Bagneux blues night 2007

Les concerts

Pour commencer, un petit reproche pour l’organisation, alors que les portes devaient être ouvertes comme annoncé à 19h00, elles ne l’ont été en réalité qu’après 19h20, laissant le public attendre dehors sous une pluie battante et continue et avec une sécurité arrogante et plutôt antipathique. Bref, en rentrant, c’est un anorak trempé que j’ai confié au vestiaire et le public avait une bonne raison d’avoir le blues !
Autant le dire tout de suite, cette nuit du blues 2007 était un grand cru, sans aucun doute un des meilleurs de ces 10 dernières années avec les éditions 1998 (Eugène « hideaway » Bridges, John Primer et Vance Kelly) et 2004 (Julien Brunetaud, Keith B Brown / Keith Dunn et Jody Williams, Deitra Farr et Andrew Jr Jones). Si Jacques Perrin a passé la main en tant que rédacteur en chef du magazine « Soul Bag », il reste l’incontournable présentateur ce grand rendez-vous annuel.

 

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Carte blanche au One Way Café
Ces dernières années, la soirée s’était déjà ouverte avec des plateaux inédits de pianistes français (2004) ou de chanteuses françaises (2005), cette fois ci, le concert d’ouverture était libellé « carte blanche au One Way », le but étant de reproduire l’esprit et l’ambiance des fameuses jams du lundi soir au One Way, le juke joint parisien. On y retrouvait donc logiquement les « piliers » de ces jams Gulliver Allwood (saxophone) en présentateur un moment relayé par Yann Cole, K-Led Bâ’Sam, Philippe Devin, Marc Loy (guitares), Stephane Poterlot, Thierry Jasmin Banare (basse), Julien Audigier (batterie), Fabien Saussaye (piano) ainsi qu’une section de cuivres (Olivier Bridot à la trompette et Olivier Laudrain au sax tenor en plus de Gulliver Allwood) et la chanteuse Shanna Waterstown.

Le concert débutait par un instrumental (Chicken Shack) sur lequel Gulliver Allwood s’est donné à fond et se déchaînant d’entrée, faisant le show et s’autorisant une descente dans le public. Il rendit plus tard un hommage très réussi à Big Jay Mac Neely, l’une de ses influences majeures. Par contre, ce n’était sans doute pas une bonne idée de jouer « amazing grace » dans ce contexte. L’autre moment faible du set fut la partie chantée par Marc Loy, sans mettre en cause ses qualités de chanteur et de musicien, les titres swamp et lancinants après quelques instants de folie étaient mal venus, faisant retomber l’ambiance. D’autant que le blues en français a toujours plus de mal à passer auprès des amateurs de blues. Il aurait dû soit passer en premier, soit jouer des titres plus dynamiques, plus festifs. Ces deux réserves étant faites, le set a été une réussite avec beaucoup de mouvement sur scène, de la vie, de l’énergie, des morceaux variés. C’était l’occasion pour le public de découvrir en un seul concert une bonne partie de la scène blues parisienne. Il y avait toujours beaucoup de musiciens sur scène, mais sans que ce ne soit la cacophonie et que cela parte dans tous les sens, sans que cela ne fasse trop improvisé, sans temps mort ni moment de flottement. Bref, il y avait une bonne qualité d’écoute, de la fraîcheur et du respect. Dans ce contexte, il y en a un qui a particulièrement tiré son épingle du jeu, c’est K-Led Bâ’ Sam, (qui ne jouait pas sur sa fender télécaster habituelle mais sur une gibson prêtée par Philippe Devin) chantant deux titres et se lançant dans un duel de guitare aussi spectaculaire qu’amical avec Yann Cole. K-Led était très honoré de jouer sur la même scène que deux de ses idoles (Lurrie Bell et Tail Dragger) assurant une performance magnifique aussi bien au chant qu’à la guitare avec un son très proche de celui d’Albert King. Philippe Devin malgré un trop court passage et l’incontournable Fabien Saussaye, malgré une position de sideman se sont aussi mis en évidence. Enfin, Shanna Waterstown, annoncée par Gulliver comme la diva du One Way, parfaitement accompagnée par K-Led Bâ’ Sam à la guitare a encore impressionné, s’imposant comme la meilleure chanteuse de la scène blues française. Elle a chanté « Let me love you baby » et « let the good time roll » avec l’ensemble des musiciens pour un final en forme de feu d’artifice. Il ne faudra pas rater son nouveau CD qui sera très prochainement dans les bacs…

Cette première partie inédite fut une belle réussite, merci à Jacques d’en avoir eu l’idée, et puis pour retrouver ces musiciens, ces piliers de la scène blues parisienne, n’hésitez pas à vous rendre au One Way où la programmation est toujours excellente, l’ambiance chaude et festive.

