Blues in Chédigny y musica de Cuba, Si !

Les concerts

Les 10, 11 et 12 août, Chédigny, charmant petit village de l’Indre et Loire organisait la dixième édition de son festival en plein centre du bourg : grande scène (côté cour) adossée à l’église, petite scène (coté jardin) sur la place jouxtant la mairie, enceinte close où l’on accède par des rues piétonnes. Pour les habitués, c’était une fois encore l’occasion de se retrouver au sein de ce village fleuri qui décuple sa population pour la circonstance.
La programmation du festival est depuis le début confié à Big Joe Turner, bassiste (Little Milton, Albert King ou Elvis Presley) qui pendant plusieurs années, a joué au côté de BB King. Séduit par le lieu et ses habitants Big Joe a vécu cinq ans sur place.
En 2007, plusieurs musicien(ne)s, présent(e)s lors de précédentes éditions avaient accepté de revenir. Peut-être que l’accueil chaleureux avec hébergement chez l’habitant lorsque leur tournée le leur permet, n’est pas étranger à leur retour sur ces lieux ! Tout était parfait pour ce week-end (même le temps a été clément !).



A l’heure prévue, Foued, bluesman du terroir, ouvrait le festival. Après avoir joué pendant quelques années avec d’anciens membres de Tayfa (groupe celto berbère des années 90) et formé avec eux le Top Boogie, Foued a choisi de se produire “accompagné de sa guitare acoustique, de ses mains droite et gauche et de ses pieds“ et de délivrer de sa voix grave et sensuelle un blues acoustique avec des compositions en français qui sonnent justes et obtiennent l’adhésion du public.
Louisiana Red lui succéda, lui aussi en solo. Nous ne nous étendrons pas, tant le talent de ce grand monsieur du blues est immense. Le concert délivré n’est pas sans nous rappelé l’album “Sitting Here Wonderin“ et malgré ses plus de 70 ans, Louisiana Red reste un maître de ce blues électrique saturé où l’individu semble maltraiter sa guitare durant tout le concert, nous restituant une sonorité issue aussi bien du delta, de New York ou de Detroit. Fidèle à lui même Louisiana Red revient sur ses amours, ses peines, la souffrance de la Nouvelle Orleans après Katrina… Dommage que cela fut si court !



La soirée anniversaire commença autour du Memphis Blues Caravan, composé de Rick Jones à la batterie, Jack Jagiela et Mah Todani aux guitares, Gulliver Allwood et Roby Edwards aux sax, Lionel Haas au piano. Joe Turner, à la basse accompagné d’Earl Green au chant dirigea un set où Gulliver et Roby s’en sont donnés à cœur joie en descendant de scène pour le plus grand plaisir des festivaliers.
Big Joe laissa sa place pour le reste du concert à Kim Yarbrough en forme, qui conduisit la section rythmique d’une main de maître.
Ernie Johnson, digne successeur dans une lignée soul blues d’un Little Milton, voire sans être dithyrambique d’un Otis Redding, vint nous servir quelques belles compositions dont son « It’s party time », accompagné sur un titre par Angela Brown, présente dans le public, qui ne se fit pas prier pour monter sur scène.



Puis Zora Young nous servit un set, solide mais trop court, de sa belle voix.
Et ce fut le tour d’un Kenny “Blue Boss“ Wayne au piano qui termina la soirée par une série de boogies et de rocks de bon aloi qui maintinrent les spectateurs bien éveillés jusqu’aux alentours d’une heure du matin.
Une soirée réussie, avec celles et ceux qui avaient déjà animé de précédentes éditions, qui se clôtura par un feu d’artifice au dessus de la scène.



La journée du samedi 11 sous un ciel couvert qui se dégagea totalement sur le soir s’ouvrit côté jardin, avec le trio d’Henrik Freischlader, venu d’Allemagne, qui nous était présenté comme l’espérance du blues outre Rhin. Sur des compositions personnelles, ce trio, dont la section rythmique trop lourde gâche les efforts de son leader, a servi un blues électrique que nous avons déjà entendu : tout trio ne peux vouloir se comparer à Double Trouble sans risque !
Puis ce fut le tour de Michael Roach qui en solo, sur sa guitare acoustique à résonateur , nous servit blues, gospels et folksongs de très bonne qualité et qui réussit à gagner un public dense, sur ses compositions et arrangements très fins. Ce gaucher appela Jeff (percussionniste et hébergeur local) qui termina le set en l’accompagnant. Ils obtinrent un rappel bien mérité pour une prestation simple et dépouillée mais de grande qualité.



