Beautiful swamp blues festival 2009 à Calais

Chroniques de concert

C’était déjà la 6e édition du Beautiful swamp blues festival cette année et après y avoir assisté, je vous avoue que je regrette d’avoir raté les 5 éditions précédentes ! Alors, tout d’abord, commençons par une petite explication car j’imagine que vous êtes nombreux (comme je l’étais moi-même) à vous poser la question: que signifie ce nom ? Tout simplement, le centre culturel Gérard Philipe où se déroule le festival se situe dans le quartier du beau marais, soit en anglais « beautiful swamp ». Et je peux vous garantir qu’après les intempéries qui ont frappé la région de Calais avant et pendant le festival, la région avait réellement des allures de marécage.

Dominique-Floch Au niveau de l’affiche de cette édition, le programmateur du festival Dominique Floch nous a particulièrement gâté avec une pléthore de têtes d’affiche américaines plus deux groupes français de niveau international. Une programmation hallucinante digne des grands festivals américains. Aucun autre festival en France n’a présenté autant de vedettes du circuit blues cette année, c’était une véritable piste aux étoiles, là vraiment, le terme festival n’était pas galvaudé. Et le public ne s’y est pas trompé car la salle a fait le plein durant les 3 jours, appréciant cette programmation homogène surtout pas racoleuse, qui ne part pas dans tous les sens, qui se concentre véritablement sur le cœur du sujet : le blues. Et ce beautiful swamp blues est bien la preuve que l’on peut remplir une salle (relativement grande) avec une programmation 100% blues, ce qui est réjouissant.

A côté des concerts, j’ai beaucoup aimé la décoration de la salle et des couloirs 100% blues aussi. J’ai particulièrement apprécié l’exposition « blues icones » d’Albert Debaecke qui avec son style naif et coloré nous fait voyager dans le temps pour s’arrêter à l’époque des pionniers de notre musique préférée. L’expo est impressionnante à la fois par la qualité et la quantité d’œuvres présentées. J’ai aussi vraiment apprécié le côté très convivial de la salle avec ses petites tables qui rappellent celles du Bay car, ainsi que le stand de CD très bien fourni

Et puis, à Calais, la musique ne s’arrête (presque) jamais car quand un groupe termine sa prestation sur la scène principale, c’est le duo Blackberry and Mr Boo Hoo qui prend le relais pour des courts (mais intenses) sets le temps de changer de plateau. C’est un duo acoustique guitare / harmo (+ chant bien sûr) survitaminé. Ceux qui pensent que le blues acoustique est forcément soporifique doivent réviser leur jugement. Leur musique est originale, brut de fonderie, énergique (parfois même speedée) reposant sur la rythmique faite en tapant des pieds sur des petites estrades individuelles portant leur nom.

Vendredi 27/11/2009
Le festival a débuté avec un « All star band » français, une sorte de Mannish boys à la française, un groupe qui porte le nom de Blues conspiracy avec trois leaders (Alain « leadfoot » Rivet, Nico « Wayne » Tousaint et Neal Black le plus français des Texans), des sidemen réputés (Pat Boudot Lamot et Stan Noubard Pacha) plus « cerise sur le gateau » Fred Chapellier en invité spécial. Il y avait là sur la scène de l’espace Gérard Philippe une puissance de feu impressionnante ! Le premier à monter sur scène fut Fred Chapellier, rendant hommage à Roy Buchanan et OV Wright. Il fut vite rejoint par Nico Wayne Tousaint et ses harmos, moins explosif que d’habitude mais il a surtout joué le rôle de l’accompagnateur de luxe. Ont ensuite suivi Alain « leadfoot » Rivet, superbe chanteur très soul avec une belle chemise « Harley Davidson » puis Neal Black, avec un côté plus rebelle, plus sauvage. Malheureusement, cette formule a un côté frustrant car chacun des leaders n’a que peu de temps pour s’exprimer et quand la sauce commence à prendre, il faut passer le relais.

Fred-Chapellier-1Neal-Black

La suite du programme était un avant goût de la nuit du blues à Bagneux avec les deux même groupes en vedette. Tout d’abord, Eddie C Campbell « the king of the jungle » vêtu d’un superbe costume blanc et armé de sa fameuse fender jazzmaster rose bonbon. C’est une des légendes du Chicago blues avec un jeu de guitare et un son reconnaissables. Il était pour cette tournée française accompagné d’une formation française composée de Jean-Pierre Duarte (guitare), Ludovic Binet (piano), Jean Marc Despeignes (basse) et Marty Vickers (batterie).
S’il nous a offert quelques grands moments avec des titres comme « Lucky Lou » l’instrumental de Jody Williams, « All your love », « Little red rooster » ou « Hideaway », il a aussi selon moi fait quelques mauvais choix de répertoire avec des morceaux qui ne le mettent pas forcément en valeur notamment un étonnant Sex machine. Bien sûr, il a joué « Summertime » qui figure sur son dernier CD avec cette fameuse introduction façon flamenco qui a fait bien réagir le public. ainsi qu’un medley rock & roll avec une intro de Chuck Berry.

