Beautiful Swamp Blues Festival 2010

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Beautiful Swamp Blues Festival 2010
2010-12-07 22:46
Les concerts


Le Beautiful swamp blues festival fait non seulement de Calais la capitale du blues dans la région Nord – Pas-de-Calais, mais c’est surtout un festival qui s’est imposé en quelques éditions comme l’un des plus intéressants en France. Même la tempête de neige qui s’est abattue sur Calais n’a pas réussi à refroidir mon enthousiasme. Il y avait une superbe affiche 100% blues (je le précise car ça devient rare en France) très prometteuse qui a globalement tenu ses promesses, une salle pleine tous les soirs, un accueil très chaleureux (les nordistes sont toujours fidèles à leur réputation), une ambiance conviviale (j’aime beaucoup ces tables style cabaret), un décor vraiment superbe qui s’étoffe d’année en année et des petits prix aussi bien pour les entrées que pour les boissons et la nourriture.

Il y avait cette année encore une magnifique exposition nommée « Goin’ down south » qui me tenait particulièrement à coeur car elle mêlait des photos de Manu Frangeul sur Memphis et le Mississippi avec des peintures de Elizaveta Vodyanova. Bien sûr, c’est surtout les photos qui ont attiré mon attention, j’y ai reconnu plein d’endroits où je suis allé et d’autre où j’aurais aimé aller (par exemple ce concert de OT Sykes « the singing dentist » au Boss lounge à Memphis). J’ai bien aimé la touche artistique et l’oeil « décalé » de Manu, qui joue avec la lumière, la netteté et les couleurs, n’hésitant pas à mélanger N&B et couleurs sur la même photo.

Au niveau musical, il y a eu de belles découvertes (plutôt des confirmations pour moi) en particulier Miss Nikki et Steve Guyger. J’ai beaucoup aimé ces deux concerts avec des artistes peu connus en France et accompagnés par des musiciens français. Bravo à la programmation qui prend des risques n’hésitant pas à programmer des artistes aussi méconnus qu’excellents.
 
Ce sont les Flying Saucers qui avaient l’honneur d’ouvrir le festival sur la grande scène. Mais, orphelins de leur section rythmique habituelle, ils n’ont pas évolué à leur véritable niveau. Dommage…

Flyin-Saucers-05
 
Le second concert de cette première soirée fut celui de Steve Guyger que j’avais toujours vu sur des plateaux de vedettes (où il jouait 2 ou 3 titres maximum) ou en accompagnateur. Je le découvrais en vedette et je l’ai trouvé excellent: une véritable révélation, certes tardive pour un musicien déjà très réputé de l’autre côté de l’Atlantique.

Steve-Guyger-09

Déjà, il m’a impressionné par sa voix grave et son accent rien que quand il parlait, cette voix est également intéressante quand il chante. Son chant m’a d’ailleurs rappelé celui d’un autre grand harmoniciste/chanteur américain, James Harman. Son jeu d’harmonica est superbe alliant technique et feeling. J’ai bien aimé l’accompagnement du groupe qui autour de Jean Pierre Duarte (guitare) s’est parfaitement mis au service de son leader. Et puis, la bonne surprise, ce fut l’arrivée sur scène « en special guest » de Eddie C Campbell en très bonne forme. Il a notamment joué sa fameuse version de « Summertime » avec l’intro flamenco.
 
Mac-Arnold-21

Le concert de Mac Arnold fut aussi d’un très bon niveau, avec un leader qui ne fait pas son âge, qui dégage une énergie et un enthousiasme qui font plaisir à voir. Il discute beaucoup avec le public, aussi bien de musique que de cuisine, il a bien fait la pub pour sa région, la Caroline du sud, il m’a donné envie d’y aller un jour. Il joue sur des guitares fabriquées à partir de bidons d’huile qui font forcément penser à celles de Philippe Renault. A l’aide de son bottleneck, il arrive à les faire pleurer, à en sortir des sons magnifiques. Et puis, « cerise sur le gâteau », il a été rejoint en cours de concert par Steve Guyger et ses harmonicas.
 