 

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Joe Jonas
Le deuxième set était l’occasion de découvrir le chanteur harmoniciste texan (originaire de Beaumont et installé depuis longtemps à Dallas) Joe Jonas. Initialement, c’était Wallace Coleman qui était programmé pour ce deuxième plateau, mais sa tournée fut annulée et c’est Joe Jonas, de son vrai nom Joseph Jones qui le remplaçait. C’était l’occasion de découvrir un artiste peu connu de ce côté de l’Atlantique, il faut dire que ce n’était que le premier voyage en France pour ce papy âgé de 70 ans. Mieux vaut tard que jamais !

Je le connaissais juste par un CD compilation « Texas Bluesmen » sorti en 1995 sur le label texan Topcat où il partageait la vedette avec deux autres chanteurs locaux, Robert Ealey et Curly « barefoot » Miller. Il a par ailleurs enregistré au moins 5 autres cd pour des petits labels locaux. Pour cette tournée, il était accompagné par les musiciens de tempo blues, avec à leur tête Jean Pierre Duarte (guitare) mais aussi Vincent Talpaert (basse), Simon Boyer (batterie) et Ludovic Binet (piano), ceux qui avaient accompagné Paul Oscher cet été. Si avec Paul Oscher, au moins pour le concert de la Charité, la sauce n’avait pas bien prise, cette fois leur accompagnement et leur entente avec Joe Jonas furent excellents. Physiquement, ce petit bonhomme trapu au crane rasé a des faux air de Roy Gaines, au niveau du visage et des expressions mais aussi pour sa prestance. Il est arrivé sur scène avec une canne artisanale faite « maison » (qu’il a immédiatement posé à terre) et couvert non pas d’un chapeau comme il en a l’habitude mais d’un bonnet de laine qu’il a vite retiré. Car si dehors, c’était le déluge, dans la salle, il faisait très chaud à l’image de l’ambiance, il a même abondamment transpiré. J’ai découvert un véritable artiste du chitlin circuit avec une superbe voix de baryton soul blues, claire, chaude et parfaitement maîtrisée, un gars souriant, rayonnant, visiblement très heureux d’être là et de chanter devant un public à la fois si nombreux et si enthousiaste. J’ai de plus apprécié son répertoire original et intéressant. Peu de standards dans ce set, juste une version très bien interprétée de « The thrill is gone ». On sent bien que le bonhomme a du vécu, et il nous raconte quelques tranches de vie, par exemple qu’il a joué à la célèbre prison de Huntsville. Son jeu d’harmonica n’est certes pas flamboyant, il est plutôt simple, fait généralement de phrases courtes mais toujours pertinentes et vraiment blues. Il nous a réservé un final spectaculaire, très ghetto, dans l’esprit d’un Bobby Rush ou d’un Little Scottie, où même le public français qui a souvent du mal à comprendre les paroles a là bien compris le sujet de la chanson en le voyant se caresser puis utiliser sa canne pour simuler une masturbation. Bref, une bonne découverte que ce Joe Jonas, un artiste à revoir.

 

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Chicago blues festival
Enfin, comme c’est la tradition à Bagneux, la soirée s’est terminée avec le « Chicago blues festival 2007 », un plateau qui avait cette année des allures de dream team, avec une fois n’est pas coutume des musiciens réellement originaires de Chicago et notamment trois têtes d’affiche provenant du West side: Tail Dragger, Lurrie Bell et Eddie Taylor Jr. Et puis, il faut remarquer que cette tournée 2007 ne comporte pour une fois pas de chanteuse. Autant le dire tout de suite, ce « Chicago blues festival 2007 » a globalement tenu ses promesses malgré quelques réserves, s’appuyant sur une rythmique de haut niveau comprenant deux habitués de ses tournées, deux « valeurs sures », le batteur Willie Hayes beaucoup de classe et de finesse et le bassiste Russell Jackson en leader présentateur et chanteur pour les premier morceaux du set. Très vite, on remarque l’harmoniciste Martin Lang vêtu d’une belle chemise « western » qui lui donnait plus l’air d’un musicien de country que d’un bluesman. C’est sans doute le moins connu du plateau, il se révèle être un excellent soliste bien plus intéressant à mon goût que Billy Branch pourtant plus connu. Il fut l’harmoniciste du groupe de Rockin’ Johnny avec lequel il avait aussi enregistré avec Tail Dragger, notamment sur le superbe cd « American people ». Il est aussi l’auteur de quatre compositions instrumentales très intéressantes sur le cd compilation « Harmonica blues orgy » qui présentait quatre harmonicistes de la scène de Chicago, Willie « big eyes » Smith, Little Artur Duncan, Easy baby et donc Martin Lang.