JP-Duarte-Eddy-C-Campbell

Eddie C Campbell ne manque pas d’humour; il avait visiblement perdu une dent récemment, il nous expliqua de manière assez théâtrale qu’il s’était cogné contre le micro et ce fut le prétexte pour raconter une histoire drôle !
Il a fait le spectacle au final, jouant de sa guitare avec la langue (et pas avec les dents comme il a essayé de nous le faire croire l’espace d’un instant nous faisant craindre qu’il en casse une deuxième !) puis posant sa jazzmaster à plat sur le sol pour caresser les cordes avec la semelle de sa chaussure, un numéro bien rodé qu’il fait depuis longtemps.
J’ai apprécié la prestation de Jean-Pierre Duarte à la guitare qui a joué dans le style d’Eddie C Campbell. Très discret sur la majeur partie du concert, il a pris quelques soli épatants. Si j’avais fermé les yeux, j’aurais juré que c’était Eddie C Campbell qui jouait !

Zac-Harmon

Chicago-blues-festDiunna-Greenleaf-1Gregg-Wright

Pour conclure la soirée en beauté, on avait rendez vous avec la version 2009 de la traditionnelle tournée baptisée « Chicago blues festival » avec cette année aucun musicien de Chicago ! Je me demande encore pourquoi on conserve cette appellation qui n’a pas beaucoup de sens ?
Néanmoins, c’est un programme royal qui nous était proposé avec trois vedettes, Zac Harmon, le roi de la grimace, Gregg Wright, le king of Rockin’ blues (c’est le titre de son CD) et Diunna Greenleaf, la reine de Houston.
Zac Harmon, guitariste/chanteur originaire de Jackson Mississippi mais maintenant installé à Los Angeles nous a proposé un concert très électrique, parfois à la limite du rock, se donnant à fond avec une énergie et une générosité qui rappelle le Luther Allison des années 90. C’est un showman hors pair qui en fait certes beaucoup, n’hésitant jamais à grimacer, à courir sur scène, à improviser une chorégraphie avec Cory Burns le bassiste, il se passe toujours quelque chose sur scène, à ce niveau là, il rappelle Lonnie Brooks ou Buddy Guy. Au milieu de titres très énergiques, il nous a interprété un superbe blues lent « little bluebird » sur lequel il a fait preuve d’intensité, de profondeur mais aussi d’émotion. Il a été rejoint sur scène par un de ses potes, le Louisianais d’origine Gregg Wright (lui aussi installé à LA) – ils jouent chacun sur le CD de l’autre. Gregg Wright est plus célèbre pour avoir été le guitariste de Michael Jackson lors d’une tournée mondiale que comme bluesman. C’est un guitariste gaucher qui joue sur une strat de droitier à l’envers et qui est vêtu d’un chemise qui lui donne un look de chanteur de country. C’est un guitariste véloce au style moderne certes moins explosif, moins spectaculaire que Zac Harmon mais qui a su attirer l’attention malgré un passage éphémère en temps que chanteur. Il a chanté un bon blues lent « Cry myself a river » et a été ensuite assez discret, il mériterait d’être revu dans un autre contexte qui le mette plus en valeur.
C’est finalement Diunna Greenleaf qui fut la star de cette première soirée. Elle a rendu un bel hommage à Koko Taylor (« I’m crying ») puis à John Lee Hooker (« tribute to John Lee Hooker »). Elle est toujours aussi théâtrale et Zac Harmon s’est bien prêté à son jeu pour lui donner la réplique sur « Backdoor man ». Sa voix est énorme comme sa présence sur scène. La scène est son jardin, elle y donne sa pleine mesure, elle adore jouer avec le public et avec ses musiciens, elle a fait durer les morceaux avec une bonne part d’improvisation s’offrant même une petite descente dans le public. Elle fit preuve (comme d’habitude) de beaucoup d’énergie et de générosité. De toute évidence, c’est actuellement l’une des meilleure chanteuses de blues si ce n’est la meilleure.
Au final, Zac Harmon a chanté le fameux « I’m a man » mais en version française, c’est devenu « je suis un homme » !

