Christophe Marquilly – Live Tourcoing 2007

Les Disques

Christophe Marquilly (Stocks) DVD Live Tourcoing 2007
C’était juste après les parkings de Rungis et l’esplanade de la Bastoche, des braseros sauvages griffant la nuit glacée et pailletant comme une poignée d’étoiles ou d’étincelles les regards et les visières des casques. Chaque samedi, les motards de banlieue et de Paname se fritaient la gueule à la loyale, toutes cylindrées confondues, poignées dans le coin et amplis à fond. Au cul des camionettes, bécanes volées et pièces détachées désossées par les gitans et les durs de la banlieue sud… Deep South of the Nowhere… s’alignaient. Sur le ruban, c’était wild et certains soirs, c’était les motos qui volaient et ceux qui étaient dessus qu’on ramassait en pièces détachées surtout quand cela se passait sur les rampes enjambant les carrefours des nationales du coté de Montlhery ou du Mans. Et encore c’étaient les mieux lotis à côté de ceux qui avaient essayé de les arnaquer. Tout se payait CASH !

Pour les fondus qui s’y rendaient, c’était aussi du solide… une question de carburant comme pour les chiottes qu’il fallait s’envoyer dans les oreilles. ACDC, Aerosmith, Motorhead, ZZ Top, Rose Tatoo y cartonnaient et les deux seuls groupes français que les motards acceptaient étaient Trust et ces mecs du Nord qui avaient sortis un album de tueurs en public… Stocks qu’ils s’appelaient. Marrant et encore maintenant du choix du titre, « enregistré en public » et pas « Live » mais c’est vrai qu’à l’époque on était un motard et pas un biker… surtout avec la connotation sarkobeaufs biquet-fashion avec option sacoche rigide pour protéger l’ordi quand on va au bureau. Putain d’époque ! Ces mecs me foutent autant la gerbe que les gros lourds qui défilent tous les étés costumés en GI sur leurs jeeps et leurs auto-mitrailleuses de collection avec flingues et tout le jour de la Libération… de la vraie graine de miliciens !

Donc je crois que le choix du titre n’était pas innocent.

Avec cet « Enregistré en Public » au Palais Saint-Sauveur à Lille le 12 Février 1982, on se retrouvait au même niveau que les plus grands Live du Rock. Du calibre des « Blow Your Face Out » du J. Geils Band à Detroit, du « Stupidity » de Dr Feelgood en 1975 au City Hall de Sheffield et Southend Kursaal, des « Wanderers..Followers..Lovers » en 84 et du Live de 79 au Greyhound à Londres de Little Bob sans oublier ceux que j’aurai aimé voir graver… OTH à Montpellier, Southside Johnny et Springsteen dans le New Jersey et quelques autres. Le style : on est à la maison et on va y foutre le feu !

