Bishop Manning & the Manning Family

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Bishop Manning & the Manning Family
2011-02-27 22:20
Portrait

Bishop Manning & the Manning Family • Converted Mind – The Early Recording • Big Legal Mess Records
Bishop Dready Manning est né en 1934 à Gaston (Caroline du Nord), une bourgade perdue située à une encablure des rapides du lac Roanake. Le garçon perd sa mère à huit mois, le père suivra de près, Bishop n’ayant pas le moindre souvenir de son géniteur. Le gamin est recueilli par sa tante Maggie et son grand-père Brody Mangun. Les temps sont durs, la tante et le patriarche vivent pauvrement, ils travaillent comme métayers et survivent péniblement grâce à de maigres récoltes de coton. Comme d’innombrables enfants noirs de son âge, Bishop ne va pas lustrer les bancs de son école très longtemps, il va vite plonger dans l’impitoyable monde du travail.
La musique, source de grand réconfort, sera toujours présente dans l’univers de Bishop et de sa famille. Le gamin va grandir au son d’un standard des années 30 « Sweet Maggie » des Mississippi Sheiks. Lorsque leurs faibles revenus le leur permettent, la tante et le pépé achètent quelques 78 tours. Brownie McGhee, Blind Boy Fuller et Lightnin’ Hopkins figurent parmi les premières découvertes de Bishop. Le Gospel présent dans la petite discothèque familiale n’intéressera Bishop que bien plus tard.
Bishop Dready aborde la pratique instrumentale en essayant l’harmonium à pédale de sa tante, mais la guitare devient vite son instrument de prédilection. Le gamin apprend la guitare sur une cigar box rudimentaire à deux cordes ; un de ses cousins Doc Mangum lui permet d’approfondir son apprentissage sur sa propre guitare. A 12 ans, Bishop prend ses premières leçons avec Russell Moodie une petite gloire locale. Deux ans plus tard, il fait équipe avec Theodore Short, un cousin (un autre) harmoniciste. Le jeune garçon va alors tomber sous le charme du whisky, des petites pépées et du Blues. Les deux cousins font leurs gammes dans les kermesses et clubs locaux. On les paye souvent en whisky ou en bière, aucun problème … ils sont tombés dedans depuis pas mal de temps. Bishop va aussi écouter des guitaristes blancs de country, comme Merle Travis qu’il découvre à la radio.
En 1954, Bishop rencontre Marie Gray une fille de Gaston, ils se marient deux ans plus tard et le nouvel époux trouve un job dans une société de pneus. Sa nouvelle vie de famille et ses pneus vont vite s’avérer gonflants. Bishop aime bien boire, faire la fête et jouer.
En 1958, avec quelques copains de beuverie et de musique, Bishop se scratche avec sa Ford model 51. Un de ses cousins, Leroy, a le cou brisé et décède trois jours plus tard. Cet accident va remettre Bishop sur de bons rails. A l’hôpital où décède son cousin, il rencontre un prêtre qui lui remet une bible. Il va alors s’intéresser pendant quelques semaines à la religion par le biais de l’église baptiste locale, se fait même baptiser. Mais ce bon vieux Satan ne tarde pas à lui remettre la main dessus avec une bonne bouteille de gnôle.
Après avoir jouer du blues en duo, il forme les Carolina Kings, un petit combo de Rock N Roll, en compagnie d’un autre cousin le batteur Thomas Easton. En peu de temps il devient le nouveau petit roi local du Rock N Roll, titre qu’il cumule avec celui de Roi de la Bibine. Les abus ne sont jamais bien bons pour la santé, Bishop va alors souffrir de varices oesophagiennes que les docteurs ne parviennent pas à guérir.
Des membres de la New Jerusalem Holiness Church, une congrégation Baptiste, vont remettre Bishop sur les voies du Seigneur …et comble de miracle, le bougre sera soigné aussitôt. Comme quoi la foi et la religion ont aussi leurs bons côtés.
L’ancien guitariste de blues poivrot va radicalement changer de registre. Frappée par la guérison miraculeuse de son époux, Marie incite Bishop à jouer au sein de la congrégation.
Au fil des ans, Bishop Manning devient un acteur de poids au sein de sa congrégation et embrasse la profession de Pasteur.
Bishop Manning va d’abord prêcher au sein de trois églises locales. En 1968, sa renommée grandissante lui permet de se faire connaître dans toute la région de Rapid Roanake jusqu’au bord de la Virginie.
Le couple Manning a connu une forte démographie et compte six enfants. Dieu et le Gospel vont rapidement devenir une affaire familiale. Bishop va s’appuyer sur sa jeune progéniture : Dready Paul débute la basse dès 4 ans, Zacchaeus Earl joue de la guitare en public dès 3 ans, Clara Marie (12 ans) s’occupe de l’orgue tandis que Carolyn Lee et Joyce Elaine se chargent du chant, sans oublier Marie (la maman) au chœur et aux tambourin. David, le fils aîné, est aveugle de naissance et poursuit ses études dans une école spécialisée pour non voyants.
La petite troupe familiale répète à la maison, se produit dans les églises et dispose même d’un programme radio. Au fil des ans, les émissions radio vont s’intensifier et le groupe est le dépositaire d’une belle petite discographie débutée à la fin des sixties. Le premier 45 tours publié par JCP, mis en boite sous le nom de The Gospel Four, comprenait les époux Manning et les sœur Dot et Jenny Smith. Ce n’est qu’en 1974 que le groupe entame ses enregistrements sous le nom de la Manning Family pour le label Su-Ann de Hoyt Sullivan avec « The People Don’t Pray Like They Used To Pray » couplé avec « This Is Everybody’s Song » (Su-Ann SA766). Aucun contrat ne sera établi entre Bishop et Sullivan. Les deux hommes se feront confiance et traiteront ensuite par téléphone. Ce 1er microsillon aura servi de promotion à cette petite troupe familiale, mais n’aura par contre rapporté aucun dividende (faute de contrat). En 1976, Bishop Manning enregistrera deux singles pour le label louisianais Memorial. Encore une fois faisant preuve d’une confiance incroyable, la Manning Family traitera par téléphone, enverra ses bandes et ira s’asseoir sur ses royalties.
Bishop Manning et sa famille enregistreront ensuite six singles sur leurs propres labels. Ils prendront à chaque fois de noms presque similaires aux grandes maisons de disques spécialisées en Gospel : Peatock en référence à Peacock, Nashbrand pour Nashboro.
C’est à la fin des années 70 que Bishop va monter son propre studio, endroit où il peut travailler sans contrainte et qui lui permet d’enregistrer occasionnellement d’autres groupes comme Freddie Branch & the Singing Stars, une petite troupe de gospel originaire de Caroline du Nord. Au niveau de ses prestations, la Manning Family privilégie les concerts dans les églises de la région ; Bishop n’est pas adepte des tournées longues, les longs trajets à bord d’un bus ne conviennent pas au style de vie de cette famille très soudée et à cheval sur certains concepts. Au début des eighties, la formation décide d’axer la majorité de son travail sur ses concerts dans les églises. Ils vont toutefois graver une poignée de microsillons pour Church Door et Shurfine un label originaire d’Atlanta qui vient de s’installer en Caroline.
En 1996, Bishop met en boite un petit cd de 8 titres « Take One Moment At a Time ». C’est Dready Paul qui maintenant officie en première guitare. Le ton général de l’album est plus moderne, plus urbain et également plus heurté, mais tous les morceaux proviennent de la plume de Bishop. En 2005, Bishop Dready Manning est redécouvert par la Music Maker Relief Foundation qui publie “Gospel Train”, un cd de 18 titres dont les racines puisent nettement vers un gospel rural. Sur cet opus, Bishop laissait de côté la guitare électrique et se consacrait à la guitare acoustique. On y retrouvait toujours la fidèle et calme Marie aux chœurs, Zacchaeus au piano, mais surtout l’arrivée de Marquis Manning, un petit fils, à la batterie. Bishop Manning joue encore aujourd’hui, alternant parfois entre le Blues et le Gospel, il n’a jamais par contre retouché à l’alcool.