Samedi 28/11/2009
Wes-Mackey-1
C’est le vétéran Wes Mackey (guitare et chant) qui assura la première partie de la soirée dans une formule trio inhabituelle, avec un batteur, Simon « Shuffle » Boyer et un harmoniciste, Vincent Bucher, mais pas de bassiste, Wes Mackey utilisant un drôle d’appareil pour faire les basses avec les pieds ! Ici, pas de show ni d’effet visuel spectaculaire, Wes Mackey joue assis, l’ensemble est statique ce qui nous permet de mieux nous concentrer sur l’essentiel, la musique. Et elle est bonne !
Wes Mackey propose un blues traditionnel que qualifierais de « blues à l’ancienne » assez intimiste. C’est un personnage que j’avais découvert il y a quelques années au quai du blues à Neuilly et qui a fait du chemin depuis. Il interprète son blues avec conviction bien soutenu par ses deux accompagnateurs français qui ont su se mettre au service de sa musique. La performance de Wes Mackey à Calais fut superbe et très appréciée par le public.

Tomcat-Courtney-3

C’est ensuite la perle de San Diego Tomcat Courtney qui monta sur scène dans un magnifique costume en peau de serpent pour un set en solo. Tout comme Wes Mackey, Tomcat Courtney joue assis et fait la rythmique avec le pied, tapant sur une planche en bois. Il a interprété une grande partie de son dernier et magnifique CD «Downsville blues» sorti sur le label « Blue Witch records » dont le patron Dale Baich avait fait le déplacement. A 80 ans passés, c’était sa première tournée en France et il était en grande forme. Tomcat Courtney est comme le bon vin, il se bonifie en vieillissant. Sa voix est intacte, son timbre est magnifique alliant puissance et souplesse. C’est un songwriter extraordinaire, ses titres sont de véritables tranches de vie, parfois anecdotiques, parfois poignantes comme le «Disaster Blues» au sujet de l’ouragan Katrina qui dévasta la Louisiane. J’adore son titre « Cook my breakfast » plein de doubles sens. J’ai juste regretté qu’il se soit produit en solo donc sans le groupe qui l’accompagne à merveille sur le CD mais je sais très bien que les causes sont budgétaires et c’était déjà formidable ainsi.

Dave-Riley-Bob-Corritore

C’est le duo Dave Riley et Bob Corritore qui ont pris la suite. Dave Riley, je me souviens l’avoir découvert à l’occasion du festival « Blues in Meudon » en 2002. Il est depuis devenu un familier des festivals de blues français et je le revois toujours avec énormément de plaisir. Et son association avec Bob Corritore lui a permis de franchir un pallier. En l’espace de seulement deux CD, ils sont devenus LA référence dans ce style de blues roots, rural et rustique. Ils sont parfaitement complémentaires et une évidente complicité s’est rapidement créée entre ces deux musiciens. Si Dave Riley est un grand chanteur / songwriter au rire caractéristique, Bob Corritore est lui un excellent harmoniciste qui utilise aussi bien le diatonique que le chromatique. Bob est surtout un passionné qui ne vie qu’à travers le blues. Il adore aller à la rencontre du public pour partager sa passion. Bien sûr, ils ont interprété de nombreux titres de leur tout nouveau cd dont le titre éponyme « Lucky to be living ». En fin de set, ils ont été rejoints par Dave Riley junior à la basse et Simon « shuffle » Boyer à la batterie.

J’aurais aimé voir revenir Tomcat Courtney pour un final tous ensemble comme à « Blues sur Seine » mais des contraintes horaires ne l’ont pas permis. Le concert fut superbe mais trop court, ils n’ont même pas eu le temps d’interpréter « Jelly roll king » (hommage à Frank Frost, John Weston et Sam Carr) ma chanson préférée sur leur nouveau CD, dommage…

La soirée s’est terminée avec un plateau de choix avec trois têtes d’affiche, Finis Tasby au chant, Alex Schultz à la guitare et Raphael Wressnig à l’orgue. Cela fait maintenant quelques années que ces trois musiciens collaborent et on ressent une grande cohésion dans le groupe. Par rapport aux deux sets précédents, leur musique est plus sophistiquée, plus jazzy, plus feutrée. Ils ont tous trois beaucoup de classe. Le chanteur des Mannish boys Finis Tasby dans son superbe costume violet a donné comme à son habitude une impression d’aisance sur scène, il ne force jamais sa voix de velour, une voix caressante et sensuelle. Et la magie a fonctionné…

Finis-Tasby-1

Tout comme Tomcat Courtney, il est originaire du Texas et installé en Californie (à Los Angeles) depuis longtemps. Il collabore avec les plus grands musiciens locaux, notamment ceux de l’écurie Delta Groove comme Kid Ramos et Kirk Fletcher mais aussi avec Alex Schultz surtout pour les tournées européennes. Et le répertoire de Finis Tasby convient à merveille au jeu de guitare fluide et raffiné du virtuose Alex Schultz. J’ai particulièrement apprécié ses soli dans les titres « Cold cold feeling » (dans le style de T Bone Walker) et « As the years go passing by ». Et comme Raphael Wressnig n’a pas été envahissant comme ça lui arrive parfois (il a certes joué avec un volume sonore assez élevé), sans oublier l’apport de Christian Bachner au saxophone, cela a donné un excellent concert.

