Blues sur Suresnes : 4e édition terminée en beauté !

Chroniques de concert

La semaine du 19 au 26 mai nous a vu arpenter les rues suresnoises pour diverses manifestations organisées dans le cadre de la quatrième édition de Blues sur Suresnes. Cette ville nichée au pied du mont Valérien, célèbre pour son mémorial de la France combattante et pour son cimetière américain offre sur ce sommet une vue magnifique sur l’ouest parisien. Mais, de vue il ne fut guère question que de celle de la musique bleue dans les rues du centre ville où le milieu blues francilien ne s’est pas déplacé en masse.

Commencé par le Off dès le 19 mai dans deux établissements de restauration de la localité, le festival eut aussi son stage d’initiation à l’harmonica avec une belle participation

De l’expo photo de Sylvie Bosc “Mississippi terre de blues” à la Médiathèque à la conférence animée par Christophe Mourod “Blues et flux migratoires : voyage du Sud au Nord” à la librairie du Point de côté; du spectacle jeune public ”Toupie blues” au spectacle sous forme de conte musical à la médiathèque, animé par Gladys Amoros, Michel Foizon et Philippe Charlot, plus les trois soirées à la salle des fêtes, ces évènements ont vu un public local intéressé, amateur mais éclairé pour sa plus grande partie, participer avec enthousiasme à ces divers évènements.

Nous nous contenterons ici d’évoquer ces trois soirées à la salle des fêtes qui ont vu défiler d’excellents éléments de la scène blues française avec en prime un groupe anglais (The Big Sets) et l’américaine JJ Thames. Commençons par le début et par ordre d’apparition.

Fred Cruveiller Blues Band eut la lourde responsabilité d’ouvrir les hostilités. Peu présent sur la région parisienne, ce membre de la Toulouse Blues Society avec ses deux acolytes (Eric Petznick, batterie et Laurent Basso à la basse) bien en place, s’est livré à un blues carré où se révèlent de nombreuses subtilités R&B et soul. Les compositions du trio font mouche et le public y compris les quelques connaisseurs parisiens qui avaient fait le déplacement sont séduits par l’efficacité et la dynamique du trio qui multiplie les tributes, y compris certains qui sortent des sentiers battus (Gary Clark Jr, Moby) qui, réadaptés achèvent de conquérir le public. 

Roland Tchakounté est depuis de nombreuses années un de nos chouchous car son blues évolue entre tradition et modernité, entre ses racines camerounaises et un blues patiné de musiques sudistes (Mississippi Louisiane) que renforce la présence à ses côtés de Mick Ravassat, accompagné par Jérome Cornélis à la basse et par Karim Bouaza à la batterie. Et avec Roland on est sûr que le blues passé par l’Afrique ne peut se concevoir sans évoquer les difficultés de ce continent oppressé, opprimé, voire pillé. Roland connait bien cette réalité. Et cela sans forcer le trait ni redondance : c’est aussi cela l’imprégnation de ses racines.

Le lendemain, un autre de ces brasseurs de culture et d’identité se présentait au public présent. Karim Albert Kook, toujours aussi volontaire dans l’affirmation de son identité l’exprima à merveille sur scène accompagné par basse (Maurice Zemmour), batterie (Félix Labal-Lecco)  et percussions (Kamel Tenfiche) arabo andalouses (karkabou, derbouka,…). Il n’oublia pas ses racines mais à travers sa voix on retrouva un peu de celle de David Koven. Le cœur toujours débordant, Karim tint à rappeler rappeler ses attaches avec ses amis, particulièrement à travers Barbes City Limit Blues, hommage à Guy l’Américain, ancien talent scout du label Dixiefrog décédé l’an dernier. Entre autre pour cela, merci Karim.

Derrière le Maghreb et ces blues orientaux, le quintet The Big Sets d’origine anglaise nous a fait passer un bon moment avec son blues matiné de funk. Machine bien rodée, les anglais ont gagné l’an dernier le premier prix du festival des Rendez-vous de l’Erdre. On comprend vite pourquoi. Gouaille et décontraction acquise très certainement dans les pubs qu’ils écument de l’autre côté du Channel font le reste. 

