Beautiful Swamp Blues Festival 2011

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Beautiful Swamp Blues Festival 2011
2011-12-26 14:14
Les concerts


Beautiful Swamp Blues Festival 2011
Le Beautiful swamp blues festival demeure un des rendez vous importants de l’année pour tout amateur de blues en France. Il offre une programmation résolument blues (ça devient rare en France) et de qualité (même si elle était moins spectaculaire que les années précédentes) concoctée par une équipe de passionnés avec à leur tête Dominique Floch. L’accueil est particulièrement chaleureux, les prix sont incroyablement bas (5 euros par soirée), le décor de la salle et des couloirs est toujours très travaillé et résolument blues.

Ici, le confort et la satisfaction du public sont une préoccupation majeure, on n’entasse pas des gens dans une salle façon métro parisien aux heures de pointe, non, on les installe confortablement autour de petites tables façon bistro. Des serveuses très aimables viennent vous servir à boire et à manger alors que vous regardez tranquillement le spectacle. Bref, dans ces conditions, on comprend que la salle était pleine durant les trois soirées.

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Le premier concert dans la grande salle du centre culturel Gérard Philippe fut celui de Jeff Zima accompagné d’une dream team comprenant deux autres solistes (Youssef Remadna et Mike Lattrell) et une rythmique de choix (Fred Jouglas et Simon « shuffle » Boyer). Bref, un concert très alléchant mais qui n’a pas complètement tenu ses promesses. Il faut dire que Jeff Zima a choisi la difficulté en chantant un répertoire en français. Malgré des textes très personnels avec de l’humour et des double sens (dans un esprit plus proche de Jean Sangally que de Benoit blues boy), la réaction du public fut mitigée. Mais Jeff Zima est un personnage imprévisible, une personnalité à part dans le paysage du blues français, un gars avec un énorme grain de folie, un fou furieux quoi ! Personnellement, j’avais beaucoup aimé son CD « live in Gaillac » et j’aurais aimé un concert dans ce style avec plus de soli de guitare, avec cette slide speedée et survitaminée, ce son brut. Bref, il y a eu un petit goût d’inachevé et cela malgré la présence de Youssef Remadna et Mike Lattrell qui ont tous deux chanté un titre et dont les interventions ont été brillantes. Si Youssef Remadna est un excellent harmoniciste dans le style Chicago blues, Mike Lattrell est un pianiste qui a une super main droite qui aime aller se balader dans les aigus. Malgré quelques bons moments, ce concert fut globalement décevant.

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Pour le concert suivant, on a retrouvé la même rythmique (Fred Jouglas et Simon « shuffle » Boyer), Big Daddy Wilson (percussions et chant) en vedette plus deux excellents guitaristes acoustiques Jochen Bens et Michael « big chief » Van Merwyk. Le style du groupe est dans la lignée d’Eric Bibb ou Keb Mo. Big Daddy Wilson est un personnage souriant et communicatif qui possède une bonne voix chaude et nuancée, presque envoûtante, un répertoire personnel intéressant et un bon groupe à son service. Il a remporté un gros succès auprès du public calaisien malgré un côté un peu linéaire, un manque de changements de rythmes et un ensemble statique.

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Du mouvement et du show, on en a eu lors du concert suivant, celui de Mike Sanchez accompagné de Drew Davies et de son Rythm Combo. Autant dire le groupe idéal pour accompagner Mike Sanchez, une formation qui fait merveille dans le swing style années 50 mais aussi très compétente pour jouer le blues ou le rock & roll avec une rythmique swinguante à souhait composée de Thibaut Chopin à la contrebasse et de l’infatigable Simon « shuffle » Boyer à la batterie derrière des solistes de premier plan que sont Drew Davies au sax tenor et Pascal Fouquet à la guitare sans oublier Jean-Marc Labbe au sax barython. Mike Sanchez est un showman très expressif au regard impressionnant, un musicien dynamique qui distille une musique éclectique, variant styles et tempos, une musique toujours dansante et énergisante. Certes, rien de très original au niveau du répertoire, mais le spectacle fut très prenant, très plaisant, idéal pour une fin de soirée. Le public a visiblement beaucoup apprécié. Certains ont bien sûr dansé et au final, une jeune femme est même montée sur scène pour danser au milieu des musiciens.

