Petit retour sur la 17e édition du Cognac Blues Passions

Les concerts


Le festival de Cognac est un grand évènement musical hexagonal, à preuve les petites nouveautés instaurées pour cette 17e édition :

  • création d’un bracelet en tissu pour identifier par différentes couleur les festivaliers : musiciens, accrédités, détenteurs d’un pass (fini le poinçonnage des cartes tous les jours), comme dans bien d’autres manifestations musicales se déroulant sur plusieurs jours.
  • Eco cup recyclable avec le logo du festival (qui permet d’accroitre sa collection personnelle pour les futurs pique-niques familiaux)
  • Jeton bleu (ben oui !) pour monnaie d’échange utilisable sur le jardin municipal (et au blues des Anges) mais pas dans les bars en bleu.

Bref, des petites nouveautés sensées soit faciliter l’accès au différentes scènes payantes, soit ramener un souvenir annuel (marketing oblige).

Cognac, au delà de ces aspects anecdotiques, reste le rendez-vous annuel du milieu blues hexagonal voire international où tous les courants sont présents. Aussi comme d’habitude, les commentaires en ce début de festival vont bon train : pas assez de blues, trop de soul, de new soul pour attirer les jeunes, des programmations sur la grande scène qui n’attirent pas forcément tel ou tel, des déprogrammations, bref les continuelles critiques annuelles sur les têtes d’affiche. Heureusement que le public festivalier au sens large n’a pas ces a priori et, même si certains viennent pour une vedette en particulier, la programmation a amené son lot de festivaliers d’un jour. La composition sociologique ne semble pas identique entre les jeunes à dreadlocks venus pour Xavier Rudd et John Butler et ceux aux chemises repassées et pantalons sans faux plis moins entassés, assistant au spectacle de Barbara Hendricks ou la jeunesse propre sur elle lors du show de Seal. Tous ces spectateurs, à voir leurs visages, semblaient parfaitement heureux du spectacle suivi.

Poursuivons par quelques remarques (amicales) sur quelques couacs. Arrivés à Cognac comme les années précédentes, des habitués fidèles de Cognac se sont rendus à Jarnac comptant prendre leur pass à la billeterie à l’entrée de l’Ile Madame. Pas de veine, la jauge de l’île étant atteinte, le concert était sold out depuis la veille Et bien entendu pas de billetterie ! Nombreux furent ceux dépités qui repartirent ou qui attendirent un éventuel désistement pour acheter un billet, mais on est pas à Paris et l’attente restant longue, nous fîmes demi tour.
La question se pose de savoir pourquoi on programme pour une jauge de 3000 personnes des musiciens dont on sait qu’ils peuvent attirer énormément de jeunes alors qu’à Cognac le Blues Paradise permet un nombre d’entrées double. En cet instant, je repense à ces jeunes venus du fonds des Landes qui se sont cassés le nez à l’entrée, nous interrogeant pour savoir s’il était possible d’aborder l’ile à la nage sur les côtés, prêts à se jeter dans la Charente pour voir John Butler Trio !

Le lendemain, nous allons acheter nos pass. Après avoir payé l’on nous remet un justificatif de paiement et l’on nous dit de présenter nos justificatifs lors du premier concert payant. Pourquoi ne pas nous remettre le bracelet immédiatement après paiement ? Bilan : une file d’attente le mercredi soir pour accéder au jardin pour tous ceux qui n’avaient pas été au château dans l’après midi pour se faire poser le bracelet, d’autant que le service de sécurité vérifie les sacs et retient les appareils photos “professionnels” des non accrédités ralentissant le passage !
Outre les personnes accréditées, nombreuses sont les personnes qui photographient pour leur plaisir et qui n’ont parfois d’autre objectif que de réaliser quelques photos souvenirs à titre personnel. Un soir nous devons déposer notre appareil pour accéder à l’Eden Blues et au Blues Paradise. Le lendemain nous le déposons chez notre logeuse, mais on pouvait rentrer les appareils ! Le mercredi soir en ressortant (tôt) il y avait moins de cinq appareils professionnels déposés ! Faut-il interdire ces quelques personnes alors que rentrent les Lumix et autres pockets numériques sans parler des Iphones.

Et si nous évoquions ce qui a motivé notre déplacement dans la sous préfecture de la Charente ?