Pour notre part nous attendions JJ Thames précédée par d’excellentes critiques et deux albums sur lesquels s’étaient penchés rien moins que les sieurs Grady Champion et Eddie Cotton Jr, pointures de la jeune génération blues outre Atlantique, respectivement en tant qu’harmoniciste et guitariste mais qui peuvent officier aussi en tant que producteur et co producteur de ces deux albums.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que nous ne fûmes pas déçus. Avec une belle présence scénique, très dynamique, accompagnée par une bande de musiciens franco américains (Kris Jefferson à la basse, Fabrice Bessouat à la batterie, Cedric Le Goff aux claviers, Yann Cuyeu à la guitare) qui n’ont rien à envier à ce que pourraient réaliser des musiciens d’outre Atlantique, Jennifer Jenesis Thames (voilà pour les initales) a, d’entrée de set, su gagner le public présent. Notre voisin, resté avec l’idée d’écouter deux trois morceaux fut scotché sur son siège et trainait encore longtemps après la fin du concert, sugjugué. Ce n’était pas le seul : la majorité s’est laissée emporter et la fusion entre la scène et le public fut alors totale. Le temps d’appeler à la rescousse les esprits de John Lee Hooker (Boom Boom), B.B. King (The Thrill is Gone) et d’ Etta James (I’d Rather Go Blind) et la salle, captivée, fit un triomphe à cette voix extraordinaire qui en évoque bien d’autres du passé. Surprenante et extraordinaire (les qualificatifs nous manquent) JJ Thames est en passe de devenir une diva du blues et de la soul, si ce n’est déjà  fait. Le sommet de ce festival, sans aucun doute !

Samedi, pour cette troisième soirée, ce fut Ronan One Man Band qui fut le premier à passer au grill. Ayant sorti un nouvel album (Lonesome Wolf) depuis peu, Ronan pour une prestation sur la région parisienne où il se fait rare a fait ce qu’il fait le mieux : le loup solitaire ! Yeux fermés (pour ne pas se perdre dans son jeu) Ronan nous dit arriver (comme à l’accoutumée) sans set list et s’adresse au public entre les morceaux demandant ce que nous voulons et fait ce qu’il a envie, utilisant tour à tour ses drums, ses deux guitares, sa cigar box et sa skate board guitar qui attire toujours autant les photographes. Sa voix, sobre, profonde et grave, à la Tom Waits gagne en puissance et au final, son blues solitaire passe bien auprès du public.

Les Vicious Steel, eux, nous arrivent avec leur nouvel attirail de scène. Autour d’un capot d’un vieux tracteur Massey Fergusson avec phare (et lumière) nous avons droit à la première guitare tracteur de la scène française ! Ambiance décalée maintenue avec ce nouveau spectacle, mais où l’on retrouve toujours un cocktail de textes en français et en anglais, qui mélangent légèreté, humour et tendresse et qui charme le public. Cyril Maguy (chant , guitares) et Antoine Delavaud (batterie, percussions, chaine) que ce soit en rock, country, folk nous servent un mélange que nous répugnons à nommer post downhome blues tant il s’est généralisé et n’évoque pas grand chose pour un public moins investi dans le milieu blues. Appelons cela du blues agricole qui colle bien aux racines profondes de ces iconoclastes issus de milieux ruraux auxquels ils restent attachés. Le public a apprécié.

Et pour finir en beauté, ce sont les Cotton Belly’s  qui clôturèrent cette édition. En préparation d’un nouvel album auquel on peut participer encore pendant quelques jours via un crowdfunding, Ian Malek (voix, guitare, weissenborn) et son groupe (Aurélie Simonel à la batterie, Christophe Etienne à la basse) se sont adjoints la participation de Mick Ravassat et le spectacle des Belly’s y gagne en laid back. Le blues actuel de ceux-ci se rapproche de tout ce que produit de meilleur les artistes de Louisiane ou du Mississippi. Moins rock pêchu que les derniers enregistrements en public, mais plus ouvert à des influences se rapprochant de leur début, les Cotton Belly’s ont amené le public à danser dans les travées latérales et même devant la scène.

Seul(e)s, ceux et celles qui n’étaient pas là, ceux et celles qui étaient resté(e)s chez eux n’ont aucun regret. Ils se sont privés de trois excellentes soirées.  Du blues en one man band au quintette, nombre des facettes du blues se sont exprimées au cours de ces soirées. Et sans pousser des cocoricos excessifs une fois de plus un petit festival nous démontre que bien des acteurs (trop méconnus) de la scène française produisent d’excellents spectacles.

L’acharnement de Behgam et de ses bénévoles qui ont créé Blues sur Suresnes commence à payer. Déjà on nous annonce une cinquième édition et éventuellement des rencontres bleues au cours de l’année à venir. Tant mieux !

Il faudra dorénavant inscrire sur les tablettes Suresnes comme un lieu supplémentaire de la scène bleue francilienne et Blues sur Suresnes comme l’unique festival (à notre connaissance) sur l’entité du Grand Paris.

Bravo à toute l’équipe et à bientôt.

Serge Sabatié et Photo Miss Béa

 

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