La deuxième soirée démarra par l’un des concerts qui a obtenu le plus gros succès auprès du public, celui de Sean Carney. Il a commencé son concert par un morceau de country blues en solo comme il a l’habitude de le faire (généralement pour rendre hommage à l’un de ses maîtres) mais compte tenu de la taille et de la configuration de la salle avec beaucoup de mouvement lors des premiers morceaux, ce choix n’était pas forcément judicieux.

Sean-Carney-band-28

Mais ensuite, son show est monté progressivement en régime, il n’a fait que progresser en intensité et la deuxième moitié du concert fut vraiment excellente ce qui lui a valu une standing ovation. Sean Carney est un musicien très expressif, bon showman, un gars très généreux sur scène, qui se donne à fond. Son jeu de guitare est très fin, précis et fluide. Il a su varier les tempos mais aussi le volume sonore pour mieux capter l’attention du public. La section rythmique fut à son avantage avec un Abdell Bouyousfi très classe (beau costume et chaussures blanches du plus bel effet) et un Eric Blume très dynamique à la batterie.
 
Le concert suivant, celui de Sugar Ray Norcia m’a aussi beaucoup plus, jamais agressif, tout dans la finesse. Quand il chante, on a l’impression qu’il ne fait aucun effort, un peu à l’image d’un Finis Tasby, ça coule tout seul, il ne force pas le moins du monde, c’est du velours ! Le répertoire fut certes éclectique et peu original mais j’ai vraiment aimé son jeu d’harmonica sur le medley en hommage à Big Walter Horton.

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A la guitare, Monster Mike Welch a été comme à son habitude très incisif, son jeu est vraiment consistant, toujours juste et complémentaire avec le jeu d’harmonica de Sugar Ray Norcia. D’ailleurs, le groupe était d’une grande homogénéité avec une section rythmique haut de gamme, expérimentée, discrète et jamais envahissante, bref comme je les aime : Michael « mudcat » Ward à la basse ou contrebasse (suivant les morceaux) et Neil Gouvin à la batterie.
 
Jerry Portnoy qui clôturait la soirée a fait une belle démonstration technique à l’harmonica, il fut notamment très à son aise sur les titres lents mais l’ensemble a manqué de chaleur et de communication. Son jeu de scène est sobre et minimaliste. La seule fantaisie qu’il se soit permise fut une descente dans le public pour un solo d’harmonica à l’aide d’un accessoire insolite qui était me semble t’il un rouleau de sopalin. L’ancien accompagnateur de Muddy Waters et Eric Clapton reste un personnage introverti timide et anxieux. Mais pourquoi a t’il interdit toute photo après le troisième morceau ? Un caprice de star incompréhensible quand on sait qu’au méridien durant la même semaine il était possible de photographier jusqu’au dernier titre. Si le musicien est talentueux, son attitude reste discutable. En tout cas, j’ai bien aimé ses chaussures en peau de serpent et le titre qu’il a chanté en fin de concert (my credit card speeks japonese), la seule composition au milieu des gros standards et plus ou moins le seul titre qu’il a chanté car c’était son guitariste Ricky « king » Russel (par ailleurs très incisif) qui a chanté l’essentiel du temps.

Miss-Nikki-22
 
La troisième soirée débutait avec la formidable chanteuse Miss Nikki (son vrai nom étant Nicole Whitlock). Sur ce coup là, on peut remercier Manu Frangeul alias « Mississippi sax Manu » (ex harmoniciste de Malted Milk) qui a découvert Miss Nikki à Memphis et qui a organisé cette tournée. Miss Nikki a non seulement une superbe voix au niveau du timbre comme de la puissance mais surtout, elle sait parfaitement l’utiliser, la maîtriser. Elle a une énergie et un enthousiasme débordant et communicatif, elle bouge bien, communique avec beaucoup d’aisance avec le public, elle met des tenues sexy et colorées, le groupe (et notamment Florian Royo excellent à la guitare) l’a bien mise en valeur, bref, j’ai assisté à un grand concert ! Miss Nikki m’a vraiment impressionnée lorsqu’elle a interprété « At last » à la perfection. Pour le reste du concert, elle a alterné des standards divers et variés (blues et Rhythm & blues) avec quelques bonnes compos. Elle a terminé sur un « juke joint woman » bien pêchu. Je n’ai juste pas compris pourquoi elle s’est changée au 2/3 du concert obligeant le groupe à meubler quelques minutes ?

