BAR 2018

Chroniques de concert

Toute la musique que j’aime, elle vient de là elle vient du blues
Les mots ne sont jamais les mêmes pour exprimer ce qu’est le blues…

Penser évoquer Michel Mallory et Johnny Halliday pour parler d’un festival de blues ne paraissait pas évident avant que nous nous trouvions à Beaumont en Véron pour la quatrième édition du BAR (Blues d’Automne en Rabelaisie). D’autant que cette édition était sensée être centrée autour de la Nouvelle Orleans et des trois cents ans de la belle en bordure des bayous.
Mais voilà rien ne se déroule comme prévu. Tout d’abord 6 semaines avant le festival, le tourneur de Dumpstaphunk annonce que pour quatre dates en France il ne déplaçait pas le groupe. Colère légitime et hargne de l’équipe des Cinquantièmes Rugissants, l’Asso qui gère à l’année la programmation du Temps des Crises et de ce festival en pays chinonais. Alors que tout était prêt pour le tirage des flyers, affiches, T-shirts et autres, ce pépin s’apparentait à un gros problème : tout revoir et trouver un groupe qui accepte de reprendre le flambeau. Cette question se régla en quelques jours…

J’y mets mes joies, j’y mets mes peines et tout ça devient le blues
Je le chante autant que je l’aime et je le chanterai toujours

Pourtant, les malheurs ne s’arrêtaient pas là. Plus dramatique, Francky, un des fondateurs de l’Asso était emporté par un cancer à 50 ans quelques jours avant l’ouverture du festival. Il était difficile de conserver au cours de la déambulation prévue le samedi dans la matinée le défilé derrière un corbillard pour faire un pied de nez à la Camarde dans le cadre de l’enterrement de la mauvaise humeur !
Donc c’est dans ces conditions que nous arrivâmes à Beaumont le vendredi mais comme le veut le tradition “ the show must go on go on” ! Et nous retrouvâmes d’entrée de jeu l’ambiance de ce petit festival bon enfant où gens du crû croisent les fidèles festivaliers du grand ouest. Hormis le réaménagement de la scène extérieure et les grands barnums pour un meilleur confort des spectateurs assis et couverts (cela sera utile le lendemain), peu de changement, l’entrée s’effectuant sous la bannière 2018 du festival.

Commençons par MBB Crew, groupe normand amené par ses chanteurs guitaristes qui à tour de rôle, prennent les soli. Tout d’abord crispés, les membres de MBB Crew démontrent qu’ils ont les capacités, se lâchent progressivement et embarquent le public de plus en plus nombreux à chalouper. Une ou deux chansons en français nous rappellent Bill Deraime ou les Stocks. Bref une excellente prestation qui s’annonce de bonne augure pour le reste de la soirée
Emmenés par Charles Ducroux, guitariste mais aussi peintre (voir sa toile en couv du CD) les Loscar Combo, trio eux aussi normands, chargés de la première partie de soirée s’en tirèrent à leur avantage avec une sélection de covers bien affutées de Tom Waits à Johnny Clash sans oublier Allen Toussaint (NOLA oblige) et plus surprenant deux reprises de Bashung (Osez Joséphine et J’écume) qui embarquent le public.
Nous arrivait ensuite un Andy J. Forest barbu poivre et sel (nul ne fait en rajeunissant) en compagnie des musiciens italiens qui semblent l’accompagner lorsqu’il est de ce côté-ci de l’Atlantique. Et là, embarqués par les quatre musiciens, ce n’est pas la Nouvelle Orléans que nous avons visité. A bord d’un bateau de croisière, ce sont toutes les musiques du Golfe du Mexique. Relevée de mento, mambo, rumba, la croisière que nous ont offerte les musiciens s’est tour à tour épicée de toutes les saveurs caribéennes y compris de calypso à la sauce cajun. De “Je joue“ devenu un traditionnel en ouverture de son spectacle, celui-ci s’est déroulé sans encombre et pour nous permettre de réaborder en forme, nous avons eu droit à “Never Been to Chicago“, autre grand standard d’Andy. Dommage que ce grand artiste ne soit pas plus présent en France !

Samedi, contraints nous ne pouvions être sur place tôt et ce n’est qu’au moment où la pluie gifla pendant quelques minutes les stands et les tentes à l’extérieur, faisant sauter le courant que nous nous installâmes. Bref notre participation au off fut fort réduite. Direction la salle polyvalente pour les spectacles en intérieur.

