Tipari en concert au Satellit Café et sortie CD du 15 mai 2008

Les Disques

Et si le créole était la musique des oiseaux ? Ou plutôt ce chant que l’on ne peut apprendre qu’en sachant les écouter… Comme eux à coeurs et à gorges déployés. De ceux que seule l’amour, la liberté et la mélancolie leur apprennent à chanter, qui ne s’écrit que sur papier soleil et ne s’imprime dans le regard de ceux qui y vivent qu’entre les deux rouleaux azur du ciel et de la mer. Il y a d’ailleurs des signes qui ne trompent pas. La réunion surnommée aussi « Ile intense » qui fait partie de l’archipel des Mascareignes était une ile inhabitée sur laquelle se sont mélangées au cours des siècles plusieurs vagues d’immigrations, européennes, malgaches, africaines, et asiatiques. Mélange, métissage… ainsi l’identité du peuple qui y vit et donc de sa musique ont germés aux carrefours de ses brassages comme d’une terre sillonnée et ensemencée de toutes les graines de l’exil ou du hasard. Le vent, la pluie et les saisons qu’elles soient du ciel ou du coeur ont fait le reste.

La musique de Tipari possède le souffle du premier, la fraicheur de la seconde et la force espiègle des troisièmes, le tout capable de passer de la joie à la mélancolie souvent au sein d’une même chanson.
Tipari est un groupe composé de six fabuleux musiciens mais si il y a virtuosité gratuite chez eux, c’est celle du coeur car ils donnent tout. Aux chants et aux percussions Corine Thuy-Thy que l’on a connue comme choriste de Sophie Kay (remember le concert surréaliste de Cognac il y a deux ans devant lequel les fondus graves des « Los Streetjackets » qui ouvraient des yeux comme des soucoupes sous leurs cagoules de catcheurs révaient d’une tournée commune aux States avec eux… il faut dire qu’entre les roses accrochées autour du micro, la gouaille de Sophie, la gestuelle et le chant gracieux de Corine, le show de Little Victor, le coté rockab’ de Thibaud Chopin avec sa contrebasse et le drumming hilare de Simon Boyer… Ils n’avaient jamais vu ça…) mais aussi sur le CD « Parano » de Steve Verbeke (Ha « la femme du fakir »!) a cette voix envoutante, mutine sans pour cela jouer la Lolita de service et mélancolique sans être grave dont elle se sert à volonté pour exprimer et surtout nous faire partager ce qu’elle développe dans ses textes. Il y a quelque chose de la grande Joséphine Baker chez elle et je suis sur que Cocteau aurait été fasciné par elle comme ce grand fauve prédateur de couleurs de Gauguin qui n’aurait eut de cesse de vouloir la peindre.

A ses côtés, Gisela Razanajatovo, princière, a cette manière de prendre les percussions dont elle a besoin comme si elle cueillait une fleur sauvage. Et que dire de sa voix qui en réponse à celle de Corine sur « Tifila » touchent ensemble au sublime. A chaque fois le contre-chant à la fin du refrain me dévaste de plaisir. A cela s’ajoute ce pur moment de beauté quand avec Kevin Reveyrand la voix et la basse s’entremèlent sur « Interlude Gisela ».

Parlons en de Kevin… J’étais à sa gauche du côté du coeur et c’est bien de cela qu’il sagit. Si Corine et Gisela pourraient être le souffle de Tipari, lui en est bien le coeur sauf qu’à la différence de l’organe, son rythme de base à lui se conjugue au pluriel auprès de tous les autres. Principal compositeur et arrangeur sa basse se met au service des mélodies qui comme il l’indique dans une interview sont créés le plus souvent à la guitare. Le Jazz, la musique Africaine, des Caraïbes et pleins d’autres choses sont passées par là, en lui et à travers les autres. De toute façon le voyage vaut le détour. Il n’y a qu’à écouter la partie de basse sur « Madam’ L’amour » qui ouvre et clôt le concert et « Kom Si »… Un petit bijou de feeling et de groove.

Fred Soul aux percussions et au mélodica avec son bonnet à la Zawimul joue le rôle de berger sonore, allant chercher les chansons avec son piano à bec sur les territoires escarpés et dissonants d’un jazz électricque à la Miles comme sur le solo de « Tifila » et son intervention sur « Interlude Fred ».
Taofik Farah à la guitare acoustique sait se faire vif et sinueux au sein de la mélodie tel un lézard sur la pierraille mais aussi délicat et mélancolique comme quand la pluie égrène son chant le long des lambrequins tandis que Francis Arnaud au « Cajon » balancent des passerelles entre les esclaves africains et les tziganes péruviens.

En plus ce groupe est à géométrie et géographie variable, lors de leur premier concert en Novembre 2007 au même endroit, Thomas Ostrowiecki aux percussions et Vincent Peirani à l’accordéon avaient littéralement ensorcelés la fin du concert. Le second dans un corps à coeur fiévreux avec son piano à bretelles donnait l’impression presque inquiétante de vouloir s’encastrer dedans pour ne plus faire qu’un avec lui. A mes cotés Stan Noubard Pacha était scotché par l’intensité du bonhomme.
La musique de Tipari est comme ces distilleries sauvages installées en pleine forêt mais une distillerie qui transformerait la grisaille, les néons et le pavé de Paname en un arc en ciel et aurait le pouvoir de faire entendre le bruit des vagues dans les couloirs du métro. On l’écoute… on voyage… on y est… sur place à siroter une bière Dodo ou un Punch Pei (Rhum charette dans lequel ont macérés des fruits et une orchidée sauvage appelée Faham) en grignotant un Cari de Chevettes ou des Tiac-Tiacs sous la varingue d’une case bourbon bois.

Et « Anba laté pa ni plézi » comme on dit la bas.

PS: Le « Sattelit Café » est un endroit magnifique qui comme son nom l’indique a une programmation à vous envoyer dans les étoiles. Plutôt axée World (terme que j’excècre… prononcez « weurld » on dirait que quelqu’un est en train de gerber) elle fait la part belle aux musiques du monde (…là ça va déjà mieux mais peu être devrait on dire « Musiques des Mondes » car comme le revendique le Soufisme « Chaque homme est une planète) et aux belles de toutes les nuits.

http://www.myspace.com/tipari
http://www.satellit-cafe.com

Paco

 

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