Chicago-blues-fest-09
 
Enfin, j’ai été très déçu par le Chicago blues festival, sans doute l’un des pires plateaux qu’on ait vu durant les 15 dernières années (avec les tournées de 2005 et 2006). Il y a bien sûr et heureusement eu quelques bons moments. A mon sens, le seul qui était vraiment impliqué, qui avait mis un beau costume, qui s’est donné à fond, c’est Vasti Jackson. Il s’est même permis de jouer une ou deux compositions personnelles, en particulier, son titre sur l’ouragan Katrina fut excellent. Il a profité de ce morceau pour descendre dans le public. C’est un showman, il a un regard qui transperce, il est plus qu’expressif, c’est le roi de la grimace mais je trouve qu’il en fait souvent un peu trop à tous les niveaux. Il s’est retrouvé en décalage avec le reste du groupe, il en voulait, il a joué fort (très fort), vite (très vite) il a un peu poussé les autres à « surjouer », en tous cas à jouer sur un terrain qui n’est pas forcément le leur. Je trouve que Willie Hayes notamment est meilleur sur des tempos lents ou des tempos moyens… et sur du Chicago blues traditionnel ce qui n’est pas le fond de commerce de Vasti Jackson. Néanmoins, Vasti Jackson est le seul à avoir tiré son épingle du jeu et il a sauvé ce qui pouvait l’être. Les autres n’ont pas justifié leur flatteuse réputation. Ils n’avaient pas vraiment de tenue de scène (Maurice John Vaughn était en T shirt et Nick Charles en tennis) et ont semblé démotivés et ça semblait surtout être le cas de Zora Young. Elle a beaucoup souffert de la comparaison avec les chanteuses qui l’ont précédée lors des précédentes tournées: Diunna Greenleaf et Shakura S’Aida, elle a aussi souffert de la comparaison avec la chanteuse qui l’a précédée sur la scène de Calais: Miss Nikki.
Et puis, pour ne rien arranger, mon appareil photo s’est bloqué, indiquant que ma carte n’était pas formatée ! Heureusement, grâce au logiciel photorec, j’ai pu récupérer l’intégralité de mes photos, ouf !

Black-cat-Joe-01
 
A Calais, la musique ne s’arrête jamais !, le duo  Black cat Joe (guitare / chant) et miss Corina (contrebassine) se produisait les trois soirs en entrée de soirée et à chaque entracte. A l’image de Blackberry and Mr Boo Hoo qui les avaient précédé en 2009, ils ont proposé un blues brut de fonderie, rugueux et énergique. Ce rôle est ingrat car nombreux sont ceux qui ne les écoutent que d’une oreille et moi le premier, je dois le reconnaître. J’ai surtout profité des entractes pour me ravitailler, pour regarder l’expo et le décor, pour aller au stand des cd et pour discuter avec les nombreux amis présents.
 
Sachez enfin que le beautiful swamp blues festival, c’est beaucoup plus que ces trois soirées au centre culturel Gérard Philippe, c’est aussi à l’image de « Blues sur Seine » un certain nombre d’autres événements sur trois semaines consécutives. Il m’est difficile d’en parler car je n’y ai pas assisté mais il y avait des jams sessions durant ces trois soirées animées par les Broken Back Daddy, des master class avec notamment Miss Mikki, une projection du film « cadillac records », un diner spectacle avec Nico Duportal & the rhythm revue, des concerts de John Lee Hooker Jr, Cisco Herzhaft, Little devil & the shuffle blue flames, Back to the roots, Justin Lavash, Buzztown, Tia & the patient wolves.
 
Un grand merci à Dominique Floch et à toute l’équipe d’organisation.
Et bien sûr, à l’année prochaine…
 
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