Dans ces colonnes, il y a peu, le Docteur avait élaboré son ordonnance pour le patient atteint du virus bleu. Il va de soi que les malades ont une fâcheuses tendance à ne pas suivre strictement les prescriptions proposées ! C’est ce que nous fîmes en patient n’en faisant qu’à leur tête. Ce compte rendu n’a pas grand chose à voir avec la posologie concoctée par le Docteur mais se veut un reflet partial et partiel en fonction de nos pérégrinations, déambulations, envies et préjugés ! Alors place à la musique et aux musiciens. Tout d’abord, cette année fut un très bon crû pour les artistes et groupes français.
Des Boogiematics de Pascal Fouquet et Thomas Troussier sans Agathe partie vers d’autres projets mais avec Tia au chant et seconde guitare, à Bo Weavil amené de main de maître par Boogie Matt et dont la prestation lors du deuxième jour à l’Eden a remis les idées en place aux festivaliers matinaux qui sont repartis d’attaque.
Citons ici Hobo Blues, Antoine et Marine Chuecos, duo à la ville comme à la scène, découverts lors de déambulations nocturnes dans les bars en bleu. Duo acoustique qui prépare son troisième album, les Hobo Blues à l’instar de leur nom de scène apparaissent comme des musiciens vagabonds posant leurs patogas et leurs instruments et vous imprégnant de l’esprit du blues. Passant cette année par de multiples festivals après Cognac (Chédigny, Le Buis, La Charité sur Loire, Belle Isle en Terre) ce devrait être l’occasion pour ces Héraultais d’acquérir une reconnaissance beaucoup plus large.

Loretta and the Bad Kings

Egalement, Loretta and the Bad Kings, où nous retrouvons Anthony Stelmaszack à la guitare, Andy Martin à la batterie, et Mig Toquereau (ex Doo The Doo) à la basse accompagnant une Lady Loretta qui a de la prestance sur scène. D’une voix puissante et rocailleuse, reprises ou compos du groupe, Loretta amène sur des rythmiques carrées le groupe où Anthony flamboie à la guitare. A noter que sur leur album, le quatuor s’adjoint la participation de Fabien Saussaye à l’orgue, de Drew Davies aux sax et Roll Dubois à la seconde guitare, ce qui n’est pas pour dépareiller l’ensemble.
Le blues des Anges est le passage obligé pour tout festivalier couche tard. Cette année, les anciens abattoirs ont été réservés aux Flyin’ Saucers pour les quatre soirées. Et c’est le soir où par chance Philippe Sauret avec son frottoir est présent, descendu tout spécialement de Paris que nous nous y retrouvons. Très vite invité par Fabio Izquierdo et ses copains, Philippe se joint à eux pour quelques morceaux. L’atmosphère louisianaise transpire sur les bords de la Charente ! Venus à Cognac avec leur tout nouveau CD “Here comes the Crawfish Groove”, les Flyin’ Saucers Gumbo Special (nouvelle appelation) ont rempli leur contrat et les invités changeant tous les soirs, ce sont des jams torrides qui ont prévalu les quatre nuits jusqu’à des 5 heures du matin.
The Honeymen, gagnants du Prix Cognac Blues Passion 2010, que nous aurons donc l’occasion de revoir l’année prochaine ont réalisé une prestation en ce début de dimanche après-midi pluvieux à la hauteur des espérances . Ils ont remis un peu de soleil dans nos cœurs. Les frangins Jazz et Thierry Lo rejoints par Mig Toquereau et Vincent Bucher qui ont participé à leur dernier album “High Rise Fever ” poursuivent avec bonheur dans les sillons tracés depuis bientôt vingt ans.

Mountain Men

Evoquons pour le plaisir la prestation en soirée de dimanche des Mountain Men. Si leur musique est irrésistible, âpre et prenante, leur set en grande tenue (costards cravates mais toujours pieds nus pour Iano) passa très bien sur la scène du Paradise. Ceci est bien la preuve que le nombre ne fait rien à l’occupation de la scène même quand l’on reste assis comme Mr Mat, mais que l’on sait entrainer le public. Il faut dire que leur humour ravageur est communicatif et que le jeu décalé de pierrot lunaire de Iano contribue grandement à leur succès.

De bonnes surprises et découvertes

Thornbjorg Risager

Thorbjorn Risager, danois d’origine, amenant un combo excellent a été une grande surprise pour bon nombre de festivaliers. Peu connu en France, Thorbjorn vient juste d’être signé par Dixiefrog pour son dernier album “Track Record”. Excellente initiative du label de Philippe Langlois. Sur scène, l’ensemble est à l’unisson de ce que l’on peut entendre sur les albums. Pêchu, avec des soli de chaque instrumentiste juste ce qu’il faut, pour démontrer ses qualités individuelles, sans que cela nuise à la cohésion d’ensemble. Thorbjorn Risager, guitare et vocals, et ses fidèles musiciens (Emil Balsgaard, piano, organ, Svein Erik Martinsen, guitar, background vocals, Kasper Wagner, saxos, Peter Kehl, trompette, Soren Bojgaard, bass et Martin Seidelin à la batterie) distillent un Rythm and Blues (du vrai) matiné de soul, de rock et de blues où l’alchimie prend et amène le spectateur à rentrer dans la danse. Ça swingue de partout que ce soit sur des tempos rapides ou lents. Un régal. Espérons qu’après cette distribution française, d’autres concerts suivront permettant à un large public d’apprécier les qualités vocales et musicales de cet ensemble de très grand talent.

