Booker T & The MG’s #3 : Jim Stewart et Satellite Records

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Il parait impossible d’évoquer Booker T. & The MG’s sans aborder le label Stax et son fondateur. Jim James F. Stewart voit le jour le 29 juillet 1930 à Middleton, une bourgade perdue à 130 kilomètres à l’est de Memphis. Issu d’une famille de fermiers, la musique tient un rôle important dans le quotidien des Stewart. Le paternel (Dexter) un oncle et deux de ses sœurs chantent dans un quartet de Gospel. Jim Stewart s’essaye brièvement à la guitare puis passe au fiddle. Admirateur de Pee Wee King, Bob Wills ou bien d’Ernest Tubb, il écoute les programmes du Grand Ole Opry. Adolescent il s’installe à Memphis, décroche un job chez Sears, une chaine de magasins et intègre brièvement le Don Powell’s Canyon Cowboys. En 1950, il est embauché à la First National Bank avant de se retrouver sous les drapeaux. Démobilisé en 1953, il reprend son travail à la banque et joue occasionnellement dans un groupe de Hillbilly amateur, mais  n’insiste pas outre mesure conscient de ses limites.

Sur les conseils de Marshall Ellis, un coiffeur qui vivote derrière une petite maison de disque, il décide de se lancer dans le grand bain en montant son label. Notre banquier s’associe avec Nadine Eastin une amie pianiste, le guitariste Neil Herbert et Fred Byler un animateur radio chanteur bassiste à ses heures perdues. Stewart n’est pas banquier pour rien, il a vite compris que si un label peut rapporter de l’argent ou en faire perdre , c’est l’édition musicale qui est toujours gagnante, raison pour laquelle il monte East, une compagnie d’édition et le label Satellite Records. Il établie son premier studio dans un garage en bois que lui prête un oncle de sa femme et publie en janvier 58 un premier single de Fred Byler. La purge ne connait strictement aucun succès et les différents animateurs radio qu’il a contactés refusent de passer le disque. Conscient des limites techniques de son studio, Stewart décide d’investir dans du matériel plus sérieux. Jim sollicite sa sœur ainée Estelle Axton, employée de banque à l’Union Planters National Bank. Après réflexion, la frangine décide de lui donner un coup de pouce. Estelle est mariée à Everett Axton, employé d’une fabrique de Kleenex, le couple a deux enfants et ne roule pas sur l’or. Estelle décide d’hypothéquer la maison qu’elle vient d’acheter avec l’aval de son époux. La même année, Satellite Records édite trois autres singles de Country Pop avant que les trois associés quittent le navire avec perte et fracas. Stewart prend une bonne claque, ses disques ne connaissent aucun succès faute à un manque de distribution, mais notre petit patron est heureux, il vient de faire l’acquisition d’un magnétophone Ampex 350, grâce à l’emprunt de sa frangine.

Estelle Axton & Jim Stewart

Durant l’été 59, Jim Stewart enregistre les Veltones dans son nouveau studio basé à Brunswick, un bled campagnard au nord de Memphis. Le single distribué par Mercury apporte pour le première du cash et une certaine embellie. Mais les Veltones, un modeste groupe de doo-wop R&B vont lui ouvrir indirectement les portes d’un univers très éloigné du Hillbilly.  C’est à cette époque qu’Estelle et Jim dénichent un nouveau studio, Brunswick étant trop éloigné et n’attirant que des épouvantails. Chips Moman leur conseille de louer le Capital Theater, un ancien cinéma de Memphis situé sur E McLemore. Ce quartier du South Side à l’origine prisé par la population blanche est en passe de devenir habité majoritairement par la population noire. A l’instigation d’Estelle, Jim implante un magasin de disques à l’entrée de son nouveau studio. Mais c’est à la fin de l’été 1960 que Satellite va placer son nom sur la carte de l’Industrie du Disque. Jim Stewart sait que son label a véritablement besoin d’un tube pour survivre et c’est Rufus Thomas qui va lui apporter avec « Cause I Love You » chanté en duo avec sa fille Carla. Cette session regroupe Marvell Thomas au piano, le bassiste Wilbur Steinberg et un tout jeune Booker T. Jones au saxophone baryton à peine âgé de 16 ans. Cette embellie connait un second sursaut avec « Gee Whiz » interprété par Carla Thomas, le titre surclassant même le précédent. Mais Satellite va obtenir son plus gros carton avec « Last Night » des Mar-Keys. On ignore avec exactitude qui a écrit le titre, mais cet instrumental gorgé de riffs cuivrés joués par le trompettiste Wayne Jackson et le sax Andrew Love, futurs piliers des Memphis Horns, épaulés par Gilbert Caple et Packy Paxton (le fils d’Estelle), Jerry Lee Smith au piano, le batteur Curtis Green et Steve Cropper aux claviers va se hisser à la seconde place des charts R&B et grimper sur la 3marche du Hot 100 Pop.

Curieusement ce single a bien failli ne jamais être publié. Jim a des rapports tendus avec son neveu, un jeune homme alcoolique et autodestructeur et Chips Moman ne croit pas au groupe. Il faudra toute l’énergie d’Estelle Paxton, probablement soucieuse de placer son rejeton, pour que Jim envoie une maquette à la WLOK, une radio locale. Le titre passe en boucle et fait exploser le standard de la radio, les auditeurs veulent connaitre le titre de la chanson et le nom du groupe. L’animateur Dewey Philipps ne cesse de passer le morceau sur la WHBQ et rapidement c’est la planète entière qui s’embrase et danse sur le morceau. En France « Last Night » servira de générique à l’émission « Salut Les Copains » diffusée sur Europe 1. Le titre connaitra bien sur de bonnes reprises (Graham Bond Organization, King Curtis ou bien encore Albert King sous le titre « This Morning »). Chez nous Nancy Holloway, une américaine installée à Paris en délivrera une version chantée frisant le ridicule. A l’orée du nouveau millénaire, le titre connaitra un moment de jouvence via Chris Anderson & DJ Robbie pour une version Madison qui va investir les dance floors. L’aventure Satellite Records s’achève en 1961 avec 11 singles à la clef. Un autre label californien du même nom existant déjà, Jim et Estelle décident de monter un tout nouveau label sous un autre nom afin d’éviter d’éventuelles poursuites.

à suivre…

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