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La deuxième soirée a démarré avec Tia and The Patient Wolves. Tia, de son vrai nom Laetitia Gouttebel est l’une des trop rares guitaristes / chanteuses dans le paysage du blues français. Et, c’est une excellente guitariste, qui groove et qui sonne résolument blues, avec un touché tout en finesse. Elle est apparue sur la scène du centre culturel Gérard Philippe avec des talons aiguilles et une belle robe noire dans laquelle elle ne semblait pas très à l’aise. Le set a eu du mal à décoller car elle n’a pas une véritable attitude de leader, elle est trop timide, manque d’autorité, ne communique pas suffisamment avec le public et surtout, sa voix manque cruellement de consistance. Au niveau du répertoire, si elle a fait preuve de culture musicale et de bon goût, mais elle a fait des choix musicaux qui ne l’ont pas forcément mise en valeur (titre de OV Wright par exemple), elle n’a pas toujours joué sur son point fort qui est son jeu de guitare. A mon sens, elle devrait se contenter de jouer de la guitare comme le font avec succès des guitaristes de renom tels Anson Funderburg, Smoking Joe Kubek, Ronnie Earl ou Kirk Fletcher et trouver un chanteur ou une chanteuse plus charismatique pour occuper le devant de la scène. Au final, elle a interprété une reprise d’une autre chanteuse guitariste, la texane Barbara Lynn.

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Après le blues en talons aiguilles, place au blues qui vient du froid, du Danemark plus précisément avec Thorbjorn Risager et son groupe, une grosse machine surpuissante qui déménage avec sept musiciens sur scène. Ils étaient très attendus suite à leurs récentes performances très appréciées à Ecaussinnes et à Cognac notamment. Thorbjorn Risager est un chanteur à la voix puissante et au jeu de scène sobre, un guitariste compétant mais pas démonstratif, aux soli concis. Son répertoire est très majoritairement original et résolument ancré dans le rhythm & blues (même quand il reprend un standard de blues comme  » Baby please don’t go ». Il a joué quelques morceaux de son nouveau CD et s’est d’abord adressé au public en français, un français certes très limité mais la démarche courageuse a été appréciée par le public. Il a ensuite « piégé » ses propres musiciens en leurs demandant tous chacun leur tour de dire quelques mots en Français. C’était sympathique et assez drôle.

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Et c’est Larry Garner qui avait l’honneur de clôturer cette soirée du samedi. Passer après Thorbjorn Risager n’est déjà pas forcément évident, il s’est mis d’autant plus en difficulté en ne faisant son entrée sur scène qu’après une bonne dizaine de minutes durant lesquelles son groupe et en particulier l’organiste Raphael Wressnig a fait du remplissage, de la musique au kilomètre, bref, dix minutes inutiles et sans intérêt. Heureusement, dès son arrivée sur scène, Larry Garner avec son expérience a su rattraper le coup. Il a offert un bon concert faisant preuve comme à son habitude de beaucoup d’humour. Certes c’est toujours les mêmes blagues qu’il raconte… Il reste toujours très bavard mais il a évité de tomber dans le piège consistant pour lui à trop parler (surtout devant un public non anglophone qui ne comprend pas tout) au détriment de la musique. Malgré ses récents et sérieux problèmes de santé, il reste un chanteur et un guitariste de très haut niveau. A noter qu’il a invité Dominique Floch (le programmateur du festival) par deux fois à venir jouer de l’harmonica.

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La troisième soirée du festival a débuté avec Leon Blue au piano solo, un Leon qui remplaçait Dave Alexander initialement prévu mais qui a dû annuler sa tournée pour raison de santé. Leon Blue, toujours aussi facétieux et séducteur s’est présenté dans un superbe costume bleu pour un set assez brouillon. Il est apparu comme une sorte de juke box vivant, enchaînant toute une série de standards, rendant un hommage particulier à Ray Charles (« What I’d Say », « Georgia ») et terminant par une version extrêmement courte et bâclée de « sell my monkey ».

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Nous avons eu ensuite le privilège d’assister au concert d’une légende de Chicago, ex guitariste d’Howling Wolf, Jody Williams. Son concert fut diversement apprécié et m’a personnellement inspiré deux sentiments contradictoires, d’un côté la satisfaction de revoir (peut être pour la dernière fois) ce grand monsieur qui a marqué l’histoire du blues, de l’autre, la tristesse de le voir physiquement diminué, aussi bien à la guitare qu’au chant. Ce guitariste flamboyant qui m’avait enchanté lors de ses deux passages à la Blues Estafette à Utrecht et ensuite à Chicago est devenu un guitariste laborieux, parfois en difficulté pour jouer ses propres morceaux. Quand à sa voix, si elle n’a jamais été très puissante, elle s’est elle aussi sérieusement affaiblie. Néanmoins, même ainsi diminué, il reste dans un état de forme correct. Il a perdu son agilité, son attaque n’est plus incisive, son doigté est moins fluide mais on reconnaît encore bien les morceaux qui restent excellents et ce style, cette marque de fabrique si particulière est toujours bien présente. Il a joué essentiellement les morceaux de ses deux CD « the return of a legend » et « You left me in the dark », commençant « à froid » par le titre « Lucky Lou » et ses fameux glissendos. Il s’est permis deux reprises assez judicieuse, « Summertime » et « T Bone Shuffle », traitées à la sauce Jody Williams. Le personnage ne laisse pas indifférent, il est apparu sympathique et chaleureux, avec beaucoup de classe, présentant chacun de ses morceaux avec certes parfois quelques trous de mémoires mais avec tellement d’humanité que je l’ai trouvé touchant, émouvant. Quoi qu’il en soit, il inspire un immense respect. Le public était semble t’il avec parfait accord avec moi car il lui a réservé une sortie triomphale. J’ai aussi bien aimé l’accompagnement très discret et très respectueux des musiciens français qui l’accompagnaient même s’ils sont apparus tendus et peu souriants. Ils ont parfaitement su mettre en valeur Jody Williams et sa musique sans jamais essayer de se mettre en avant. Néanmoins, je n’ai pas bien compris le rôle de Jean Duarte sur scène, son accompagnement fut minimaliste et sans le moindre solo. Ce concert malgré les réserves exprimées précédemment restera un concert marquant.