Après les quelques titres d’introduction chanté par Russell Jackson, c’est Eddie Taylor Jr qui prit le relais. Soyons francs, Eddie Taylor Jr fut le seul à ne pas être vraiment digne de sa réputation. Si son jeu de guitare est certes toujours d’une grande finesse, dans la droite ligne de celui de son père, à Bagneux, il a malheureusement passé tout le concert à se battre avec sa guitare qu’il avait visiblement achetée récemment et qui ne lui donnait pas satisfaction, et ça l’a rendu particulièrement nerveux, lui qui a plutôt une personnalité calme et introvertie. Evidemment, ce n’est toujours pas un showman, il manque de charisme et de présence sur scène, il a plus le profil d’un (excellent) accompagnateur que celui d’un leader. Il s’est contenté sans grande surprise de chanter des standards, un titre de son père (big town play boy), un Jimmy Reed, un Magic Sam etc…

Et pour les parties chantées par Tail Dragger et Lurrie Bell, il fut étonnant effacé, comme étant absent tout en étant présent (je me comprend !) ne prenant plus le moindre solo. C’est d’ailleurs l’un de mes regrets, c’est de n’avoir pas vu les deux guitaristes Lurrie Bell et Eddie Taylor Jr qui auraient pu être complémentaires se renvoyer la balle, se tirer la bourre, se lancer dans des duels de guitare mais il n’y a apparemment pas une grande complicité entre ces deux guitaristes qui ont pourtant beaucoup de points communs.

Puis, c’est la longue carcasse de Tail Dragger qui entrait en scène en même temps que Lurrie Bell. Tail Dragger est toujours aussi maigre, un peu diminué physiquement ce qui l’a obligé à chanter essentiellement assis, mais la voix est intacte et son sens du show également. Il est toujours aussi bavard, sa présence reste exceptionnelle, avec un côté très théâtral, il n’a sans doute pas d’origines italiennes pourtant, il utilise énormément ses mains, sa dégaine est unique le chapeau vissé sur son crane dégarni mais sans son fameux cigare, loi Evin oblige !

Il adore impliquer le public et fait même monter furtivement un spectateur sur la scène. Même s’il n’a pas fait le tour de la salle comme il a l’habitude de le faire à Chicago, son set fut indiscutablement le sommet de la soirée, parfaitement accompagné par Lurrie Bell et Martin Lang. Il a chanté les principaux titres de son dernier CD, le fabuleux et indispensable « My head is bald, live au Vern friendly lounge, Chicago » (avec notamment Lurrie à la guitare):

« Sitting here singing my blues » pour commencer, puis « my woman is gone », « tend to your business » et une version fantastique de « My head is bald » pour laquelle il a posé le chapeau sur le pied du micro. Ses moments avec celui qui fut longtemps considéré à Chicago comme un clone d’Howlin’ Wolf furent réellement magique, des moments que j’ai vraiment savouré d’autant plus qu’il se produit assez peu même à Chicago. Tail Dragger est l’un des derniers blues shouters, l’un des derniers représentant

Quel dommage qu’il soit parti si vite, j’en aurais bien pris quelques morceaux de plus…

C’est à Lurrie Bell que revenait l’honneur de conclure la soirée pour un final de toute beauté malgré l’effacement quasi total d’Eddie Taylor Jr à l’autre bout de la scène. Un Lurrie Bell au maximum de sa concentration et de son implication qui a mis toute son âme dans ce concert, jouant avec un maximum de profondeur et d’émotion. Il était comme transporté sur une autre planète, faisant complètement abstraction de tout ce qui se passait sur scène et dans le public, la terre aurait pu s’écrouler autour de lui, rien n’aurait pu l’arrêter. J’imagine que les évènements tragiques qui ont marqué sa vie ces dernières années l’ont profondément marqué et changé son attitude, il jouait avec une sorte d’urgence, comme habité, comme si sa vie en dépendait, les notes lui sortaient des tripes avec une énergie incroyable, on ne pouvait que partager cet élan musical. C’est vraiment cela, le blues que j’aime. J’ai néanmoins regretté le choix d’un répertoire de standards un peu « passe partout » comme il a maintenant l’habitude de faire mais avec des interprétations personnelles, inouïes, notamment un « five long years » déchirant. Curieusement, il n’a pas fait la promo de son nouveau cd tout juste sorti dont il n’a pas joué le moindre titre. Pour le rappel, Tail Dragger a fait son retour sur scène pour un dernier morceau avec tous les musiciens de ce « Chicago blues festival 2007 ». Belle conclusion pour une formidable soirée qui s’est terminée tard dans la nuit, pourtant, je n’ai pas vu le temps passer … Comme la majorité des spectateurs, j’étais fatigué mais ravi et j’avais du mal à quitter la salle Léo Ferré, restant à discuter avec les musiciens et quelques amis, profitant également pour acheter le nouveau cd de Lurrie Bell.

 

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Jocelyn

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