Watermelon Slim

Watermelon Slim que nous avions découvert en 2006 avec son album “Watermelon Slim and the Workers” avait renouvelé l’essai avec “The Wheel Man” et transformé avec “No Paid Holidays” en 2008. Nous attendions ce personnage haut en couleur de pied ferme pour vérifier tout le bien que nous pensions de sa musique. Et nous ne fûmes pas déçus ! Que ce soit à l’Eden avec sa formation, en solo au Tonic ou à nouveau en formation au Paradise, sa musique est enthousiasmante. Il faut dire que le personnage est atypique. Celui-ci est revenu activiste de la guerre du Vietnam, allant jusqu’à sortir le seul album anti guerre connu durant le conflit. Cela ne lui pas valu que des félicitations et l’a amené à bourlinguer pendant près de trente ans, de conducteur de trucks à cultivateur de pastèques (d’où son surnom) sans parler de ses démélés judiciaires. Aujourd’hui Bill Homans de son vrai nom est universitaire, diplomé de journalisme et d’histoire, ami de Howard Zinn (à qui il dédie son dernier album “Ringers”) historien décédé en ce début d’année 2010 et auteur d’“ Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours”, édition Agone, que nous ne saurions trop vous conseiller de lire ! Pendant toutes ces années, son goût pour la musique bleue ne s’est pas démentie et ses liens avec plusieurs musiciens de blues lui ont permis de garder le cap. Ce qui a conduit à la sortie des albums précités.
Une trogne de bourlingueur à la Calvin Russell, Watermelon joue de la guitare slide à plat et de l’harmonica, accompagné par les Workers, son trio habituel. Sur scène, c’est un régal de voir et d’entendre les morceaux de cet homme qui démontre que l’Amérique n’est pas aussi uniforme et hollywoodée que l’on voudrait nous le faire croire. Un exemple parmi tant d’autres qui définit l’individu. Pour annoncer la vente et la dédicace de ses albums, le bonhomme se fend dans un français qu’il maîtrise un peu, d’un discours où il nous dit qu’il est socialiste (je voudrais voir la tête d’un WASP à ce moment-là) mais qu’il faut bien vivre ! Bravo à ce musicien dont le relationnel passe au delà de la scène par sa volonté de garder un lien avec son public.

Sid Sings

Sid Sings, trio anglais, avec un album à leur actif “Notes From Underground” récemment sorti, après une démo 3 titres en 2009, conjugue le blues avec une énergie punk. Nous reviendrons sur cet album dans une future chronique mais sur scène Nikki Brooks au chant et à la basse a une excellente prestance. Accompagnée par Sandy Michie à la guitare et Nick Marangoni aux drums, elle est la leader incontestable du groupe. Le trio a des références dans le Mississippi blues tendance Fat Possum. Mais loin de recopier des Junior Kimbrough ou R.L. Burnside, il revisite cela façon pub rock (ce sont des anglais ! ) sur des compos de leur crû. Une reprise judicieuse à leur sauce du “Give me back my wig” d’Hound Dog Taylor et le public cognaçais est au paradis sur la scène de l’Eden.

En montant les échelles, de plus en plus haut vers le ciel

Travis Haddix

Si la prestation au château de Travis Haddix fut bonne malgré une formation réduite (guitare, basse 7 cordes, organ) celle sur la grande scène du Paradise nous a laissé sur notre faim. Quelques solos de guitare à la manière de BB King sur des déroulés de section de cuivre où chaque instrumentiste y va se son solo plusieurs fois d’affilée rend monotone le show. On attendait mieux d’un groupe tournant dans le chitlin circuit. Nous appréciâmes davantage, avec le public, le spectacle d’Amadou et Mariam qui précéda. (A quand un concert d’authentique musique ouest africaine, Vieux Farka Touré par exemple à défaut d’avoir eu son père sur une scène à Cognac ! )
Gil Scott Heron après une longue intro en solitaire a démontré qu’il n’avait pas disparu. Un “Winter in America” mais pas de “The revolution will not be televised”, quelques morceaux de son dernier opus. Cependant comme “I’m new here”, un concert un peu en demi teinte.

