Booker T & The MG’s #7 : Green Onions

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Plusieurs versions circulent quant à la création de « Green Onions ». La plus probable demeure que le studio Stax avait été loué en mai 1962 par Billy Lee Riley pour enregistrer quelques jingles radio. L’ancien guitariste de Sun Records et leader des Little Green Men, auteur du standard Rock « Flyin’ Saucers Rock & Roll » était alors secondé par les MG. Alors que la session se termine, Riley quitte le studio afin de s’entretenir avec Jim Stewart dans son bureau. Les quatre accompagnateurs (Booker T. Jones, Lewie Steinberg, Al Jackson Jr. et Steve Cropper) profitent de leur liberté pour mettre en boite un Blues instrumental « Behave Yourself ». Le morceau plait instantanément à Stewart qui décide aussitôt de le publier sur sa filiale Volt. Afin de compléter le 45 tours avec une face B, les quatre larrons improvisent un titre autour de l’orgue de Booker T., comme s’ils étaient dans une jam session qui débouche sur « Green Onions ».

Stewart n’est pas convaincu par le titre qui ne semble pas selon lui se démarquer de toute la cohorte d’instrumentaux oscillant entre R&B, Surf, Blues et Rock n Roll. Rappelons que depuis quelques années les instrumentaux sont rentrés dans les charts de manière souvent inattendue : « Tequila » (The Champs), « Red River Valley » (Johnny & The Hurricanes), « Honky Tonk » (Bill Doggett), « Telstar » (The Tornados),  « Walk Don’t Run » (The Ventures), « Apache » (The Shadows) ou bien « Shazam » (Duane Eddy) en sont des exemples parlants.

Steve Cropperest persuadé de détenir un hit en puissance, l’alchimie entre les instruments est à son comble ; la rythmique envoutante et inébranlable, la mélodie sous fond d’orgue remplaçant aisément la voix d’un chanteur et les riffs de guitares en font un titre hors norme. Cropper confisque l’acétate et le confie à Reuben Washington animateur à la WLOK, une radio noire de Memphis. Lors des premiers passages sur les ondes, le standard téléphonique de la radio est sur le point d’exploser, les auditeurs veulent savoir d’où vient cette « tuerie » d’à peine trois minutes. Suite à cette incroyable effervescence, Stewart décide de placer « Green Onions » en face A et publie le titre sur Volt. En aout, le titre est réédité cette fois à l’échelle nationale sous la bannière de Stax Records (Stax 127). Basé sur une structure énergique et rafraichissante, le titre grimpe rapidement à la première place des charts R&B et sur la troisième marche du Billboard et du Cash Box. Bien plus tard, cet intemporel décrochera un Award au Grammy Hall Of Fame en 1999 et sera inclus en 2012 au National Recording Registry de la National Library of Congress, venant agrandir la liste des chansons considérées comme historiquement importantes tant au niveau de la culture que de l’interprétation pour le patrimoine culturel américain.

Au fil des années, « Green Onions » intègrera de nombreuses bandes son hollywoodiennes. On retrouve l’instrumental dans plusieurs films : « American Graffiti » (George Lucas), « American Party » (John Milius), « Get Shorty » avec John Travolta et Gene Hackman, « Le Kid de la Plage », « A Night in the Life of Jimmy Reardon » (William Richert), « Striptease » avec DemiMoore, « For The Boys» avec Bette Midler, la comédie d’Ivan Reitman« Jumeaux», « The Sandlot » (David M Evans), « Happy Gilmore » (Dennis Dugan), «House Guest » (Randy Miller), « Les Chemins du Triomphe » (James Gartner), «Andre, Mon Meilleur Copain » (George Miller), « A Single Man » avec Colin Firth et « Un Eclair de Génie» en 2009 par le réalisateur Marc Abraham. On retrouve aussi le titre dans des épisodes de séries TV : « Miami Vice », « Heartbeat », le 46épisode de « The Sopranos » ou bien encore « Supernatural ». On constate que le titre est souvent utilisé de manière anachronique, le titre ne correspondant pas à l’époque où se situe la scène, preuve, peut être que le titre est intemporel.

Bien évidemment le morceau sera repris mais aucune ne parviendra à rendre l’intensité de l’orgue et la symbiose régnant entre la rythmique et les riffs de Cropper. Cependant Ace Cannonen délivrera une honnête version. Dans des registres plus aventureux, on retiendra les relectures de Roy Buchanan, d’Al Kooper associé à Mike Bloomfield ou bien encore la version en Country Blues de Lightnin’ Hopkins, sans oublier les multiples essais (studio et public) des Blues Brothers. Le titre servira également de fond sonore lors d’une campagne électorale du Président Obama.

Le succès de « Green Onions » allait naturellement déboucher sur un premier disque tout simplement intitulé « Green Onions ». L’album de douze titres ne contient que trois originaux : « Green Onions », le bluesy « Behave Yourself » et « Mo Onions » titre reprenant la formule du titre phare en évitant toute redondance et prédominé par la guitare de Cropper. Le procédé de la reprise était alors très tendance à l’époque, de nombreux disques de Jazz et de Rock n Roll allaient dans ce sens. Le second titre « Rinky Dink » est l’exemple parfait de ce courant, le titre de l’organiste Dave « Baby » Cortez est lui-même une variante instrumentale de « Love Is Strange » gravé sur Groove Records et popularisé par le duo Mickey & Sylvia. Procédé identique avec « I Got A Woman » popularisé par Ray Charles en 1954 mais remake de « It Must Be Jesus », titre des Southern Tones mis en boite pour Duke Records. Le standard avait été repris sous forme instrumentale par Jimmy Smith, Jimmie McGriff et Ernie Freeman, mais la version des MG’s pleine de vitamines contient plus de groove et s’oriente vers la danse. Autre cover bien dans l’ère de l’époque avec « Twist And Shout », standard de Bert Bernset Phil Meddley immortalisé par les Isley Brothers et les Beatles et dont les accords sont pompés sur « La Bamba » elle-même issue du folklore mexicain et reprise en version Rock n Roll par Ritchie Valens. Petit moment de douceur avec « Stranger Of The Shore », un instrumental d’Acker Bilk repris en chanson par les Drifters. La formation n’a pas peur de se frotter à la Motown en reprenant « Who One Really Loves You », balade de Smokey Robinsonenregistrée par Mary Wells et les Marvelettes,la piste la plus faible de l’album. Autre détour par la case Ray Charles avec « Lonely Avenue » compo de Doc Pomus délivrée dans une version bluesy. Les MG’s s’attaquent reprennent aussi une poignée d’inusités : le slow blues « A Woman, A Lover, A friend », compo de Sidney Wyche enregistrée préalablement par Buddy Johnson et Jackie Wilson, titre qu’Otis Redding reprendra trois ans plus tard secondé par trois membres des MG’s. « Comin’ Home Baby », un Jazz Blues instrumental du contrebassiste Ben Tucker qui connaitra plusieurs versions chantées via Mel Thormé, Dee Dee Sharp, un Garage des Dowliners Sect sans oublier la ridicule adaptation française de Sylvie Vartan« Ne t’en Vas Pas ». Comme un symbole, « Green Onions » ouvre la discographie des 33 tours de Stax Records. L’année 1962 marque véritablement la naissance du son Stax avec la naissance du concept musicien de studio.

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