Et puis, pourquoi le cacher, à mon goût, cette soirée du samedi fut la meilleure des trois soirées du festival. Les fans de blues ont vraiment été gâtés !

Dimanche 30/11/2009
C’est le groupe Malted Milk qui ouvrait les hostilité dimanche soir, un Malted Milk « nouvelle formule » toujours articulé autour de son leader historique et charismatique Arnaud Fradin qui est le dernier membre original du groupe, il en est le chanteur, le guitariste et tout tourne autour de lui. La rythmique (basse, batterie) était composée de deux anciens Spoonful dont Igor Pichon à la basse, le groupe étant complété d’un guitariste rythmique et du toujours excellent Cedric Le Goff à l’orgue. Moi, je suis un nostalgique de Malted Milk première formule avec son répertoire « Chicago blues ». Désormais, ils ont changé de style, jouant une musique soul / funk et Memphis sound. C’est super bien fait, très léché mais personnellement, ça me fait moins vibrer. Heureusement, ils m’ont fait plaisir en fin de concert en jouant un long blues lent sur lequel Arnaud Fradin fut magistrale à la guitare. Ils ont remporté un gros succès à l’applaudimètre et à la vente de CD. Les 50 exemplaires qu’ils avaient amenés ont été vendus rapidement. Aucun autre groupe n’a fait mieux durant le festival.

Nora-Jean-Bruso

Et c’est un groupe de Chicago qui avaient l’honneur de clôturer ce beau festival, en l’occurrence Carl Weathersby et son groupe avec Nora Jean Bruso en invitée. Le passage de Nora Jean Bruso sur scène fut impressionnant; elle est certes moins théâtrale que Diunna Greenleaf mais elle a en commun cette grosse voix et il fallait une grosse voix pour s’imposer avec un Carl Weathersby qui derrière avait mis le volume au maximum, pas seulement pour ses solos, mais aussi quand Nora Jean chantait ou quand Cory Bran Denniso, le deuxième guitariste prenait un solo.
Bref, Nora Jean Bruso a chanté deux ou trois titres (seulement) issus de son dernier album et elle est partie. C’était excellent mais avec un petit goût d’inachevé. J’étais persuadé comme l’ensemble du public qu’elle reviendrait au moins au rappel, mais non !

Carl-Weathersby-1

Ce fut ensuite le show de Carl Weathersby, dans un style très Albert King (son ex patron), en leader très autoritaire et qui laisse peu de place aux autres et avec un niveau sonore un peu excessif. Pas de doute, c’est un superbe guitariste précisément dans le style d’Albert King, ses plans de guitare même un peu répétitifs font vraiment du bien, moi, j’adore mais il y a quand même un certain nombre de détails qui m’ont gêné. Par exemple, j’aurais aimé entendre un peu Cory Bran Denniso, le deuxième guitariste qui se donnait à fond mais un peu dans le vide.
Et si Carl Weathersby est un guitariste convainquant, il nous réserve toujours un passage où il joue les crooners. Je l’aime beaucoup moins dans ce registre, heureusement, cette fois ce fut court à l’image de l’ensemble du concert. Et il a fallu beaucoup insister pour obtenir un bref rappel sans Nora Jean Bruso. J’aurais aimé un peu plus de générosité à l’image de la prestation des musiciens de la tournée « Chicago blues festival » deux jours auparavant.

La soirée n’était cependant pas encore terminée et elle s’est conclue par un boeuf auquel ont participé les musiciens de Malted Milk, Blackberry & Mr Boo Hoo, Cisco Herzhaft, Dominique Floch et son groupe the Wild guys.

Je précise aussi que le festival proposait outre ces trois soirées, un certain nombre de concerts et d’évènements autour du blues auxquels je n’ai pas pu assister. J’ai ainsi raté les concerts de Sophie Kay, Back to the roots, Maharadjah Pee Wee Jones, Little fat daddy and the wild guys, the parabolics et Cisco Herzhaft, la projection du film « un jour avec RL Burnside » de Sophie Kay et la conférence de Gérard Herzhaft.

Un grand merci à l’équipe d’organisation pour ce super festival et en particulier à Dominique et Carole pour l’accueil chaleureux.

http://www.myspace.com/centreculturelgerardphilipe

vidéos :

Jocelyn Richez
http://www.myspace.com/jocelynrichez

 

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