Joe-Louis Walker

Par contre, les prestations de Joe Louis Walker tant au château, juste accompagné par le fils de Larry Coryell, Murali à la seconde guitare ou à l’Eden en soirée le lendemain, furent excellentes. Au château, Joe Louis a partagé le spectacle avec Murali Corryel lui laissant le soin de quelques beaux soli et vocaux. Le lendemain Joe Louis accompagné de son band, rejoint par Rachelle Plas à l’harmonica, a été très efficace et probant.
Ayant zappé sur la grande scène, les Victory Travelers et sachant qu’ils repassaient au château où nous pensions que les voûtes de l’ancienne salle d’armes se prêteraient mieux à ce style de musique, nous fîmes la queue une heure durant pour voir et entendre ces chanteurs de gospel. Et bien que l’on nous ait dit que leur show au Paradise fut superbe, nous ne fûmes pas déçus par leur prestation déchainée.

Victory Travelers

Ah, pour de vieux agnostiques, quel bonheur de voir et d’entendre ces singers avec juste leur section de cuivre. Ils enflammèrent l’assistance, descendant dans le public (ça me rappelle J. Brown dans un film des années 80), proposant de reprendre tel ou tel morceau à notre convenance se transformant en véritable juke box vivant. Si nos églises étaient fréquentées par de tels phénomènes, nous ne savons pas si nous serions convertis mais une chose est sûre, nous irions plus souvent les visiter le dimanche ! La communion avec le public n’était pas loin !
La communion, nous l’avions eu la veille ! Et dans un tout autre genre.

Johnnie-Bassett

Johnnie Basset officiait, là encore au château. Accompagné d’un orgue, de percus et d’un sax, Johnnie Bassett à la guitare nous a fait la démonstration de son extraordinaire efficacité et fluidité dans un registre blues jazzy impeccable. Incontestablement, “the great moment” de cette éditon de Cognac Blues Passion. A placer sur le plus haut barreau des échelles ! Johnnie Bassett s’est livré au public dans un silence religieux (à des moments, nous n’entendions que les clics des nombreux appareils photos en contrepoint). Intense, inventif, majestueux, le jeu de Johnnie Bassett nous prouve que le blues est still alive and well ! Nous vous invitons à relire la chronique du Kingbee, parue dans ces colonnes et vous précipiter sur sa dernière pépite. Quel dommage que ce grand bonhomme, par le talent, ne sorte un album que tous les dix ans !

Pour conclure

La formule des spectacles gratuits tout au long du dimanche fait ses preuves avec le final dans un registre différent du blues avec Tony Allen en soirée. Quelques regrets cependant. L’absence de Diabel Cissokho et de sa kora, seul exemple de la fusion Afrique de l’ouest blues, a ajouté encore aux effets de déprogrammation.
Au final, une remarque s’impose. Si les sonos des scènes du jardin sont bonnes en général quoique trop fortes, il n’en va pas toujours de même sur les bars en bleu. Ceci dessert les groupes qui se produisent dans la ville. Quand on vient de prendre pendant deux ou trois heures les caissons de basse posés au sol, il est dur de s’accrocher à des formations moins argentées qui n’ont pas toujours les moyens de rivaliser au sens de la sonorisation, avec les moyens déployés pour les “vedettes”.
Cognac Blues Passions c’est autant de monde dans la ville que dans le jardin ! Avoir des têtes d’affiche avec les moyens adéquats, c’est bien. Envisager pour les années à venir, sur le stade de rugby une scène de 20 000 places permettant de recevoir de très grandes pointures internationales (Eric Clapton, Sting,…?) pourquoi pas ! Mais, en ces temps de crise où le prix des places revient sans arrêt dans les débats, il ne faut pas oublier que la musique afro-américaine provient des juke joints du sud, des picnic parties ou des jamborees, des clubs de Chicago ou d’autres villes du nord des USA en passant par les pubs anglo-saxons. Ceux-ci ont créé la tradition des jams, d’une certaine proximité avec le public qui ne doit pas se perdre sinon à y laisser l’essentiel : l’âme du blues !
Nous en veuillez pas, docteur, de ne pas avoir suivi vos prescriptions mais nous avons essayé de nous soigner. Nous allons poursuivre dans cette voie et si notre auto médication n’est pas parfaite, nous sommes à nouveau d’attaque pour de nouvelles écoutes et de nouveaux concerts. C’est quand même là l’essentiel, non ?

Serge Sabatié, photos : Miss Béa > galerie photos

 

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3 Commentaires
  1. Jérôme Travers 7 années Il y a

    Serge a y regarder de plus près ton compte rendu n’est pas si éloigné de mon ordonnance, pour les surprises effectivement rien ne vaut d’être sur place !
    merci pour cette chronique pour ceux qui n’ont pas eu la chance de participer à cette dernière édition !

  2. rapido1 6 années Il y a

    On attend avec impatience le compte rendu du Cognac Blues passions 2011.
    Rapido1

  3. Jérôme Travers 6 années Il y a

    Salut rapido1
    Malheureusement, je n’étais pas présent à Cognac cette année. (peut-être qu’un de nos Docteurs était présent…)
    Si tu veux nous faire un petit topo, tu es le bienvenu !

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