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Et c’est le désormais traditionnel Chicago Blues Festival qui avait l’honneur de clôturer cette édition 2011 du Beautiful Swamp Blues Festival et ils l’ont fait en beauté, un peu comme un feu d’artifice. Ils ont débuté à quatre sur scène, la section rythmique Pooky Styx (Batterie) et Melvin Smith (basse) ainsi que les deux guitaristes / chanteurs Mike Wheeler et Vino Louden, deux personnalités différentes presque opposées qui se sont pourtant parfaitement complétées.

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Mike Wheeler est un musicien au jeu de scène sobre, au jeu de guitare fin et sophistiqué et à la voix délicieusement soulful, caressante et sensuelle. Vino Louden a un style de guitare plus roots, il aime faire le show, jouer avec le public ayant même souvent tendance en faire de trop. Mais, ce dimanche à Calais, il a su trouvé le parfait compromis pour donner un spectacle dynamique, vivant, punchy. pour faire participer le public sans jamais sacrifier la musique. L’ambiance est encore monté d’un cran avec l’arrivée sur scène de Grana Louise. La « leadfoot mama » est réputée pour ses formes plus que généreuses qu’elle aime remuer sur scène et pour ses textes salaces. Comme l’indique un sticker collé sur son CD « Gettin’ kinda rough » sorti sur Delmark, ses morceaux contiennent des paroles sexuellement explicites. Elle assume bien ce côté vulgaire que certains lui reprochent. Elle a assuré le spectacle sans complexe dans un style que je qualifierais de très chicagoan et une voix puissante et une technique vocale inspirée par Koko Taylor qu’a longtemps accompagné Vino Louden. Son maquillage quelque peu outrancier soulignait son regard perçant. Elle a vraiment assuré le spectacle. C’est enfin le tromboniste / chanteur Big James qui est entré en scène en remplacement de Grana Louise. On a d’abord été surpris par sa dégaine improbable, le bonhomme a visiblement beaucoup maigri ces derniers temps mais n’a pas changé de garde robe si bien qu’il est apparu dans une chemise beaucoup grande pour lui. Son style est plus funky, son chant autoritaire et puissant. Mais, il s’est mis en évidence sur une bonne reprise du titre « That’s why I’m crying » (morceau de Magic Sam popularisé par Koko Taylor), un morceau lent sur lequel sa voix est devenue émouvante. Il s’est ensuite permis un titre rap / funk qui a surpris le public et qui fut diversement apprécié. Au final, on les a retrouvé tous ensemble pour l’incontournable « Sweet home Chicago ». Le Chicago blues festival nous avait beaucoup déçu l’année dernière, il nous a enchanté cette année, nous offrant sans doute le plus beau concert du festival grâce à un groupe soudé, homogène avec des musiciens qui se connaissent bien et s’apprécient.

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Il ne faut pas non plus oublier le duo Rag Mama Rag qui avait la tâche ingrate de jouer entre les différents concerts (sur une toute petite scène placée à la gauche de la grande scène) de manière à ce que la musique ne s’arrête jamais. Ils ont remplis leur mission avec beaucoup de talent, je pense même qu’ils sont sans doute le meilleur duo acoustique de la scène blues française. Le Beautiful swamp blues festival, c’est aussi des expositions et notamment cette année, une exposition hommage à Robert Johnson pour célébrer le centième anniversaire de sa naissance avec aussi une cuvée spéciale de champagne.

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En ce qui concerne le « off », je serai assez bref dans la mesure où je n’ai pas pu assister à beaucoup de concerts mais je tiens à préciser que j’ai beaucoup aimé la prestation de Loretta and the bad kings, une chanteuse punchy très bien accompagnée pour un répertoire essentiellement typé « Texas blues ». Thibaut Chopin fut comme à son habitude excellent à la basse alors qu’Anthony Stelmaszack fut éblouissant à la guitare. S’il habitait la Californie, sûr qu’il ferait partie des Fabulous Thunderbirds ou des Mannish boys !

Encore merci à Dominique Floch, à Carole Guerlet et à toute l’équipe du festival pour l’accueil toujours aussi excellent, pour l’organisation impeccable et pour tous les bons moments passés au centre culturel Gérard Philippe.

Jocelyn Richez texte et photos

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