Plus de 20 ans après, le 30 Mars 2007, Christophe Marquilly retrouvait, mais l’avait il vraiment perdu, l’esprit et une partie du répertoire de Stocks pour un concert heureusement mis en boite au Grand Mix de Tourcoing.
D’entrée, l’homme en impose. Après que la rythmique composée de Fabrice Debels à la basse et Thomas Gonzales à la batterie se soit mis en jambe, il débarque sur un riff grand seigneur, veste de cuir à franges, montre portée large au poignet, bracelets indiens et une sorte de rage inquiète que l’on retrouve chez les très grands… remember Stevie Ray Vaughan !
« Cole Younger » en tête de check-list se déguste ou plutôt s’envoie derrière la lavallière comme un shot de Boubon. Puis « Stretson Blues » avec son solo dangereux et dramatique comme une flaque d’huile passe la seconde. « J’voudrais tant » commence plus soft dans une veine… toute proportion gardée… chanson jusqu’à ce que la Fender se souvienne de quel bois elle doit se chauffer quand on parle de la brûlure d’un amour qui s’est tiré. Ensuite c’est carré d’as avec « Flash Back »… un boogie au lance-flammes, voix méchante et rythmique qui s’emballe comme un combat de rue. « Pour que tu reviennes » tiré de l’album « Rien n’est joué » est une magnifique ballade ou Fabrice Debels assure les choeurs… normal pour une histoire de coeur. « Se faire la belle » du troisième album de Stocks démontre quel auteur superbe est Christophe entre ce texte qui montre qu’écrire du Rock ou du Blues en français est possible quand on l’est vraiment… Rock bien sur et cette superbe mélodie. Quand à la guitare, on en parle même pas et on l’écoute. « Message » harponne le public aux tripes avec justement ses licks de gratte et ce solo final diabolique. On souffle pas Buddies… on souffle pas contrairement à ces « Vents de haine » qui annonce la tempête avec son emballement final et cette impro à capella que le band reprend avant que Christophe balance un solo cravaché et rageur. Grand moment !
Sur le neuvième morceau, Fabrice Debels assure le chant et Christophe les choeurs. Titre idéal pour un film de cavale, hargneux tout aussi rageur et sans quartiers. Un de mes préférés!
« Où tu cours » sur scène comme sur disque serait un standard pour n’importe quelle radio de toutes les nuits si ce monde ne vivait pas à l’envers avec son solo de guitare sur la fast line. Grand !
Ensuite on tombe la veste…normal pour quelqu’un qui ne l’a jamais retournée. On sent avec ce texte qui fait le point sur pas mal de galères, à défaut d’y mettre le sien et de ne jamais se taire que vraiment rien n’est joué.
Fin de la première gallette… on file au bar mais aussi backstage avec des bonus au menu desquels une courte interview, quelques impros mais aussi des versions acoustiques de « A l’Ouest », « Juste une dernière fois » et « Rien n’est joué » cartonnent au niveau émotion entre picking de Christophe et les choeurs sublimes de ses complices. On n’est pas loin dans un registre différent de la démarche d’un Hot Tuna de la grande époque.

Ce qui suit est une tuerie !

Just me and my guitar et harmo scotché au micro Christophe crache un venin bien saturé et greasy. On sent que là ça va être du sérieux. Le public est chaud bouillant et quand « J’attendais pas » déboule c’est de la folie.
« A l’ouest » plus acoustique permet de souffler un peu mais avec dans les mots et les notes de cette ballade le souffle des vents et les larmes des embruns qui gonflent les voiles et les coeurs des voyageurs.
« Rèves d’Irlande » prolonge le voyage. Hey ! Ce soir Christophe… t’es un des leurs. De Sandy Row à Falls Road, entre Rory, the Van et Scotty Moore. Really !
« Une dernière fois » tout en progression dramatique me fait penser aux petits bijous que Mark Knopfler distille par moments sur ces derniers disques solos et « Ne me retiens pas » est un slow blues sur lequel Christophe fait littéralement chialer sa gratte.
« Ville en sursis » premier titre de « Rien n’est joué » donne plutôt l’impression que rien n’est perdu.
Puis « Ca m’fait tout drôle » permet à Christophe de présenter ses musiciens et d’aligner un de ces solos dont il a la secret de ce coté de l’Atlantique.
« Tellement fragile » est le premier titre des rappels. Interprétation tendue, solo au rasoir pour un texte sans filet et au plus près de l’os. Beaucoup de choses semblent se mettre à nu et c’est…BEAU !
« Cocaïne » fait durer le plaisir avec cette partie de guitare qui va creshendo en ligne de mire (Je sais, elle est facile celle là…). Puis au final, « Suzy » nous file rencard dans son bistrot pour une tournée générale de riffs bien chambrés.
Voilà Buddies! Après ça on peut dire que si Rory Gallagher, Stevie Ray Vaughan, Billy Gibbons et quelques autres étaient nés de ce coté ci de la mare… ils se seraient appelés Christophe Marquilly.

Ce mec est un aigle!

Ps: Le dvd est disponible sur le site « www.marquilly.com ».

http://www.myspace.com/cmarquilly

 

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