« Converted Mind »

Filiale de Fat Possum, le label Big Mess Legal de Bruce Watson propose un catalogue ne comportant que de véritables pépites. Cet opus de la famille Manning contient 28 titres et représente au mieux les premiers enregistrements de cette troupe familiale pour de micro labels. Si l’album débute par « Manning Family Theme Song » (la troupe y propose son adresse et un numéro de téléphone pour que les fidèles puissent les joindre), véritable marque de fabrique de la troupe et aussi titre qui ouvre ou ferme souvent leurs prestations scéniques, la formation de Bishop Manning propose un gospel sonnant très roots et parfois proche du rockabilly. Ici pas de transes grandiloquentes, même si les chœurs menés par Marie servent a marteler certains sermons ou conseils chantés. Il s’agit d’un gospel brut de décoffrage, simple, mais comportant de superbes mélodies et où les harmonies vocales se rapprochent parfois de la Close Harmony.
Le registre de Bishop Manning demeure assez vaste. Si certains accords reviennent fréquemment, c’est pour devenir de plus en plus lancinants. Quelques titres proposent des intro similaires sur 3 ou 4 notes, un peu à la manière d’un Lonesome Sundown, ces intro répétées servent à asseoir et mettre en place le gospel blues de Manning. On pourra apprécier la drôlerie du cocasse « The Jealous Men and the Jealous Women », la complicité entre les époux Manning sautant aux yeux L’harmonica porté sur « Help All The People Everywhere » pourra évoquer le phrasé de Slim Harpo, Jimmy Reed et on ne pourra s’empêcher de se retourner sur certains titres de la production Excello. Une perle comme « Don’t Let Satan Ride » rappelle étrangement tout l’art de Lonesome Sundown. On retrouve aussi beaucoup d’humour et de rythmes sur « The Gospel Train » où l’harmonica (façon Little Walter) se confond avec un train et prend une cadence de plus en plus effrénée. Dans ce titre, Manning s’offre le luxe d’injecter quelques homélies traditionnelles qui remontent aux années 20.
Ces « Early Recordings » agencent un beau mélange de Gospel Baptiste, de blues sudiste et de rock ; les influences de la musique de la Caroline lorgnant vers le country blues du Piedmont et des Appalaches sont également bien palpables, enfin certains accents traînants, à la louisianaise contribuent à apporter un tempo lancinant qui devient rapidement obsédant. Si le Gospel à la « Nicoletta » et les hymnes trop préchi-précha vous rebutent, cet album gorgé de peps et d’ondes positives est pour vous.

www.biglegalmessrecords.com

Le Kingbee

 

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A propos kingbee

Le kingbee, le sobriquet choisi par ce chroniqueur rend hommage à ses premières influences, également très porté sur le cajun, le zydeco, le gros son seventies... Il ne déteste pas la Soul sudiste. Le kingbee a tâté il y a bien longtemps une carrière de musicien qui n'a jamais décollé...

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