Aimez-vous Greg Brown ?… (part #1)

Anthologie

Greg Brown… d’abord il y a cette voix de basse énorme balançant son Blues à la manière d’un torrent de montagne, capable d’arracher à ses rives des pans entiers de mélancolie, d’humour et de tendresse en dénudant les racines de celles-ci. Une sorte de croisement entre celles de Lee Marvin, Léonard Cohen et Johnny Cash période « Américan Recordings » avant la bouteille à oxygène Black Label.

Du premier, il n’a pas oublié la roublardise, voire l’ironie vacharde, du style à avoir écrit pour le tournage du film de Logan « La kermesse de L’Ouest » en 1969, sur la paroi du wagonnet dont les héros se servent pour ratisser les autres mineurs la phrase : « If you drink, don’t talk, If you talk, don’t drink »…
Devise toute savoureuse et qui prend tout son relief quand on sait que le titre original est « Paint your wagon ». Bien à l’image de l’ancien marines de Saipan qu’il était et paraît-il un des plus décoré mais aussi et surtout un des plus punis. Le seul « acteur » a avoir pu faire passer le grand Clint à presque 30 balais pour un bleu bite du flingue, du tamis et de la
bouteille.


Greg Brown sur scène (photo G. Wood)

Du second il possède, en moins cynique, cette faculté de distiller des textes au scalpel ou l’humour n’est jamais loin du désespoir et le désespoir de la tendresse. Je pense à cette chanson sublime de Greg Brown, la première de son album « The Poet Game » sorti en 94 chez « Red House Records » et distribué par Skyranch, qui s’intitule « Brand New ’64 Dodge ». Sans jamais le citer, elle est pour moi la chanson définitive sur la boucherie démocratique et émotionnelle qu’a symbolisé l’assassinat de Kennedy. Je ne résiste pas à vous citer les derniers couplets :

« She’s got short red hair and blue eyes
and her swinsuit’s also blue
and her little brother is retarded
but Jésus loves him, too
And Jésus loves our président
even though he is catholic.
There’s a lot for a boy to think about
as he walks along the railroad tracks…

And my sister won’t get carsick
’cause we’re only going half a mile
and the car still has that new car smell
and Dad looks like he might smile
and the world is big and full of Autumn
and I’m hungry as can be
and we’re in our brand new ’64 Dodge
…November of 63 ».

Bien sur le texte est codé mais il faut dire qu’à l’époque, les regards et les âmes étaient en plein brouillard, les seuls feux que proposaient ceux qui étaient aux commandes, carbonisaient les chairs et les rêves de pas mal de mecs au Vietnam.

De l’homme en noir, il a ce grain de voix hanté qui donne l’impression que ses cordes vocales sont des câbles lui permettant de descendre au plus profond de ses émotions. Là où se trouve la veine et le coeur du filon. On est pas loin du sanglot comme dans « Further In » sorti en 1996 (sorti chez les mêmes épiciers que « Poet Game », ce disque a reçu 4 étoiles chez Rolling Stone). Cette galette, une des plus âpres que je connaisse par son dépouillement se déguste comme un alcool fort. On se sent cramer d’émotion à l’intérieur, les larmes aux yeux mais une fois passé le choc, la chaleur de celles-ci se répand dans les tripes tel les premières lueurs de l’aube après une nuit de manque. Et puis entendre Kelly Joe Phelps et Bo Ramsey jouer ensemble sur les 12 titres de ce chef d’oeuvre est un régal.

Pour Bob Ramsey son rôle de guitariste, de producteur mais surtout d’ami de Greg Brown lui confère une place primordiale dans son oeuvre. Bob possède un pedigree impressionnant, Lucinda Williams s’est fait produire par lui et le convie à ses enregistrements (« Car Wheels on a Gravel Road » sorti en 1998 chez Mercury produit par Steve Earle où il tient la gratte, « Essence » chez Lost Highway Records en 2001) et l’engage pour ses tournées. Jeffrey Foucault, Iris Dement, Pieta Brown (Fille de..), Kevin Gordon, Ana Di Franco, Larry Long, Dave Moore, Teddy Morgan, Joe Price, Kate Campbell (Sublimissime… que devient elle ?), David Zollo ne peuvent pas s’en passer et n’arrête pas de faire appel à lui. Il trouve encore le temps de sortir des disques sous son nom. Dernier en date « Stranger Blues » sorti chez Rounder en 2007, rendant hommage à ses maitres dans des versions hantées et décalées de leurs classiques. A retenir un « Crazy Mixed Up World » sans une note d’harmo.

Il est évident que Mark Knopfler et pas mal d’autres ont beaucoup écouté Greg Brown pour le chant et Bo Ramsey pour cette façon unique de jouer de la guitare. On peut ajouté à ça une brochette de covers par de nombreux confrères, tels que : Willie Nelson, Santana, Rainer Ptacek, Shawn Colvin, Mary Chapin Carpenter et Michael Johnson. Quand à J.J Cale c’est à se demander s’il n’a pas grandi dans le même mobil-home. Car, enfin… cette blague a débuté en 1974 avec l’album « Hacklbarney » enregistré avec Dick Pinney.

Vingt huit albums et un tribute plus tard, deux Indies Awards et plusieurs nominations aux Grammy au compteur, Greg Brown a sorti en 2006 « The Evening Call » toujours chez Red House Records. Douze titres, douze nouveaux petits bijoux dédiés à Robert Feldman le fondateur de Red House. Avec « The Evening Call » notre homme frôle la perfection. Le livret intérieur se déplie comme un carte. Des photos sublimes évoquent l’univers de Stephen Shore : (Routes désertes, chambres de motels vides, tables de nuits, épaves de voitures…). Il y a chez Greg Brown du Raymond Carver, du Larry Brown… ses frères de gnôles mais pas seulement car le style de la maison n’est pas du genre à vous donner à chaque chanson l’envie de vous trancher les veines et tresser une corde avec pour vous pendre. Nada ! (à suivre…)

Paco

 

les 5 derniers articles de paco

0 Commentaires

Laisser une réponse

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi
DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?