sa taille ou de sa jeunesse. Le surnom de Brenda Starr (une héroïne reporter de BD ayant fait les choux gras du Chicago Tribune dès le début des forties) peut laisser penser qu’il s’agissait d’une adolescente. En 1964 et 65, notre chanteuse a enregistré deux singles pour le label Vegas, basé bizarrement à New York. En 1970, on la retrouve sous le nom de Brenda Starr avec un 45 t. Polydor. La face A « Soldier Boy » un titre coécrit par Ben E King et Rudy Clark connaitra un petit succès auprès de certaines radios alors adeptes de chansons contestataires face à la Guerre du Vietnam.

Aîné d’une famille de huit enfants, Joe Haywood, chanteur et batteur originaire de Caroline du Sud a fait l’essentiel de sa carrière à New York. Il met en boite son premier single en 1964 pour le label Enjoy avec «  Warm And Tender Love » composé par Bobby Robinson couplé à « I Would If I Could ». Mais c’est Percy Sledge qui décroche la timbale, en reprenant « Warm And Tender Love » pour Atlantic, dont les moyens sont autrement plus grands que le label Enjoy. Le label White Cliffs  rééditera la première version, essayant en vain de reprendre ses prérogatives sur la version de Sledge. Entre 1965 et 1968, Haywood sera l’auteur de 9 autres 45T. pour les firmes Rampage, Enjoy, White Cliffs, Deesu ; Front Page et Fury. « Hand In Hand », une superbe ballade deep soul agrémentée d’un bon passage de cuivres ne connaitra jamais le succès. Joe Haywood (décédé en décembre 1996) s’est néanmoins produit  à l’Apollo Theater et aura été batteur au sein de plusieurs groupes comme The Fabulous Dobbs, The Yaks et The Dynamic Twisters. Durand ses dernières années, il chantera au sein d’une formation de gospel new yorkaise JW Sanders Gospel Chorus.

C’est à Big Al Downing que revient l’honneur de clôturer  cette compilation avec « All I Want Is You » un titre Columbia gravé en 1964. Pianiste puissant au vocal énorme, Al Downing a débuté sa carrière comme pianiste de gospel, puis s’est orienté dans le rhythm and blues. Il intègre par la suite l’orchestre de Wanda Jackson. Entre 1957 et 64, il enregistre pour de petits labels (White Rock, Challenge, Carlton, Kansoma V-Tone ou Lenox) dans un répertoire conjuguant soul, R&B, rock n roll et même une country musclée.  On le voit comme pianiste accompagnateur pour Red Sovine, Marty Robbins, Don Gibson ou Bobby Bare. Au milieu des sixties, après deux singles édités par la Columbia il enregistre une trentaine de microsillons pour Silver Fox, Janus, Chess, Warner et Team Entertainment. Pianiste et chanteur débonnaire, Big Al Downing vivait en France une partie de l’année, participant à de nombreux festivals country. Il enregistre son dernier cd « One Of A Kind » en 2003 mais décède en 2005 d’une leucémie. Dépositaire d’une importante discographie, Al Downing aura joué pendant plus de quatre décades.

 

Cette compilation de 24 titres est agrémentée d’un livret de 4 pages. Seul bémol, les faces A et B ce ces singles obscurs n’ont encore une fois pas été regroupées.

 

Le Kingbee

 

 

 

 

 

 

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