La soirée se poursuivit coté cour avec Angela Brown. Celle-ci, chicagoane d’origine vit depuis plusieurs années en Allemagne. Le milieu musical de Chicago lui a décerné le qualificatif d’ « hottest lady in town » et le moins que l’on puisse dire est que ce qualificatif n’est pas usurpé. La dame, véritable Woopie Goldberg du blues, tant son chant est ponctué de grimaces, de mimiques suggestives (ah, ce “Rock around the clock” !…) était accompagnée de Chris Rannenburg au piano, Rick Jones à la batterie, Mah Todani à la guitare, Kim Yarbrough à la basse et Roby Edwards au saxo. Angela Brown a produit une forte impression et a gagné à l’applaudimètre un public enthousiaste qui en redemandait. Son blues tonique allait bien sur une grande scène comme il peut très bien passer en formation plus réduite (basse, piano, sax) en club comme en témoigne son unique live de 1993.



La suite du programme était confié à Eddy “the Chief” Clearwater qui sur sa Gibson, et accompagné de ses musiciens nous a régalé d’un cocktail blues et de rock savoureux. Rappelant de grandes références du blues, Eddy prouve, s’il en était besoin qu’il n’est pas seulement ce chanteur noir arrivant sur scène avec sa coiffe indienne, qu’il ne garda que pour son premier titre. En digne héritier d’un blues qui ne se confine pas dans un genre (texas, chicago, louisiane,…) mais qui reprend le meilleur de ces styles, Eddy nous a conquis avec une musique puissante et chaleureuse.
La soirée se termina une fois encore sous un feu d’artifice, par une jam qui restera dans les mémoires des festivaliers. Autour d’Angela Brown et Eddy Clearwater, se retrouvèrent sur scène Michael Roach, Kenny Wayne, Zora Young, Ernie Johnson, Earl Green et bien entendu Big Joe en maître de cérémonie pour nous régaler d’un “the blues is allright” qui enflamma le public.


L’équipe d’animation du festival, très dynamique et qui ne se repose pas que sur l’abondant carnet d’adresse de Big Joe Turner, a eu l’occasion de se rendre dans le cadre d’échanges culturels à Cuba et a découvert dans ce pays une musique populaire et vivante aussi variée et intéressante que les diverses ramifications que peut comporter notre musique bleue.
Ce festival consacre donc deux jours au blues et une troisième soirée à la musique cubaine. La formule testée l’an dernier a été reconduite en 2007. Il est dommage de voir les commentaires de certains b(l)ouseux qui sur le livre d’or à disposition des festivaliers ont laissé des remarques désobligeantes sur les choix effectués par les organisateurs ou des commentaires du type “du blues oui de la salsa non”…

Les musiques populaires que nous pouvons apprécier sont souvent le fruit de rencontre entre des populations, leurs cultures, des instruments et des traditions plus ou moins anciennes. Toutes retracent les joies, les peines, les souffrances, les luttes de ces peuples.
Que ce soient les enfants des esclaves noirs du delta du Mississippi ou du Deep South qui vendaient leur force de travail dans les champs et plus tard dans les usines de Chicago, que ce soit les descendants de ces mêmes esclaves qui ailleurs ont chanté Guantanamera et leur joies à travers la salsa, que ce soit la poésie et la richesse d’une culte arabo andalouse, que ce soit les joies et les peines des peuples celtiques qui ont su conserver leur identité culturelle, pour n’en citer que quelques unes, toutes ces cultures sont respectables et ont su trouver un public plus ou moins nombreux dans la patrie des droits de l’homme.
Aussi est-il un peu navrant quand nous pouvons engager une conversation sur la programmation d’un tel festival, d’entendre des inconditionnels du blues n’avoir d’autre argument que “la salsa c’est toujours pareil”, reproduisant en cela les propos qu’ils ont maintes fois entendu dans leur propre entourage sur le blues, s’enfermant ainsi dans leur propre ghetto culturel et sans chercher d’ouverture d’oreille (ou d’esprit) sur d’autres approches musicales.
Que l’on soit plus ou moins sensible à telle ou telle musique populaire est parfaitement acceptable. Que l’on soit sectaire et fier de l’être l’est beaucoup moins.

A Chédigny comme ailleurs, les organisateurs sont maîtres de leur programmation et nous ne pouvons que les encourager à étendre leurs choix musicaux. Cette diversité peut être souvent source d’échanges et d’enrichissement. Que vive encore longtemps le festival “Blues in Chédigny y musica de Cuba” !

Pour la petite info cette année, la diversité cubaine était tout aussi évidente que celle décrite plus haut. Qu’on en juge : d’un orchestre déambulatoire tourangeau, la Comparsita (trompettes, tambours percus et chants), en passant par Havana Sax (4 saxo, un percu) groupe latin jazz qui n’hésite pas à chanter ensemble a capella, suivi par William Vivanco (guitare acoustique) accompagné par guitare électrique, basse batterie dont les compositions rappellent autant le Brésil que Cuba en terminant par Maraca (10 musiciens sur scène) groupe de salsa nominé aux Grammy Awards, la richesse et la diversité était évidente et le public présent n’a pas regretté !

Plus d’infos : http://www.blues-in-chedigny.com/

Texte : Serge Sabatie, photos Miss Béa

 

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