Premier ce samedi, The Yellbows, groupe incisif et entrainant, emmené par Stéphan Notari à la batterie, washboard et aux vocaux, ce quatuor où sont fortement présents des instruments très typés banjo (Thibaud Roussel), sousaphone (Alexis Borrely) trombone (Matthieu Maigre) n’est pas seulement un groupe du sud de la France mais joue aussi une musique du sud (des Etats Unis). En équilibre entre brass band, jazz et rock, le quatuor nous joue beaucoup ses propres compos. C’est avec brio qu’ils ont animé les planches. Seul regret qu’ils ne soient pas descendus parmi le public alors qu’ils ont le matériel pour déambuler. Super et rafraichissant de voir et d’entendre un groupe mélanger à leur sauce les influences trad et la musique plus contemporaine de NOLA.

Suivirent Fred Chapellier & The Gents featuring Dale Blade. Que dire qui n’ait été dit sur cette rencontre lors du Cahors Blues Festival 2014 et des suites que lui ont donné les deux protagonistes. La sortie en début 2018 du Cd avait marqué les esprits tant Fred concentré sur la guitare laissait toute la place au chant à Dale Blade, ce véritable Néo Orléanais, natif de Trémé qui a bourlingué dans la musique depuis pas mal d’années. Cet assemblage n’était pas sans nous rappeler le meilleur de la rencontre avec Billy Price il y a quelques années. Donc du bon, du très bon où la voix de velours de Dale se marie aux soli de Pascal » Bako » Mikaelian à l’harmonica et à ceux de Fred à la guitare. Accompagnés d’une excellente rythmique les trois frontmen nous délivrent un vrai show chaleureux.
Un Black Magic Woman de Peter Green pour nous rappeler que le tribute de Fred au guitariste de Fleetwood Mac vient de sortir et envoyez c’est pesé !

 

A l’extérieur, Jimmie Wood et JJ Holiday ont convaincu ceux qui se sont déplacés dans leur interprétation de blues bien roots à leur sauce.

Pour finir la soirée, après un inter plateau un peu long nous arrivait Leon Newars (anagramme de New Orleans) groupe français amené par Vinz, d’origine bordelaise mais qui a vécu 2 ans en Louisiane et en a ramené dans ses bagages des éléments qu’il avait mis en valeur dans un premier opus The Birth of Leon Newars en 2013 et poursuivi avec son second album intitulé Leon Newars.
Mélangeant Jazz, blues et rythmes caribéens avec même des apports venus du rap, les 9 membres du combo présent ce soir ont fait oublier la défection des Dumpstaphunk. Les soli de Vinz au piano, ceux de Florian Royo à la guitare, les envolées de la section de cuivre étaient bien venues. Dommage que le public (comme votre serviteur, fatigué) se soit éclipsé en cours de show.

Retour sur site le dimanche avec du lourd annoncé. Les Imperial Crowns n’étaient pas venus uniquement pour la prestation des deux leaders la veille au soir. C’est tout le groupe qui nous a foutu une baffe. Passé l’impression d’avoir des clones stoniens ou d’un mélange d’Iggy Pop et de Blues déjanté, nous nous laissons largement prendre par les rythmiques frappantes, les mimiques et harangues de prêcheur de Jimmie Wood. Chapeau messieurs vous avez mis le feu. Le public était incandescent !

Nous redoutions beaucoup le passage de Beverly Jo Scott après la tornade des Couronnes Impériales. Mais, habituée des cyclones, c’est une autre approche du blues que Beverly nous a administré. Toujours avec ses foulards drapant pieds de micro et autres emplacements, invoquant les esprits, la native de l’Alabama, place ses chansons dans un autre champ : celui des esprits, des rencontres, de l’amitié de la fraternité. Celle qui est coach musical dans the Voice sur la RTBF depuis plusieurs années amène un groupe jeune et dynamique où chacun s’avère très professionnel. Mais la plus extraordinaire demeure la meneuse. Donnant place à son pianiste pour un titre (il en refera un second) elle va se placer avec ses deux choristes faisant choeur et corps avec elles. Puis c’est à ces mêmes choristes de se retrouver front woman. Belle humilité de la part de Beverly Jo que bien des artistes devraient imiter ! Mais cela ne s’arrête pas là. Après un House of Rising Sun Beverly nous dit que chacun a son approche et que nous Français nous avons la notre avec cette chanson invitant le public et ses musiciens à reprendre le pénitencier. Belle émotion qui s’accentuera avec l’appel aux membres des Cinquantièmes Rugissants à la rejoindre sur scène pour exorciser le deuil de Francky qui était un fan intégral de la dame. Ah oui , elle a chanté Le Sud, Mona Lisa Klaxon et nombre de ses succés mais cela est secondaire devant la joie, l’émotion et le plaisir délivré !

Que dire de plus ! Emotion sensibilité, joie et peine tout est là ! Et c’est pour de tels moments que nous reprendrons

Le blues ça veut dire que je t’aime et que j’ai mal à en crever
je pleure mais je chante quand même c’est ma prière pour te garder

La musique vivra tant que vivra le blues…

 

Serge Sabatié et photos Miss Béa

 

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